‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 186 sur 188 · COLIN · texte numérisé non relu

COLIN

Berger Thenot, je suis esmerveillé De tes chansons, et plus fort je m'y baigne Qu'à escouter le linot esveillé, Ou l'eau qui bruyt tombant d'une montaigne.

Si au matin Galliope te gait^ne.

Contre elle au soir obtiendras le butin ; Ou s'il advient que tant noble compaigne Te gaigne au soir, tu vaincras au matin.

Or je te pry, tandis que mon mastin

486 COMPLAINCTES

Fera bon guet, et que je feray paistre

Noz deux troupeaux, chante un peu de Gatin,

En deschiffrant son bel habit champestre.

THENOT

Le rossignol de chanter est le maistre : Taire convient devant luy les pi vers; Aussi, estant là où tu pourras estre.

Taire feray mes chalumeaux divers.

Mais si tu veulx chanter dix foys dix vers. En déplorant la bergère Loyse, Des coingz auras six jaunes et six vertz. Des mieulx sentans qu'on veit depuis Mojse.

Et si tes vers sont d'aussi bonne, mise Que les derniers que tu fais d'Ysabeau, Tu n'auras pas la chose qu'ay promise, Ains beaucoup plus, et meilleur et plus beau.

De moy auras un double chalumeau, Faict de la main de Raffy Lyonnois, Lequel à peine ay eu pour un chevreau Du bon pasteur Michau, que tu congnois.

Jamays encor n'en sonnay qu'une foys, Et si le garde aussi cher que la vie ; Si l'auras tu de bon cueur toutesfoys.

Faisant cela à quoy je te convie.

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