DU TROISIÈME ENPANT DE MADAME MADAME LA DUCHESSE DE FERRARB
Petit enfant, quel que sois, fille ou fils, Parfay le temps de tes neuf mois prefix Heureusement : puis sors du royal ventre, Et de ce monde en la grand lumière entre : Entre sans cry, vien sans pleur en lumière. Yien sans donner destresse coustumiere A la mère humble en qui Dieu t'a faict naistre, Puis d'un doux ris commence à la congnoistre,
Après que faict luy auras cognoissance, Prens peu à peu nourriture et croissance, Tant qu'à demi commences à parler, Et tout seulet en trépignant aller Sur les carreaux de ta maison prospère. Au passetemps de ta mère et ton père, • Qui de t'y voir un de ces jours prétendent. Avec ton frère et ta sœur, qui t'attendent.
Vien hardyment : car quand grandet seras, Et qu'à entendre un peu commenceras, Tu trouveras un siècle pour -aprendre En peu de temps ce qu'enfant peut comprendre.
Vien hardyment : car ayant plus grand aage. Tu trouveras encores davantage :
Tu trouveras la guerre commencée Contre ignorance et sa trouppe insensée. Et, au rebours, vertu mise en avant, Qui te rendra personnage sçavant En tous beaux arts, tant soient ils difficiles.