‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 31 sur 188 · DU FILS DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

DU FILS DU DAUPHIN

Chacune terre à chacune cité

Apportera toute commodité ;

Arbres croistront d^eulx mesmes à la ligne ;

Besoing n^aura plus de serpe la vigne,

£t estera le laboureur champestre

Aux beufz le joug : plus ne feront que paistre.

La laine plus n'aura besoing d'apprendre

A feintement diverses couleurs prendre,

Car le bélier en chascune saison

De cramoisi portera la toyson,

Ou jaune, ou perse, et chacun aignelet

Sera vesta de pourpre violet. -

Ce sont pour vrai choses déterminées

Par l'immuable arrest des destinées.

Commence, Enfant, d'entrer en ce bon heur : Reçois desja et l'hommage et Thonneur Du bien futur. Voj la ronde machine Qui sous le poids de ta grandeur s'encline ; Yoy comme tout ne se peut contenir De s'esgayer pour le siècle advenir.

O si tant vivre en ce monde je peusse, Qu'avant mourir loisir de chanter j'eusse Tes nobles faits, ny Orplieus de Thrace, Ny A polio, qui Orpheus efface, l)e me vaincroit, non pas Clio la belle, Ny le dieu Pan, et Syringue y fust elle.

Or vy, enfant, vy, enfant bien heureux ; Donne à ta mère un doux ris amoureux : D'un petit ris commence à la congnoistre, Et fais les jours multiplier et croistre De ton ayeul, le grand bei^er de France, Qui en toi void renaistre son enfance.

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