‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 39 sur 188 · SERMON DIT BON PASTBUR · texte numérisé non relu

SERMON DIT BON PASTBUR

Tant soit meschant, qaand en Dieu se confie.

Soit defBant de soy et sa vertu,

Que ne luy faut estimer un festu :

Car ayant fait tout selon rËvangile,

Dites : « Je suis serviteur inutile. »

Parlant de foy, j'entens de la foy vive,

Laquelle n*est vers son prochain oysive;

Qui vient de Dieu par grâce, et en pur don,

Et non de nous, faisant Tarbre estre bon.

Qui par l'ardeur d'icelle fleurira.

Et son bon fruict en son temps produyra :

Car rhomme en foy ressemble à son ouvrage,

L'arbre planté l'orée d'un rivage,

Qui son bon fruict produit en la saison.

Aussi David, disant /comparaison,

Dit (fuse jamais ses fueilles ne périssent,

Et tous ses fruictz prosperement meurissent.

Donc est besoin que l'arbre et sa racine Soit rendu bon par la grâce divine, Premièrement qu'il puisse aucuns fruictz faire. Qui suflîsans soyent pour à Dieu complaire. Parquoy il est escrit dedans la Bible Que plaire à Dieu sans foy est impossible ; Car le bon fruict, quel qu'il soit, n'a la force Faire bon l'arbre en sève ou en escorce, Kais du bon fruict on dit en vérité : « Gest arbre est bon, qui tel fruict a porté »

L'arbre mauvais produire ne sçauroit Que nauvais fruict : xiui autrement diroit Seroit menteur et séducteur inique :

Dieu nous le dit en lieu bien autentique.

Doncques, brebis, par ceste vive foy Duites serez à parfaire la loy, Qui est aymer Dieu d'une amour extresme, Et son prochain ainsi comme soy mesme ; Gar lors l'esprit comme d'un instrument Propre usera de vous utilement.

En dechassant le violent et fort Hors de voz cueurs, où il avoit son fort, Qui »*^fuira esperdu et confus Par le plus fort esprit en vous infus.

DUcelluy seul vient vostre sufûsance ; Sans luy de vous le bien n'est qu'appareviO» Extérieure, et ferd hypocritique, Gonune un sepulchre orné en lieu publique Qui par dehors monstre quelque beauté; Mais par dedans n'est qu'immondicité.

Par ceste foy vous estes tous faitz dieux^ Et filz de Dieu, et héritiers des cieulx. Par ceste iby en&ns d'adoption, Jadis en&ns de malédiction.

C'est le héraut qui nous a annoncé Que Dieu avoit de tout poinct renoncé De se venger contre nous de l'injure Que luy avoit faict nostre ame parjure : Et quUl avoit esté médiateur .

Tant qu'il estoit d'ennemy amateur.

Par ceste foy à Dieu ferons offrande D*un cueur contrit, car tel il le demande^ Qui est le lieu où veut estre honoré En vérité, et esprit adoré, Dieu, qui a fiût miraculeusement Le monde, et tout universelement; Veu que du ciel et terre il est Seigneur, Voyre, et selon son vouloir, gouverneur. Point il n'habite en temples tàitz de maÛMiy. Et révéré n'est par mains des humains^ ' Tout est par luy et par tout d'une esafloffe. N'ayant besoin de rien, ou indigence ; Il ne faut donc à aucun simulacre Âccomparer l'esprit divin et sacre.

Par ceste foy vive le juste vit.

Lequel des mains de Dieu nul ne ravit. Et luy tombé confondu ne sera.

Mais la faveur de Dieu l'eslevera.

Par foy, de Dieu vous estes le saint Qui doit monstrer à chascun bon exempte^ Et prier Dieu, sans aucune fainctise, Pour les seigneurs et pasteurs de l'Egifag, Les honorant ainsi qu'il appartient.

Et que de Dieu l'Ëscripture contient.

Par ceste foy les bienheureux lidelies

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