‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 40 sur 188 · SERMON DU BON PASTEUR · texte numérisé non relu

SERMON DU BON PASTEUR

Sont tous armez, non point d'armes charnelles

Qu'on peut forger, mais de Dieu trespuissantes,

Et tout ainsi que le soleil luysantes,

Pour abimer tout esprit et haulesse

Qui fiere'ment contre les cieulx se dresse ;

Pour foudroyer ces géants téméraires,

Du Dieu vivant superbes adversaires,

Qui montz sur montz s'efforcent cumuler,

Pour par leur force en paradis aller,

En desdaignant la guide et saufconduict,

Qui est la foy, dont faut estre conduit.

Pour ceste foy serez persécutez,

Hays du monde, à mort exécutez.

Ainsi que fut vostre pasteur et maistre,

Puis que voulez en sa prairie paislre.

Tel est des siens la mercq et le vray signe,

Duquel ne fut et n'est le monde digne.

Geulx qui feront de vous telle injustice,

Penseront estre à Dieu vray sacrifice ;

Mais en estant de son dire recors.

Vous ne craindrez ceux qui tuent les corps,

Trop bien celuy qui tue corps et ame,

Laquelle n'est icy en danger d'aune.

Et recevans tel' persécution

Espérez en rémunération,

Qui est au ciel tresgrande et copieuse,

Parquoy sera vostre ame bien heureuse.

Par ceste foy nul n'aura fantasie Suyvre le monde, ou secte ou hérésie, Qui est à Dieu abomination, Ains vous l'aurez en deteslation ; Car suivre faut la reigle et loy de Ghristi Gomme il l'a baillée par escrit.

Sans quelque part nullement décliner, Qui ne voudrôit se perdre ou ruyner.

Par foy on voit l'opinion damnée, Que charité qui est bien ordonnée ■ Gommence à soy; car charité ne quiert Ge qui est sien, mais plutost ell' requiert Perdre son bien pour l'autruy augmenter.

Oyez vous point Moyse lamenter

Et supplier à Dieu d'un ardant zèle

Pour le delict de son peuple infidèle,

Et désirant plustost estre damné

Que fust à mort le peuple condamné ?

Si Jesuchrist Teust ainsi ordonné,

Il n'eust sa mort pour vous abandonné,

Et de Gephas n'eust blasmé la prière.

Quand il luy dit : « Va, faux Satan, arrière. »

Ne dit il pas en nous donnant la forme,

Qu'eussions amour à la sienne conforme,

Dont pour les siens saine t Paul d'elle embrasé >

Estre voulut anathematizé ?

Par ceste foy, empereurs, roys et princes

Visiteront leurs pays et provinces.

Pour empescher que le povre pupille

Grevé ne soit, ne la vefve débile,

Et que le sang de Tbumaine innocence,

Pour qui l'esprit demande à Dieu vengeance,

Ne soit au glaive exposé et submis,

Par faulx tesmoings, et de Dieu ennemis.

En ceste foy l'homme s'humiliera, Et à chacun seigneur obeyra; Premier au roy, comme au plus excellent, Puis aux seigneurs tout à Tequipolent ; Car à chacun faut rendre son honneur, Soit roy ou duc, ou prince ou gouverneur. Ce sont ceux là que Dieu a envoyez.

Pour reprimer les mauvais dévoyez.

Non pour les bons, sinon pour leur louange. Consequemment ne trouveront estrange De bien payer leur tribut loyaument, Gomme d^ Dieu est le commandement.

Et qui résiste au roy et sa puissance Résiste à Dieu et à son ordonnance :

Car le roy est d'ordonnance divine.

Qui veut que tout subject vers luy s'encline. Geste foy là nous asseure et exhorte Gomme la mort est de vie la porte.

Celle qui eut sur tous humains victoire N'est maintenant qu'une porte de gloire, D^autant que mort estoit nostre ennemie,

CLimilT MAROT, I $

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