SERMON- DU BON PASTEUR
D'autant elle est tresdesirable amie.
Mort n'occist plus, mais elle nous fait vivre,
Et de prison en liberté nous livre.
Heureuse mort, ton dard n'est que la clef Pour aller veoir Jésus Christ nostre chef. Sans mort cy bas toujours nous demourrions. Sans mort jamais joye ou plaisir n'aurions, Sans mort ne peut veoir son espoux Tespouse Qui est de luy, non sans raison, jalouse. Benoiste mort, ainsi te faut nommer.
Nul ne devroit souffrir les morts blasmer Le doux effect de ton urgent office.
Lequel nous est nécessaire et propice.
Les mortz, ce sont les ténèbres du monde, Ësquelles taat d'obscurité abonde.
Qu'elles n'ont sceu la lumière comprendre Pour le chemin de leur salut entendre.
Peintres françois, advisez à ce poinct : Quant à la mort, ne me la peignez point, Gomme on souloit, ainsi laide et hideuse ; Mais faites la plus belle et gratieuse Que ne fut onc ou Heleine ou Lucresse, Afin qu'elle ayt des amoureux la presse. Brief, tirez la qu'il ne luy faille rien. Puis que par elle avons un si grand bien. Il est raison que mort nous semble belle. Puis que par mort avons vie étemelle, Et que son nom, qui sembloit estre horreur A un chacun, fust pape ou empereur.
Soit maintenant nom de toute asseurance A ceux qui ont en Dieu vraye espérance. Puis luy baillez en sa main dextre dar4 Si bien pourtraict de vostre excellent art, Qui semble à l'œil par bonne perspective Estre d'amour une flèche naive ; Non qu'elle cause aux navrez tant d'amer ^ue celle là qui fait la chair aymer, Et qu'elle n'ayt ne charme ne poison, Mais un onguent qui porte guerison De tous les maulx esquels dame Nature A obligé toute sa geniture.
Aussi qu'elle ait puissance de dissoudre El transmuer nostre prison en poudre ; Que nul vivant ne s'ose point venter, De soy pouvoir de son dard exemter.
Ne la montez sus un char arrogante, Gomme elle estoit des humains triomphante, Mais peindez la que, triompher nous face Nous faisant veoir Jésus Christ face à face. » '
Voylà de quoy ses ouailles paissoit Le Bon Pasteur, voyre, et les engraissoit A. veue d'œil spirituellement, Tant que n'avoyent faim ne soif nullement Et recevoyent don d'immortalité Participant à la divinité.
D'autres j'en vey faisant les chatemites. Par le dehors aussi simples qu'hermites, Mais je me doubte, et à ma fantaisie, Que là estoit caché hypocrisie, Et me sembloit, où. j'ay bien mauvais yeulx, Que leur esprit estoit séditieux.
Hz nourrissoient leurs grans troupeaux de songes, De ergos., à^utrum, de qtiare, de mensonges, Et de cela Hz faisoîent du pain bis.
Que bien amoyent leurs séduites brebis ; Mais de maigreur estoyent enlangorées :
Plus en beuvoyent, plus estoyent altérées ; - Plus en mangeoyent, plus en vouloyent manger, Et l'ame et corps estoyent en grand danger : Et ne sçauroient ennemis estrangers Pis les traicter que faisoyent leurs bergers. Qui souz couleur de longues oraisons Le plus souvent dévorent leurs toysons ; Et croy, si mieux de près les advisez, Que voyrez loupz en brebis desguisez.
Hz ont laissé^l'huis salubre et à dextre, Et sont entrez en toict par la fenestre ; Hz ont laissé le pain qui ne perist Pour cestuy là qui à l'instant .pourrist ; L'eau ont laissée de la fontaine vive.
Pour user d'eau de fontaine chetive ; Hz ont laissé la vraye olive et franche
76 SERMON T)U BOiN PASTEUR ET DU MAUVAIS
Pour s'appuyer sus une morte branche ;
Ilz ont receu vaine philosophie,
Qui tellement les hommes magnifie,
Que tout l'honneur de Dieu est obscurcy,
Et le haut mur d'ergotis endurcy,
En mesprisant celle qui, tout en somme,
Donne louange à Dieu, et non à Thomme,
Sinon qu'il est plus vain que vanité,
Et plus léger que la légèreté,
S'il estoit mis aux poids de la balance.
Tout son sçavoir, sans foy, c'est ignorance ;
Cuydant sage estre. il est fol devenu,
Combien qu'il fust en haut lieu parvenu.
Ce qui luy est prudence tant polie
N'est rien vers Dieu qu'ignorance et folie.
Des sages Dieu la sagesse reprouve, Et des petis l'humilité approuve, Auxqueiz il a ses secretz révélez, Qu'il a cachez aux sages, et celez :
Car son esprit point ne reposera Que sur celuy qui humble et doux sera. Les sages ont leur Dieu crucifié, Et son parler divin falsifié.
Tous les haultz faitz des Sept Sages de Grèce, Et de Brutus, lequel vengea Lucresse, De Publiu& et de Pamphilius, De Marc Gaton Censeur, et TuUius, De tous les Grecz et de tous les Romains, Qui ont tenu le monde souz leurs mains, Sont inutilz, comme estans fais sans foy. Mais pour leur gloire, et pour l'amour de soy.
Sainct Paul, estant de son dire croyable > Dit : « J'ai vescu des hommes incoulpable Jouxte la loy, n'ayant de Christ notice. » Et quand il fut certain que là. justice Venoit de foy, de luy soy deffiant, Ces œuvres là il reputa fient, Qui luy sembloyent auparavant si belles, Mais ce n'estoient que vaines estincelles : Pourquoy cela? faictes estoient sans foy. Mais pour sa gloire et pour l'amour de soy.