LE RIGRQ EN POVRETÉ
C'est que Ton voit les mondains en plaisir Et en repos, sans que rien leur défaille, Ayans tous biens à souhait et désir ; On ne les voit sur la paille gésir, Ny faim souffrir, ny soif en quelque lems ; Tousjours sont gays, aises et biens contens, Tant qu'on pourroit dire sans contredis (Veu leur plaisir et joyeux passetemps) Qu'ils sont çà bas en un vrai paradis.
Autres on voit de ceux cy séparez, Auxquels douleur fait tousjours dure presse ; Elle les rend de plaisirs esgarez, Et est d'iceux la rectrice et maistresse ; Ils sont sans fin accablez de détresse, Et sont rangez sous le cruel empire D'adversité, qui leur travail empire , Sans que leur mal goint ou peu diminue. Qui ne diroit ceux la (veu leur martire) Les plus maudits qui soyent dessous la nue?
Si ma sentence est pour vraye tenue, Je dy que c'est chose tressalu taire D'estre en ennuy et en desconvenue, Veu que par là à luy nous veult attraire Dieu tout puissant, qui tant est débonnaire, Qu'à ses enfans la pierre pour du pain Ne donne point, mais sa bénigne main Nous eslargit ce qui est nécessaire.
Qui est celuy doncques si inhumain Qu'en tout ennuy ne loue ce bon père?
Si ce propos vous semble trop austère, Je le vous veulx prouver par Escripture : Dieu nous donnant Jésus Christ nostre frère, (Qui a le droict de primogeniture) Induit il pas chascune créature A porter croix, à l'exemple de lui ?
Puis donc que Christ, qui seul est nostre appuy. Et premier nay du seul Dieu qui a estre, A tant souffert, qui est cil aujourd'huy, Qui ne voudra ensuy vre ce bon maistre ?
Christ le premier, de Dieu le fils unique, A souffert mort et dure passion.
80 LE RICHE EN POVRETi
Chacun de nous (puis que rhomme est inique] Pourquoy n'aura (à riiûitalion De ce Seigneur) mal et affliction.
Pendant qu'il est au terrestre repaire, Veu que Jésus, qui nous est vexillaire, A bien pour nous soufiTert peine tresdure ? Le serviteur n'est de loyal affaire, Prenant esbat quand son seigneur endure.
Quand le Seigneur à une créature Envoyé un mal, ou quelque adversité, Je dis que Dieu manifeste la cure Qu'il a de luy, l'ayant persécuté.
Et que par ce celuy est repu lé Estre des siens ; car sainct Paul testifie Que Jesus-Ghrist-nos membres mortifie, Afin qu'en luy soyons vivifiez.
Et qu'en ceux là apparoisse sa vie Lesquels en luy du tout se sont fiez.
Or en Jésus nul au vray ne se fie.
Sinon celuy qui sous son bras puissant En tous endroits s'abjette et humilie.
Et qui de tout se va resjouyssant.
Celuy qui va le Seigneur bénissant Pour quelque bien ou mal qui luy survienne, Certainement est digne qu'on le tienne (Ayant la foy qui seule justifie) Estre de ceulx que ce bon capitaine A enrôliez dans son livre de vie.
Mais si quelc'un a cecy contrarie, En soustenant par paroUe importune Que tout le bien, l'accident et l'envie Que nous avons vient de dame Fortune, Et qui au fort et au foible est commune, Affliction et dure adversité Luy envoyant, paix et félicité.
Quant est de moy, pleinement je luy nye; Et pour montrer que je dy vérité.
De ce j'en croy le prophète Esaye.
N'ont ils pas dit, Amos et Jeremie, Qu'il n'advient rien en nostre humanité Que le Seigneur par puissance infinie