‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 45 sur 188 · LB RICHE EN POVRET · texte numérisé non relu

LB RICHE EN POVRET

Ne Payt permis, et mesme suscité ?

« Un tout seul mal n'est pas en la cité, Dit le Seigneur, et à homme ne nuit, Sans mon vouloir, qui çà et là conduit Ce que mortels appellent mal ou bien. » Qui dira donc qu'un seul cas fortuit Soit entre nous, il n'est pas bon chrestien.

Qui ne vouldra croire à ce fermement.

Je lui mettray un faict en évidence Qu'il ne pourra re.jetter nullement (Au moins s'il a le vray en révérence). Joseph disoit par certaine asseurance Que le Seigneur, d'un vouloir prefiny, Avoit de luy en ce point deffiny, Pour délivrer Israël de souffrance.

Je concludz donc : Dieu, qui est inâny. Donne le mal, et puis la délivrance.

David estant en tribulation.

Pour mieux porter la peine grieve et dure Receut en gré la malédiction De Semey, qui ne luy sembla dure ; Et ne voulut permettre ceste injure Estre vangée, combien qu'elle fust grande, Disant : « Seigneur, cecy tu luy commande Pour esprouver ta pauvre créature. »

Biespondez moy : icy je vous demande Si quelque mal nous vient à l'aventure ?

Puisque n'avons aucune affliction, Mal, ny ennuy, dont maint mortel s'estonne, Sans le vouloir et la permission Du souverain, qui en ce point l'ordonne, Je nommeray heureuse la personne Celle qui est au joug d'adversité.

Qui souffre ennuy, mal ou perplexité.

Et qui du monde est pour nulle tenue : Ciar c'est un signe et marque, en vérité, Que le Seigneur pour sienne l'a esleue.

Ne soit donc plus la personne troublée Pour quelque mal qui luy vienne en sa vie; S'elle se veoit d'afûiction comblée, De pauvreté ou griefve maladie,

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Que sa pensée au Seigneur soit ravie,

Qui de tous maux seul la soulagera,

De ses hayneux aussi la vengera

£n certain temps, et au lieu qu'on Topprime,

Luy mesme lors ses pleurs essuyera,

Et la tiendra en grand prix et estime. •

Quant à celuy qui en tout temps s'incline A se baigner en la mond2aiité, Sans que dMcelle un seul jour il décline, Ains va fuyant dueil et calamité ; Qui veult toujours vivre en prospérité.

Et estre loing de tout trouble du monde, Estre asseuré de cent pas à la ronde, Comme muny d'un fort et bon rempart :

Je dy que tel par sa foy peu féconde En Jésus Christ a brespetite part.

Je sçais assez que la plus grande part Ne goustera le dire où je me fonde ; Mais si Ton prend à Jésus Christ esgard. On verra bien qu'il est distinct du monde. Or si Jésus (où nostre exemple abonde) Directement à ce monde est contraire, Il s'ensuyvra que pour luy bien complaire Il faiui laisser ce monde et tous ses biens. Et recevoir ce que disons contraire A nostre corps, si voulons estre siens.

Mais en ce lieu clairement je proteste Que je n'entens par dure affliction.

Ne par bien£a,icts, de la maison céleste Et paradis avoir fruition ; Mais je dy bien que mon affection Envers mou roy est tellement soumise.

Qu'il n'y a bien ne chose si exquise Que d'un grand cueur pour luy je n'abandonne ; Puisque luy seul nous a mis en franchise, C'est bien raison qu'à luy plaire on s'adonne.

O vous, mondains qui vivez en délices, Ne suyVans point de Jésus Christ l'enseigne, Vestez J^sus, qui de laisser les vices Et vivre bien nous exhorte et enseigne ; Faites que crainte à ce ne vous contraigne,

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Ains vraye amour à Taimer vous attire ; Lors avec moy direz qu'il n'est martire, Affliction, peine, ou douleur si griefve, Qui de l'aimer et suivre vous retire, Tant peii son faix et sa charge nous griefve.

Que direz vous ? me pourrez vous blasmer Si je vous dy qu'au monde vicieux N'est rien si doux qui ne soit tresamer, Le goustant bien, et fort pernicieux?

Quelque plaisir que nous ayons des yeux, Et quelque bien que du monde on reçoive. Quelque soûlas que l'esprit y conçoive, Je dy que c'est soubs apparence belle, (Combien qu'ainsi le monde nous déçoive) En vaisseau d'or une poison mortelle.

Je diray plus, que tribulation.

Perte de biens, ou travail douloureux.

Ce que^ l'on dit estre vexation.

Et qu'on maintient au monde rigoureux.

Sont dons de Dieu tresdoux et savoureux, A tous vivans gracieux et utiles; Et celuy là qui les nomme inutiles Va ressemblant à ces povres malades Que ja sont tant abbatus et débiles, Qu'à leur goust trouvent bonnes viandes fades.

Par tel chemin Christ à luy nous attire, Et en ce poinct aux siens se représente ; Par ce moyen du monde nous relire.

Et vrayement sa gloire nous présente.

Ainsi de tout nostre ame se contente, Régnant desja avec Jésus es cieulx.

Vous qui vivez au monde spacieux.

Oyez ces motz, afin qu'à mon exemple Vous sentiez Christ, et qu'en ce poinct ou mieux Le puissiez veoir comme je le contemple.

Ce mien propos monstre l'amour fervente Que j'ay à Christ, mon espoux et mon roy , Et mets icy en lumière évidente, Estant en luy, que je n'ay point d'esmoy. Pour quelque ennuy qui soit prochain de moy. Quelque deffault qui grièvement me presse ;

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Quelque travail qui me £a,sse la presse, Je suis tant loin d'en estre en deplaisance, Que Christ, qui est ma certaine richesse, De toutes parts m'est en rejouyssance.

Tous mes trésors en luy seul sont compris, Et mon plaisir gist en luy vrayement; J'ay réputé toute chose à mespris, Pour estre à luy conjoinct parfaitement. Je n'auray p >int de mécontentement, Pourveu qu'en moy habitant je le sente ; Car je sçay bien (si de moy ne s'absente) Qu'en ce bas lieu n'auray aucun besoing. Respondez moy, veu ceste foy constante, A sçavoir mon, s'il nous lairra au besoing?

Certainement, si vous mettez le soing A digérer ce que je vous racompte, Chase un de vous me sera pour temoing Combien en Dieu mon ardent zèle monte, Veu que je dy d'une affection prompte Que je ne veux supporter seulement Ennuy et mal que j'ay présentement Et qui plus est, pour plaire à mon espouz, Si à mes maulx donne rengregement, Ce me sera agréable et bien doux.

Ce que Ton dit ennuy communément Est certain bien, désormais je veux dire ; Ce qu'on ne veult au monde nullement, Comme bien bon pour moy le veux eslire ; Ce que l'oû voit détester et maudire, Je dy que ce m'est bénédiction ; Ce que Ton loue est malédiction, Et ne vault rien, quoy qu'il ait belle marque ; Brief, ce monde est une déception Qui nous déçoit sous un tresplaisant masque.

Qui vouldra donc suyvre de Christ la trace, Il fault premier qu'à soy mesme renonce : Lors connoistra du monde la fallace.

Et estre vray ce que je luy dénonce.

Frères, oyez, je vous pry, ma semonce, Et retenez ce que j'ay cy déduit ; Ea ce faisant plus ne sera séduit

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