‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 56 sur 188 · LB DESPOURVEU · texte numérisé non relu

LB DESPOURVEU

En ce propos grandement travaillay, Jusques à tant qu'en sursault m'esveillay. Un peu devant qu'Aurora (la fourrière Du cler Phebus) commençast mettre arrière L'obscurité nocturne sans séjour, Pour esclarcir la belle aulbe du jour.

Si me souvint tout à coup de mon songe. Dont la pluspart n'est fable ne mensonge ; A tout le moins pas ne fut mensonger Le Bon Espoir qui vint à mon songer ; Car vérité feit en luy apparoistre Parles vertus qu'en vous il disoitestre. Or ay je faict au vueil du dieu Mercure : Or ay je prins la hardiesse et cure De vous escrire à mon petit povoir, Me confiant aux parolles d'Espoir, Le bon vieillard, vray confort des craintifz, A droict nommé repaisseur des chétifz, Car repeu m'a tousjours soubz bonne entente En la forest nommée Longue Attente :

Voyre, et encor de m'y tenir s'attend ; Si vostre grâce envers moy ne s'estend, Parquoy convient qu'en esperamt je vive, Et qu'en vivant tristesse me poursuyve.

Ainsi je suis poursuy, et poursuyvant D'estre le moindre et plus petit servant De vostre hostel (magnanime Princesse], Ayant espoir que la vostre noblesse Me recevra, non pour aucune chose Qui soit en moy pour vous servir enclose ; Non pour prier, requeste ou rethorique, Mais pour l'amour de vostre Frère unique, Roy des Françoys, qui à l'heure présente Vers vous m'envoye, et à vous me présente De par Pothon, gentil homme honorable.

En me prenant, princesse vénérable, Dire pourray que la nef opportune Aura tiré de la mer d'infortune, Maulgré les ventz, jusqu'en l'isle d'honneur

iik BPISTRES

Le pèlerin exempté de boD heur :

Et si auray par un ardant désir

Gueur et raison de prendre tout plaisir

A esveiller mes esperitz indignes

De vous servir, pour faire œuvres condignes,

Telz qu'il plaira à vous, trèshaulte dame.

Les commander, priant de cueur et d^ame

Dieu tout puissant, de tous humains le père,

Vous maintenir en fortune prospère.

Et dans cent ans prendre Famé à mercy,

Partant du corps sans douleur ne soucy.

DU CAMP D*ATTIQNY, A MÂDICTB DAMB D^ALBNÇON

SUSCRIPTION

Lattre mal faite ot mal escripta, Voile de par cest eacrivant Vers la plus noble Marguerite Qui soit point au monde vivant.

La main tremblant dessus la blanche carte Me voy souvent : la plume loing s'escarte, L'encre blanchist, etTesperit prend cesse, Quand j'entreprens (trèsillustre Princesse) Vous faire escriptz ; et n'eusse prins l'audace, Mais Bon Vouloir, qui toute paour efface, M'a dict : « Grains tu à escrire soudain Vers celle là qui oncques en desdain Ne print tes faicts ? » Ainsi à Testourdy Me suis montré (peult estre) trop hardy, Bien congnoissant neantmoins que la faillie Ne vient sinon d'entreprise trop haulte ; Mais je m'attens que soubz vostre recueil Sera congneu le zèle de mon vueil.

Or est ainsi, Princesse magnanime, Qu'en hault honneur et triumphe sublime Est fleurissant en ce camp ou nous sommes Le conquérant des cueurs des gentilzhommes :

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(Test Monseigneur, par sa vertu loyalle

Esleu en chef de rarmée royalle,

Où Ton a veu de guerre maintz esbatz,

Advanturiers esmouvoir gros combatz

Pour leur plaisir ; sur petites querelles

Glaives tirer et briser allumelles,

S'entrenavrans de façon fort estrange ;

Car le cueur ont si trèshault, qu'en la fange

Plustost mourront que fuyr à la lice ;

Mais Monseigneur, en y mettant police,

A deffendu de ne tirer espée,

Si on ne veult avoir la main couppée.

Ainsi piétons n'osent plus deâgayner, Dont sont contraints au poil s'entretrainer, Car sans combat re ilz languissent en vie. Et croy (tout seur) qu*ttz ont trop plus d'envie D'aller mourir en guerre honnestement Que de mourir chez eulx oysivement.

Ne pensez pas, dame où tout bien abonde, Qu'on puisse veoir plusbeaulx hommes au monde : Car (à vray dire) il semble que Nature Leur ayt donné corpulence et facture Ainsi puissante, avec le cueur de mesmes, Pour conquérir sceptres et dyadesmes En mer, à pied, sur coursiers ou genetz. Et ne desplaise à tous nos lansquenetz, Qui ont le bruyt de tenir aulcun ordre, Mais à ceuix cy n'a point tant à remordre.

Et qui d'entre eulx l'honnesteté demande, Voyse orendroit veoir de Mouy la bande D'adventuriers issus de nobles gens :

Nobles sont ilz, pompeux et diligens.

Car chascun jour au camp soubz leur enseigne Font exercice, et Tun à l'autre enseigne A tenir ordre, à manier la picque.

Ou le Verdun, sans prendre noise ou picque.

De l'autre part, soubz ses fiers estendars Meine Boucal mille puissans souldars, Qui ayment plus debntz et grosses guerres Qu'un laboureur bonne paix en ses terres ; Et qu'ainsi soit, quand rudement se battent.

Advis leur est proprement qu'ilz s'esbatent.

D'autre costé voyt on le plus souvent Lorges jecter ses enseignes au vent, Pour ses piétons faire usiter aux armes, Lors que viendront les périlleux vacarmes; Grans hommes sont en ordre triumphans, Jeunes, hardis, roides comme elephans, Fort bien armez, corps, testes, bras et gorges. Aussi dict on : les hallecretz de Lorges.

Puis de Mouy les nobles et gentilz, Et de Boucal les hommes peu craintifz; Brief, Hercules, Montmoreau et Danieres Ne font pas moins triumpher leurs bannières, Si que deçà on ne sçauroit trouver Homme qui n'ayt désir de s*esprouver, Pour acquérir par haulte œuvre bellique L'amour du roy, le vostre frère unique : Et par ainsi, en bataille ou assault.

N'y aura cil qui ne prenne cueur hault, » Car la pluspart si hardiment yra, Que tout' la reste au choc s'enhardira.

De jour en jour, une campagne verte Voit on icy de gens toute couverte, La picque au poing, les trenchantes espées Geinctes à droict, chausseures découpées, Plumes au vent, et haultz fiffres sonner Sur gros tabours qui font l'air resonner, Au son desquelz, d'une fiere feiçon Marchent en ordre, et font le limaçon, Gomme en bataille, affîn de ne faillir Quand leur faudra defîendre ou assaillir, Tousjours crians : « Les ennemys sont nostresl » Et en tel poinct sont les six mil apostres Délibérez soubz l'espée Sainct Pol, Sans qu'aucun d'eulx se monstre lasche ou mol.

Souventefoys par devant la maison De Monseigneur viennent à grand' foyson Donner l'aulbade à coups de hacquebutes, D'un autre accord qu'espinettes ou flustes.

Après oyt on sur icelle praerie Par grand' terreur bruyre l'artillerie,

Comme canons doubles et racoursiz, Chargez de pouldre et gros bouletz massifz, Faisans tel bruit qu'il semble que laterre Contre le ciel vueille faire la guerre.

Voyla comment (Dame trèsrenommée) Triumphamment est conduicte Tarmée, Trop mieulx aymant combatre à dure oultrance Que retourner sans coup ferir en France.

De Monseigneur, qui escrire en vouldroit. Plus clair esprit que le mien il fauldroit ; Puis je sens bien ma plume trop ruralle Pour exalter sa maison liberalle, Qui à chascun est ouverte et patente.

Son cueur tant bon gentilzhommes contente, Son bon vouloir gens de guerre entretient, Sa grand' vertu bonne justice tient, Et sa justice en guerre la paix faict. Tant que chascun va disant (en effect) : 4c Yoycy celluy tant libéral et large.

Qui bien mérite avoir royalle charge ; C'est celluy là qui tousjours en ses mains Tient et tiendra Pamour de tous humains ; Car puis le temps de César dict Auguste, On n'a point veu prince au monde 4)lus juste 1 »

Tel est le bruict qui de luy court sans cesse Entre le peuple et ceulx de la noblesse, Qui chascun jour honneur faire luy viennent Dedans sa chambre, où maint propos se tiennent, Non pas d'oyseaulx, de chiens ne leurs aboys : Tous leurs devis, ce sont haches, grosboys, Lances, hamoys, estandars, gouffanons, Salpestres, feu, bombardes et canons :

Et semble advis, à les ouyr parler, Qu'oncques ne fut mémoire de baller.

. Bien escrirois encores autre chose.

Mais mieulx me vault rendre ma lettre close En cest endroict : car les Muses entendent Mon T\iàe style, et du tout me deffendent De plus rien dire, affin qu'en cuydant plaire. Trop long escript ne cause le contraire. Et pour autant (Princesse cordialle,

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Tige partant de la fleur lilialle) Je vous supply ceste epistre en gré prendre, Me pardonnant de mon trop entreprendre, Et m'estimer (si peu que le dessers) Tousjours du reng de voz trèshumbles ser&.

Priant celluy qui les âmes heurées Faict triumpher aux maisons syderées Que son youloir et souverain plaisir Soit mettre à fin vostre plus hault désir.

A LADICTB DAMB, TOUCHANT L^ARliÂB DU ROT

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