‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 57 sur 188 · EN HAYNAUT · texte numérisé non relu

EN HAYNAUT

Ici veoit-on (trèsillustre Princesse) du Roy la triumphante armée, qui, un mercredy (comme sçavez), s'attendant avoir la bataille, par parolles persuadantes à le bien servir esleva le cueur de ses gens à si voluntaire force, qu'alors ilz eussent non seulement combatu, mais fouldroyé le reste du monde pour ce jour : auquel fut veue la hautesse de cueur de maintz chevaliers, qui, par ardant désir, voulurent poulser en la flotte des ennemys, lors qu'en diffamée fuyte tournèrent, laissant grand nombre des leurs ruynez en la campaigne par impétueux oraige d'artillerie : dont fut attaint le bastard d'Aimery si au vif, que le lendemain fina ses jours à Vallenciennes. Après peult on veoir des anciens capitaines la rusée conduite, de leurs gens d'armes la discipline militaire observée, l'ardeur des advanturiers et Tordre des Suysses, avec le triumphe gênerai de l'armée gallicane, dont la veue seulement a meurtry Thonneurde Haynault, comme le Basilisque premier voyant l'homme mortel. Autre chose (ma souveraine Dame) ne voyons nous qui ne soit lamentable, comme povres femmes désolées errantes (leurs enfans au col) au travers du pays despouillé de verdure par le froid yvemal, qui jà les commence à

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poindrô, puis s^en vont- chauffer en leurs villes, villages et chasteaulx mis à feu, combustion et ruine totale, par vengeance réciproque ; voire vengeance si confuse et universelle, que nos ennemys propres font passer pitié devant nos yeux. Et en telle misérable façon ceste impitoyable serpente, la guerre, a obscurcy Tair pur et net, par poudre de terre sèche, par salpestre et pouldre artificielle, et par fumée causée de boys mortel ardant en feu (sans eau de grâce) inextinguible. Mais nostre espoir par deçà est que les prières d^entre vous, nobles Princesses, monteront si avant es chambres célestes, qu'au moyen d'icelles la tressacrée fille de Jésus Christ, nommée Paix, descendra trop plus luysante que le soleil 'pour illuminer les régions gallicques. Et lors sera vosire noble sang hors du danger d'estre espandu sur les mortel) es plaines. D'autre part, aux cueurs des jeunes daîmes et damoyselles entrera certaine espérance du retour désiré de leurs marys, et vivront povres laboureurs seurement en leurs habitacles, comme prelatz en chambres bien nattées. Ainsi, bienheurée Princesse, espérons nous la non assez soudaine venue de Paix, qui toutesfoys peult finalement revenir en despit de guerre cruelle, comme tesmoigne Minfant en sa comédie de Fatalle Destinée, disant :

Paix engendre Prospérité, De Proepérité vient Richesse, Dts Richesse Orgueil, Volupté, D'Orgueil Contention sans cesse, - Contention la Gaerre adresse, La guerre engendre Povretép La Povreté Humilité.

D'Humilité revieut la Paix, Ainsi retournent humains faicts

Voilà comment (au pis aller, dont Dieu nous gard) peult revenir celle précieuse Dame souvent' appelJée par la nation françoise dedans les Temples divins, chantans : « Seigneur, donne nous Paix. » Laquelle nous vueille de bref en-

voyer iceluy Seigneur' et Rédempteur Jesus^ qui vous doint heureuse vie transitoire et en fin étemelle.

A LA DAMOYSELLE NEGLIGENTE DE VENIR VBOIR

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