SES AMYS
Ne pense pas, trèsgente damoyselle, Ne pense pas que Tamour et vray zèle Que te portons jamais finisse et meure Pour ta trop longue et fascheuse demeure. . Fascheuse est elle, au moins en nos endroits. Mais ores quand quarante ans te tiendroys Loing de nos yeulx, si auroit-on (pour voir) Records de toy et dueil de ne te veoir ; Car le long temps ne Tabsence loingtaine Vaincre ne peult Tamour vraye et certaine.
Si t*advisons, nostre amye trèschere, Que par deçà ne se faict bonne chère Que de t'avoir on ne face un souhait.
Si Tun s'en rit, si Tautre est à son hait, Si Tun s'esbat, si Tautre se recrée.
Si tost qu'on tient propos qui nous agrée, Tant que le cueur de plaisir nous sautelle, « Pleust or à Dieu (ce dict on) qu'une telle Fust or icy. » L'autre dit : « Pleust à Dieu, Qu'un ange l'eust transportée en ce lieu. — Mais pleust à Dieu tdit l'autre) qu'Astarot L'apportast saine, aussi tost qu'un garrot. » Voila comment, pour ta fort bonne grâce, Il n'y a cil qui son souhait ne face D'estre avec toy ; et ne povons sçavoir Pourquoy ne viens tes amys deçà veoir : Le chemin n'est ny fascheux ny crotté; En moins d'avoir dict un Ohsecro te En noz quartiers tu seroys arrivée :
Pourquoy donc es de nous ainsi privée?
Possible n'est que bien t'excuser sceusses. Brief, nous vouldrions qu'aussi hault voiler peusses
Que le hault mont d'Olympe ou Pamasus,
Ou qu'eusses or le cheval Pegasus,
Qui te porlast voilant par les provinces ;
Ou qu'a présent à ton vouloir tu tinses
Par le licol, par queue ou par collet
Le bon cheval du gentil Pacollet ;
Ou que ton pied fust aussi legier donques
Que bische ou cerf que le Roy chassa onqucs ;
Ou que de là jusque icy courust eau
Qui devers nous te menast en bateau.
Lors n'aurois tu bonne excuse jamais,
Mais sçauroit on si en oubly tu mets
Les tiens amys; car adonc ne tiendroit
Fors seulement au bon vouloir et droit,
Et à l'Amour, qui aux gens donne soing
De venir veoir les amys au besoing;
Quoy qu'envers toy n'avons paour qu'elle faille,
Mais prions Dieu qu'excuse te deffaille,
AfQn qu'Amour^ qui onc ne te laissa,
A nos désirs t'amène par deçà.
DBS JÂRTIERES BLANCHES
De mes couleurs, ma nouvelle alliée, Estre ne peult vostre jambe liée. Car couleurs n'ay, et n'en porteray mye Jusques à tant que j'auray une amye Qui me taindra le seul blanc que je porte En ses couleurs de quelque belle sorte. Pleust or à Dieu, pour mes douleurs estaindre, Que vous eussiez vouloir de les me taindre : C'est qu'il vous pleust pour amy me choisir D'aussi bon cueur que j'en ay bon désir ; Que dy je, amy? Mais pour humble servant, Quoy que ne soye un tel bien desservant ; Mais quoy I au fort, par loyaulment servir
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Je tascheroje à bien le desservir.
Brief, pour le moins, tx)ut le temps de ma vie
D'une autre aymer ne me prendroit envie.
Et par ainsi quand ferme je serois,
Pour prendre noir le blanc je laissei^ois :
Car fermeté c'est le noir par droicture.
Pource que perdre il ne peult sa taincture.
Or porteray le blanc ce temps pendant, Bonne Fortune en amour attendant; Si elle vient, elle aéra receue Par loyaulté dedans mon cœur conceue; S'elle ne vient, de ma voulunté franche Je porteray tousjours livrée blanche.
C'est celle là que j'ayme le plus fort Pour le présent, vous advisant, au fort. Si j'ayme bien les blanches ceinturettes, J'ayme encor mieulx dames qui sont brunettes.