‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 60 sur 188 · POUR LE CAPITAINE BOURGEON A MONSIEUR DE LA ROGQUE · texte numérisé non relu

POUR LE CAPITAINE BOURGEON A MONSIEUR DE LA ROGQUE

Gomme à celluy en qui plus fort j'espère, Et que je tiens pour père et plus que père, A vous me plains par cest escript léger Que je ne puis de Paris desloger.

Et si en ay vouloir tel comme il fault ; Mais quoy ? G'est tout : la reste me defTault, J'entens cela qui m'est le plus duysant. Mais que me vault d'aller tant devisant? Venons au poinct : vous sçavez, sans reproche. Que suis boyteux, au moins comme je cloche ; Mais je ne sçay si vous sçavez comment. Je n'ay cheval, ne mulle, ne jument ; Parquoy, Monsieur, je le vous fais sçavoir A celle fin que m'en faciez avoir.

Ou il fauldra (la chose est toute seure] Que voyse à pied, ou bien que je demeure; Gar en finer je ne m'attendz d'ailleurs. Raison pourquoy ? Il n'est plus de bailleurs, Sinon de ceulx lesquelz dormiroyent bien. Si vous supply, le trescher Seigneur mien. Baillez assez, mais ne vueillez dormir.

Quand Desespoir me veult faire gémir, Voycy comment bien fort de luy me mocque :

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O Desespoir, croy que soubz une rocque, Rocque bien ferme et pleine d'asseurance, Pour mon secours est cachée espérance : Si elle en sort, te donnera carrière, Et pource donc reculle toy arrière.

Lors Desespoir s'en va saingnant du nez, Mais ce n'est rien si vous ne Teschinez : Car autrement jamais ne cessera De tourmenter le Bourgeon, qui sera Tousjours bourgeon, sans raisin devenir, S'il ne vous plaist de luy vous souvenir.

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