‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 61 sur 188 · POUR LE CAPITAINE RAISIN, AUDIGT SEIGNEUR · texte numérisé non relu

POUR LE CAPITAINE RAISIN, AUDIGT SEIGNEUR

DE LA ROGQUE

En mon vivant je ne te feis sçavoir Chose de moy dont tu deusses avoir Ennuy ou deuil ; mais pour l'heure présente, Trèscher seigneur, il fault que ton cueur sente, Par amytié et par ceste escripture, Un peu d'ennuy de ma maie adventure ; Et m'attens bien qu'en maint lieu ou iras A mes amys ceste epistre liras.

Je ne veulx pas aussi que tu leur celés : Mais leur diras : « Amys, j'ay des nouvelles D'un malheureux que Venus la déesse A forbany de soûlas et liesse. »

Tu diras vray, car maulx me sont venus Par le vouloir d'impudique Venus, Laquelle feit tant par mër que par terre Sonner un jour contre femmes la guerre. Où trop tost s'est maint chevalier trouvé. Et maint grand homme à son dam esprouvé ; Maint bon courtault y fut mis hors'd'alaine, Et maint mouton y laissa de sa laine ; Brief, nul ne peult (soit par feu, sang ou mine) ^ Gaigner proufût en guerre féminine ;

Car leur ardeur est aspre le possible, Et leur harnoys hault et bas invincible.

Quant est de moy, jeunesse povre et sotte Me feit aller en ceste dure flotte, Fort mal garny de lances et escus.

Semblablement le gentil dieu Bacchus M'y amena, accompaigné d'andoilles, De gros jambons, de verres et gargoilles. Et de bon vin versé en maint flascon ; Mais je y receuz si grand coup de faulcon, Ou'il me fallut soudain faire la poulie Et m'en fayr (de peur) hors de la foule.

Ainsi navré, je contelnple et remire •Où je pourrois trouver souverain myre ; Et, prenant cueur autre que de malade.

Vins circuyr les limites d'Archade, La Terre Neufve et la Grand' Tartarie, Tant qu'à la fin me trouvay en Surie, •Où un grand Turc me vint au corps saisir, Et, sans avoir à luy faict desplaisir, Par plusieurs jours m'a si trèsbien frotté Le dos, les reins, le bras et le costé, •Qu'il me convint gésir en uiie couche, Criant les dsnts, le cueur, aussi la bouche, Disant (helas !) : « O Bacchus, puissant dieu. M'as tu mené exprès en ce hault lieu Poir veoir à l'œil moy le petit Raisin Perdre le goust de mon proche cousin ? Si une foys puis avoir allégeance, •Certainement j'en prendray bien vengeance : •Car je feray une armée légère.

Tant seulement des lances de fougère, •Camp de taverne, et pavois de jambons, Et bœuf salle, qu'on trouve en mengeant bons. Tant que du choc rendray tes flascons vuydes. Si tu n'y metz grand' ordre et bonnes guydes.

Ainsi j'esleve envers Bacchus mon cueur, Pour ce qu'il m'a privé de sa liqueur. Me faisant boire en chambre bien serrée Fade tisanne, avecques eau ferrée.

Dont souvent fais ma grand' soif estancher.

196 BPISTRIS

Yoyla comment (ô Monseigneur tant cher]

Soubz Testandart de fortune indignée,

Ma vie fut jadis prédestinée.

En fin d^escript bien dire le te yueil,

Pour adoulcir Taigreur de mon grand dueil ;

CSar dueil caché en desplaisant courage

Cause trop plus de douleur et de rage

Que quand il est par parolles hors mis,

Ou declairé par lettre à ses amys.

Tu es des miens 1^ meilleur esprouyé :

Adieu celluy que tel j*ay bien trouyè.

A MONSIEUR BOUGHiLRT, DOCTEUR EN THEOLOOIB

Donne response à mon présent affaire, Docte Docteur. Qui t'a induict à faire Emprisonner, depuis six jours en ça, Un tien amy, qui onc ne t'offensa, Et vouloir mettre en luy craincte et terreur D^aigre justice, en disant que Terreur Tient de Luther ? Point ne suis lutheriste Ne zuinglien, et moins anabaptiste :

Je suis de Dieu par son filz Jesuchrist.

Je suis celluy qui ay faict maint escript, Dont un seul vers on n'en sçauroit extraire Qui à la Loy divine soit contraire.

Je suis celluy qui prens plaisir et peine A louer Christ, et sa mère tant pleine De grâce infuse : et pour bien Fesprouver, On le pourra par mes escriptz trouver

Brief, celuy suis qui croit, honore et prise lia saincte vraye et catholique Eglise ; Autre doctrine en moy ne veulx bouter : Ma loy est bonne, et si ne fault doubter Qu'à mon pouvoir n*) la prise et exaulce, Yeu qu^un payen prise la sienne faulse.

BPISTRBS 137

Que quiers tu donc, ô Docteur catholique ? Que quiers tu donc ? As tu aucune picque Encontre moy? Ou si tu prens saveur A me trister dessoubz autruy faveur ?

Je croy que non, mais quelque faulx entendre Ta feiict sur moy telle rigueur estendre. Donques, .refrains de ton courage Tire ; Que pleust à Dieu qu'ores tu p eusses lire Dedaîis ce corps de franchise interdîct : Le cueur verrois autre qu'on ne C'a die t.

A tant me tais, cher seijaieur nostre maistre, Te suppliant à ce ôoup amy m^estre.

Et si pour moy à raison tu n'es mis, Fais quelque chose au moins pour mes amys, En me rendant par une horsboutée La liberté laquelle m'as ostée.

A SON AICT LtON

Je ne t'escry de l'amour vaine et folle : Tu voys assez s'elle sert ou affoUe ; Je ne t'escry ne d'armes ne de guerre : Tu voys qui peult bien ou mal y acquerre ; Je ne t'escry de fortune puissante :

Tu voys assez s'elle est ferme ou glissante ; Je ne t'escry d'abus trop abusant :

Tu en sçais prou et si n'en vas usant ; Je ne t'escry de Dieu ne sa puissance : C'est à luy seul t'en donner congnoissance ; Je ne t'escry des dames de Paris :

Tu en sçais plus que leurs propres marys ; Je ne t'escry qui est rude ou affable. Mais je te veulx dire une belle fable, C'est à sçavoir, du lyon et du rat.

Cestuy lyon, plus fort qu'un vieil verrat, Yeit une foys que le rat ne sçavoit

138 EPISTAES

Sortir d*un lieu, pour autant qu'il avoit Mengé le lard et la chair .toute crue ; Mais ce lyon (qui jamais ne fat grue) Trouva moyen et manière et matière, D'ongles et dens, de rompre la ratière, Dont maistre rat eschappe vistement, Puis meit à terre un geliouil gentement, Et en ostant son bonnet de la teste, A mercié mille foys la grand' beste, Jurant le Dieu des souris et des ratz Qu'il luy rendroit. Maintenant tu verras Le bon du compte. Il advint d'aventure Que le lyon pour chercher sa pasture Saillit dehors sa caverne et son siège, Dont (par malheur) se trouva pris au piège, Et fut lié contre un ferme posteau.

Adonc le rat, sans serpe ne cousteau, Y arriva joyeux et esbaudy, Et du lyon (pour vray) ne s'est gaudy, Mais despita chatz, ohates et chatons, Et prisa fort ratz, rates et ratons.

Dont il avoit trouvé temps favorable Pour secourir le lyon secourable, Auquel a dit : « Tais toy, lyon lié, Par moy seras maintenant deslyé :

Tu le vaulx bien, car le cueur joly as ; Bien j parut quand tu me deslyas.

Secouru m'as fort lyonneusement ; Or secouru seras rateusement. »

Lors le lyon ses deux grans yeulx vestit, Et vers le rat les tourna un petit En luy disant : « O povre vermyniere.

Tu n'as sur toy instrument ne manière, Tu n'as cousteau, serpe ne serpillon, Qui sceust coupper corde ne cordillon, Pour me jecter de ceste etroicte voye ; Va te cacher, que le chat ne te voye. — Sire lyon (dit le filz de souris), De ton propos (certes) je me soubzris : J'ay des cousteaux assez, ne te soucie, De bel os blanc, plus trenchans qu'une scye ;

Leur gaine, c'est ma gencive et ma bouche ; Bien coupperont la corde qui te touche De si tresprès, car j'y mettray bon ordre. »

Lors sire rat va commencer à mordre Ce gros lien : vray est qu'il y songea Assez long temps ; mais il le vous rongea Souvent, et tant, qu'à la parfin tout rompt, Et le lyon de s'en aller fut prompt, Disant en soy : <c Nul plaisir (en effect) Ne se perd point quelque part où soit faict. » Voyla le compte en termes rithmassez :

Il est bien long, mais il est vieil assez, Teçmoing Esope, et plus d'un million.

Or viens me veoir pour faire le lyon.

Et je mettray peine, sens et estude D'estre le rat, exempt d'ingratitude.

J'entends, si Dieu te donne autant d'affaire Qu'au grand lyon, ce qu'il ne veuille faire.

AUX DAMES DE PARIS EXCUSES d'avoir FAICT AUCUNS ADIEUX

SUSGRIPTION

* Clément Marot aux gentilz veaulx

Qui ont faicl les Adieux nouveaulx.

Satyriques trop envieux , Escrivans de plume lézarde, Vous avez faict de beaux Adieux :

Le feu sainct Antoine les arde 1 Puis vostre langue se hazarde De semer que je les ay faictz ; Ainsi le coupable se garde, Et l'innocent porte le faix.

Si mentez vous bien par la gorge :

Sur dames? ne suis animé,

IdO EPISTRES

Et ne sortit onc de ma gorge

Un ouvrage si mal lymé ;

Et ne sera mien estimé

Par ceulx qui congnoissent-ma veine :

Brief) il est un peu mal rithmé,

Mais la raison en est bien vaine.

Et en cela plus sotz que fins Vous vous monstrez appertement ; Car pour bien venir à vos fins Besongner falloit autrement.

Si parlé eussiez seulement De six, qui hajne m'ont voué, On vons eust creu facilement, Et j'eusse le tout advoué.

Mais un chascun juger peult bien Que parler ne vouldrois des femmes Qui ne m'ont offensé en rien Et qui n'eurent jamais diffames.

Et puis vous y meslez les dames, Qui sçaivent que suis leur servant ; C'est trèsmal entendu voz games Pour mettre vos chantz en avant.

Bien ne mal n'ay voulu escrire De tamt honnestes damoyselles, Et quand d'elles vouldroys rien dire, Je ne feroys point faulx libelles :

Plustost leurs louenges tresbelles Diroys en mon petit sçavoir, Pour acquérir la grâce d'elles, Que chascun mect peine d'avoir.

Dames où n'y a que reprendre, Et qui tenez l'honneur trèscher, A moy ne vous en veuillez prendre :

Oncques ne pensay d'y toucher.

Veuillez vous donques attacher Aux meschans et sotz blasonneurs, Qui n'ont sceu comment me fascher Sinon en touchant voz honneurs.

De tigne espesse de six doits, D'un œil hors du chef arraché.

De membres aussi secz que boys,

D^un nez de fins clous attaché,

De tout cela soit entaché

Qui t-elz beaulx Adieux a faict naistre :

Quand il sera ainsi merché,

Il sera aysé à congnoistre.

AUX DAMBS DB PARIS QUI NB VOULOIBNT PRBNDRB LBS PRBGBDBNTBS BXGUSBS BN PAYBMBNT

Puisqu'au partir de Paris ce grand lieu On vous a dict trop rudement adieu, Dire vous veulx, maulgré chascun langard, A l'arriver doulcement Dieu vous gard.

Dieu vous gard donc, mes Dames tant poupines. Qui vous faict mai ? Trouvez vous des espines, En ces Adieux 1 Ces beaux rethoriqueurs Ont ilz au vif touché voz petis cueurs ? Croyez de vray que le grand Lucifer S'en chauffera un jour en son enfer ; Car ce n'est point jeu de petis enfans, D'ainsi toucher voz honneurs triumphans.

Or, puis qu'advient que ce mal vous avez, Guérissez vous, si guérir vous savez ; Quant est de moy, je ne sçay médecine, Emplastre, unguent, ny herbe ne racine Qui sceust au vray l'aigreur diminuer De vostre mal, qui veult continuer ; Mais je sçay bien comme il ne croistra point, Et ne poindra par moy non plus qu'il poinct. Tant seulement fault que plus ne croyez. Qu'il vient de moy ; car certaines soyez Que si ma plume endroit vous se courrousse. Il n'y aura blanche, noire ny rousse Qui bien ne sente augmenter son angoisse, Et qui au doigt et à l'œil ne congnoisse GoiQbien mieulx picque un poëte de roy

Que les rithmeurs qui ont faict le desroy.

Non que ce soit de picquer ma coustume.

Mais il n'est boys si vert qui ne s'allume,

Tant plus me suis par escript excusé,

Tant plus m'avez de paroUe accusé.

Usant en moy de menasses follettes ;

Puis, quand sentez voz puissances foy blettes,

Allez querant aux hommes allégeance,

En leur chantant : « Faictes m'en la vengeance. »

0 foyble gent, qui ne se peult (en somme) D'homme venger sinon par secours, d'homme ! Bon est l'ouvrier qui ne feit pas égale Vostre puissance à la volunté maie, Puis qu'en tout cas et en toute saison Vostre appétit surmonte la raison.

Ces mots ne vont jusques aux vertueuses ; Mais dictes moy, vous autres bien fascheuses : Quand des Adieux j'eusse avoué l'affaire Sans m'excuser, qu'eussiez vous sceu pis faire ? Vous me tenez termes plus rigoureux Que le drappier au berger douloureux.

Si n'est il loup, louve ne louveton, Tigre, n'aspic ne serpent ne luthon, Qui jamais eust sur moy la dent boutée, Si mon excuse il eust bien escoutée.

Avez vous donc les cueurs moins damoyseaux Qu'aspicz ne loups, et telz gentilz oyseaulx ? Je croy que non : par tout avez louenges D'humble parler et de visages d'anges, Et de ma part me semblent voz façons Sucre en doulceur, et en froideur glaçons. Si trompé suis, je dy que la couleuvre En voz jardins soubz doulces fleurs se cueuvre.

Certes je croy que vous cuydez sans faincte Que j'ay basty mes excuses par crainte. Bien peu s'en fault que ne dye en mes vers Propos de vous qui monstre le revers.

Ma muse ardante autre chose ne quiert.

L'encre le veult, ma plume m'en requiert, Et je leur dy que rien de vous ne sçay : Mais Dieu vous gard que j'en face l'essay.

N'ay je passé ma jeunesse abusée Autour de vous, laquelle j'eusse usée En meilleur lieu {peult estre en pire aussi) ? Rien ne diray, n'ayez aucun soucy, Et si en sçay bien, je Tose assurer.

Pour faire rire et pour faire pleurer.

Mais que vauldroit d'en travailler mes doigts Sur le papier? Mores, Turcz et Medoys Sçavent vos cas ; la terre n'est semée Sinon du grain de vostre renommée.

Brief, pour escrire y a bien d'autres choses Dedans Paris trop longuement encloses.

Tant de broillis 'qu'en justice on tolère, Je l'escrirois, mais je crains la cholere; L'oysiveté des prebstres et cagotz.

Je la dirois, mais gare les fagotz I Et des abuz dont l'Église est fourrée.

J'en parlerois, mais gare la bourrée I De tout cela et de vous me tairoye, Et en chemin plus beau me retrairoye, Quand me viendroit d'escrire le désir.

Je blasmeroys Guerre, qui faict gésir Journellement par terre en grand' oultrance Les vieulx souldars, et les jeunes, de France.

Ou empliroys la mienne blanche charte Du bien de Paix, la priant qu'elle parte Du hault du ciel pour venir visiter Princes chrestiens, et entre eulx habiter.

Ou diroys loz méritoire de ceulx Qui bien servans n'ont esprit paresseux A la chercher, tachans (comme loyaulx) Tirer deçà les deux enfans royaulx.

Ou parleroys (usant du plus hault style) De maint conflit cruel, dur et hostile. Où l'on a veu charger, et presses fendre, Nostre bon roy, pour vous autres deffendre. Ce temps pendant que preniez vos delictz (Sans nul danger) en voz chambres et lictz.

Ou compteroys de luy maint grand orage De grand fortune, et son plus grand courage, Qui soubz le faix n*a esté veu ployer.

IM BPI8TRB8

Yoyla les poinctz où vouldrois m^employer, Sans xn^muser à rithmer vos Adieux ; Et faictes moy mines de groing et d^yeulx Tant que vouldrez : oncques ne prins visée Pour vous lascher un seul traict de risée, Et m'en croyez; mais les langues qui sonnent Gomme un cliquet tousjours le bruyt me donnent De tous escripts, tant soient lourdement faicts : Ainsi soutiens des asnes tout le faix.

Or estes vous dedans Paris six femmes Qui un escript tout farcy de diffames M^avez transmis, et quand aucun se })oute A Tescouter, luy semble qu'il escoute En plein marché six ordes harangeres Jecter le feu de leurs langues légères Contre quelc'un : « Va, vilain ârcereau, Marault, belistre, yvrongne, maquereau, » Gomme une pie en cage injurieuse.

En vostre epistre aussi tant furieuse M'ayez reprins que je veulx &ire bragues Dessus Famour sans chaines et sans bagues : Ha (dy je lors) il fault que chascun croye Qu'à tout oyseau il souvient de sa proye. Vos grans faulcons, qui furent faulconneaux, Voilent tousjour^'pour chaines et anneaux.

Puis vous touchez et les mortz et les vifz. Respondez moy : Pourquoy en vos devis Blasmez vous tant feu mon père honnoré, Qui Yostre sexe a tant bien décoré Au livre dict des Dames TAdvocate?

J'estimerois la recompense ingrate Si pour vous six eust travaillé sa teste ; Mais il parla de toute femme honneste.

Non que sur vous je treuve que redire, Ainçoys chascun vous doit nommer, et dire Avant la mort les six canonisées, Ou (pour le moins) les six chanoinisées.

Quant au resveur qui pour telz vieux registres Print tant de peine à iaire des Epistres Encontre moy, pour tous les menuz droicts De son labeur, seulement je vouldroys

Qu^il eust couvert de vous six la plus saine : Il auroit beau se laver d'eau de Sçine Après le coup. Haï le vil blasonneur!

C'est luy qui feit sur les dames d'honneur Tous les Adieux, et vous six Fen priaistes, Puis dessus moy le grand haro criastes. Sacbans de vray que pour vous seulement On n'eust crié dessus moy nullement.

Et de bon heur prinstes un secrétaire Propre pour vous. Onques ne se sceut taire De composer en injure et meschance :

Je le congnoys. Or prenons autre chance.

Je suis d'advis que veniez appoinclant : Quant au courroux, en moy n'en a point tant Que pour le bien de vous six je ne veille ; Et qu'ainsi soit, en amy vous conseille Que désormais vostre bec teniez coy ; Car vostre honneur ressemble un ne sçay quoy, Lequel tant plus on le va remuant, Moins il sent bon, et tant plus est puant.

Et quand orrez ces miens presens alarmes, Ayez bon cueur, et contenez vos larmes Que vous avez pour les Adieux rendues.

LasI mieulx vauldroit les avoir espandues Dessus les piedz de Christ, les essuyans De voz cheveulx, et vos péchez fuyans, Par repentance, avecques Magdalaine.

Qu'attendez vous? Quand on est hors d'alaine, La force ftiult. Quand vous serez hors d'aage, Et que voz nerfe sembleront un cordage, Plus de voz yeulx larmoyer ne pourrez.

Car sans humeur seiches vous demourrez; Et quand voz yeulx pourroient pleurer encores, Où prendrez vous les cheveulx qu'avez ores, Tour essuyer les piedz du Roy des cieulx? Croyez qu'à tel mystère précieux Ne serez lors du bon ange appel Ices, Pource que trop serez vieilles pellées : Desja vous prend icelle maladie.

Vous voulez faire, et ne voulez qu'on die. Cessez, cessez toutes occasions,

CLtUBIfT MAROT, I. 0

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Si prendront fin toutes dérisions^

C'est le droict poinct pour clorre les passages

Aux mal disans. £t vous autres bien sages,

Qui des Adieux ne feustes point touchées,

Et vous aussi, que Ton y a couchées

Et qui pourtant conte n'en feistes mye.

Nulle de vous ne me soit ennemye,

Je vous supply, pour telles bourgeoisettes,

Qui vont cherchant des |K>ises pour noisettes.

On voit assez que vous estes entières, De n^avoir prins à cueur telles matières. Aussi n'est il blason, tant soit infâme. Qui sceust changer le bruyt d'honneste femme; Et n^est blason, tant soit plein de louenge, Qui le renom de folle femme change.

On a beau dire une columbe est noire, Un corbeau blanc : pour l'avoir dit fault croire Que la columbe en rien ne noircira^ Et le corbeau de rien ne blanchira.

Certainement, les vertuz qui s'espendent Dessus vos cueurs si fort vostre me rendent. Que pour l'amour de vous n'eusse jamais Contre elles faict ceste présente; mais Tant m'ont pressé d'escrire, et me contraingnent Qu'il semble au vray que plaisir elles preignent En mes propos ; et ont bien ce credict, Que si je n'ay assez à leur gré dict, Je leur feray un livre de leurs gestes, Intitulé : Les six vieilles Digestes.

Et si n'auray de matière defiault : J'en ay encor plus qu'il ne leur en fault. Mais pour ceste heure elles prendront en gré, Car au propos où elles m'ont ancré Veulx mettre fin, ei avant que l'y mettre, Vostre Clément vous prie en ceste lettre, Dames d'honneur, que ces femmes notées Soient désormais d'autour de vous ostées. Ne plus ne moins qu'on os te maulvaise herbe ' D'avec l'espy dont on faict bonne gerbe; Vous advisant que trop plus sont nuysantes A vos honneurs que les rithmes cuysantes

BPISTRES 147

Des sotz Adieux; et toutesfoys, afHn Que mon escript ne les fasche à la fin, Je leur voys dire un adieu sans rancune.

Adieu les six qui n'en valez pas une ; Adieu les six qui en valez bien cent.

Qui ne vous veoit, de bien loing on vous sent.

A LA ROYNE ELEONOR A SON ARRIVÉE d'eSPAIGNB AVEC MESSIEURS LES ENFANS

Puis que les champs, les montz et les vallées, Les fleuves doulx et les undes sallées Te font honneur à la venue tienne, Princesse illustre et Royne treschrestienne : Puis que clorons et bombardes tonnantes, Chantres, oyseaulx, de leurs voix resonnantes, Tous à Tenvy maintenant te saluent, Ferây je mal si de ma plume fluent Vers mesurez pour saluer aussi Ta grand' haulteur, qui rompt nostre soucy? Certes, le son de ma lettre n'a garde D'estre si dur comme d'une bombarde. Et si n'est point mortel en terre comme Voix de clairons, ou d'oyselet, ou d'homme ; Parquoy je croy que de toy sera pris Autant à gré. Donques, Perle de prix.

Par qui nous est tant de joye advenue, , Tu sois la bien (et mieulx que bien) venue. Pourquoy sts faict si longue demeurée?

Certainement, ta venue honnorée De tarder tant tous languir nous faisoit; Mais bien sçavons que trop t'en desplaisoit.

N'est ce pas toy qui du Roy fut esprinse Sans l'avoir veu, ciesmes après sa prinse. Où tellement aux armes laboura Que, le corps pris, l'honneur luy demoura?

N'est ce pas toy qui sentis plus fort croîstre L'amour en toy, quand tu vins à congnoistre Et veoir son port, forme, sens et beauté, Qui ne sent rien que toute royauté?

N'est ce pas toy qui songeoys nuyct et jour A le remettre en son privé séjour, Et qui depuis, en prison si amere, A ses enfâins feis office de mère.

Jusque à donner à ton cher frère Auguste Double de toy, voyre doubte trèsjuste?

Car je çroy bien, si eusses eu Tusage Des artz subtilz de Medée la sage.

Qu'en blancs vieillards tu eusses transformez Ces jeunes corps tant beaulx et bien formez. Pour les mener secret tement en France, Et puis rendu leur eusses leur enfance.

Or (Dieu mercy) amenez les as tu Sans nygromance ou Qiagique vertu, Ains par le vueil de Dieu, qui tout prévoit, Et qui desja destinée t'avoit Femme du Roy, duquel et jours et nuyctz Tu as porté la moytié des ennuiz ; Dont raison veult, et le droict d'amytié, Que maintenant reçoyves la moytié De sa grand' joye, et du règne puissant, Et de l'amour du peuple obéissant.

O Royne, donc, de tes subjeclz loyaulx Vien recevoir les haultz honneurs royaulx. Veoir te convient ton royaume plus loing : Tu n'en as veu encor qu'un petit coing. Tu n'as rien veu que la Doue et Gironde; Bien tost verras la Obérante profonde, Loyre au long cours, Seine au port fructueux, Sone qui dort, le Rosne impétueux, Aussi la Somme, et force autres rivières, Qui ont les bortz de fortes villes fieres. Dont la plus grande est Paris sans pareille.

Là et ailleurs desja on t'appareille Mystères, jeux, beaux paremens. de rues, Sur le pavé fleurs espesses et drues, Par les quantons théâtres, colisées.

BPisTnES * 149

Bref, s'on pouvoit faire Champs Elisées, On les feroit pour mieulx te recevoir.

Mais que veult Ton encor te faire veoir? Pourroit on bien augmenter tes plaisirs? N'as tu pas veu le grand de tes désirs, Ton cher espoux, nostre souverain Roy?

Si as trèsbien : mais encores je croy Qu'en gré prendras et verras voulentiers Les appareilz du peuple en maints quartiers; Et, qui plus est, en cela regardant, Tu congnoistras le zèle trèsardant Qu'en toy on a; ce que je te supplie Gongnoistre en moy, Royne trèsaccomplie ; Car ApoUo, ne Glyo ne Mercure Ne m'ont donné secours, ne seing ne cure En cest escript. Le zèle que je dy L'a du tout faict, et m'a rendu hardy A te l'offrir tel que tu le vois estre. Puis ton espoux est mon Roy et mon maistre : Doncques tu es ma Royne et ma maistresse : Voyla pourquoy mes escriptz je t'adresse.

A MONSBIONBUR DB LORRAINS

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