‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 64 sur 188 · ET DECEVOIR · texte numérisé non relu

ET DECEVOIR

Non pour vouloir de rien vous enquérir, Non pour plus fort vostre grâce acquérir, Non pour distraire aucune vostre emprinse,

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. J'ay le papier, Tencre et la plume prinse,

Et devers vous ce mien escript transmis ;

Mais, pour autant qu'il affiert aux amys

Et serviteurs jamais ne celer rien

A leurs aymez, soit de mal ou de bien,

J'ay bien voulu vous escrire (ma Dame)

Chose qui n'est en congnoissance d'ame

Fors que de moy, et de vous n'est point sceue,

Parquoy pourriez en fin estre deceue ;

Et je ne veulx vous laisser décevoir

Tant que mon œil pourra Tapercevoir.

Or est ainsi, que me trouvant au lieu Où* j'esperoys vous pouvoir dire adieu, Triste devins sçachant vostre haultesse Desja partie. Et adonques Thostesse Me va monstrer lettres de vostre main, Là oïL teniez propos doulx et humain A un vieillard à qui vous les transmistes. Lors à mon cueur soudainement vous mistes Deux pensemens, voyant vostre jeune aage Favoriser un si vieil personnage.

Mon pensement premier au cueur me dit Que par Amour il n'a vers vous credict ; Car je sçay bien que Venus, jeune et coincte, Du vieil Saturne en nul temps ne s'accoincte.

Mon pensement second me feit comprendre Que pour espoux le pourriez vouloir prendre ; Et ne veulx pas de ce vous divertir, Mais je veulx bien au vray vous ad ver tir Que (long temps a) il fut mis soubz le jou De mariage au bas pays d'Anjou, Et est encor; si voulez (toutesfoys) Il s'y mettra pour la seconde foys, Combien pourtant que bien foible me semble Pour labourer à deux terres ensemble.

Donc, si voulez vostre blonde jeunesse Joindre et lier à sa grise vieillesse, Il sera bon vous enquérir avant Si j'ay parlé du cas comme sçavant En ceste epistre assez mal composée.

Vous suppliant Tavoir pour excusée

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Si elle n'est en termes elegans ;

Et receveoir vueillez aussi les gants

Que de bon cueur vous transmetz pour Testraine

De Tan présent. La chose est bien certaine,

Que Yoz deux mains, tant blanches de nature,

Méritent bien plus digne couverture :

Mais s'ilz ne sont à voz mains comparez.

Du bon du cueur fpour le moins) les aurez.

Ainsi rendray mon propos accomply En cest endroict. Et avant vous supply Si rencontrez rien dur en cest epistre. De l'oublier et n'en tenir registre :

Car bien à tard vouldroit Fhomme desplaire (S'il n'est trop fainct) qui met peine à complaire.

A GELUY QUI l'iNJURIA PAR ESGRIPT BT NB s'osa NOMMBR

Quiconques soys, tant soys tu brave, Qui ton orde et puanle bave Contre moy as esté crachant, Tu es sot, craintif et meschant.

Ta sottise on voyt bien parfaicte En l'epistre que tu as faicte Sans art et sans aucun sçavoir ; Toutesfoys tu cuydes avoir Chanté en rossignol ramage ; Mais un corbeau de noir plumage Ou un grand asne d'Arcadie Feroit plus doulce mélodie.

Et pour venir au demeurant, Tu crains fort, ô povre ignorant, Tu cradns qu'envers toy je m'allume ; Tu crains la fureur de ma plume :

Pourquoy crains tu ? Il lault bien dire Qu'en loy y a fort à redire ; Car il est certain, si tu fusses Honmie de bien, et que tu n'eusses

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Quelque marque ou maulvais renom, Tu ne craindrois dire ton nom.

Quant est de la meschanceté, Elle vient de grand' lascheté, D'injurier celuy qui onques Ne te feit offense quelconques.

Et quand je t'auroys faict offense, Es tu de si peu de deffense, Si couard et si babouyn, De n'oser parler que de loing ?

L'epistre venue de moy, Pour femme qui vault mieulx que toy, N'est autre cas qu'une risée Où personne n'est desprisée ; Mais toy, lourdault mal entendu, En ta response m'as rendu Pour une risée une injure.

Si je te congnoissoys (j'en jjare), Tu sentiroys si mes lardons Ressemblent roses ou chardons.

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