AVEC RECOMMANDATION DU PORTEUR
En attendant le moyen et pouvoir Qtt'honnestement je me puisse mouvoir De ce pays, il m'est pris le courage De mettre à part reposer un ouvrage Qui pour le Roy sera tost mis à fin ; Puis ay choysi une autre plume, affin De vous escrire en rithme la présente, De par laquelle orendroit vous présente Salut trèshumble, et un livre petit, Ou j'ay espoir que prendrez appétit; Car longtemps a qu'il vous a pieu me dire Et commander que vous le feisse escrire.
C'est un amas de choses espandues.
Qui (quant à moy) estoyent si bien perdues Que mon esprit n'eut onc à les ouvrer Si grand labeur comme à les recouvrer ; Mais, comme ardant à faire vostre vueil, J'ay tant cherché, qu'en ay fait un recueil, Et un jardin gamy de fleurs diverses,
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De couleur jaulne, et de rouges et perses ; Vray est qu'il est sans arbre ne grand fruict ; Ce neantmoins je ne vous Tay construict Des pires fleurs qui de moy sont sorties. Il est bien vray qu'il y a des orties : Mais ce ne sont que celles qui picquerent Les musequins qui de moy se mocquerent.
Vostre esprit noble en ce petit verger Aucunesfoys se pourra soulager Quand travaillé aura au bien publique, Auquel tousjours soingneusement s'applique.
Donc (Monseigneur) plus que trèshumblement Je vous supply de cordiallement Le recevoir, et du porteur de luy Avoir pitié. C'est encores celluy Petit tailleur entre tous les tailleurs. Dont à Bourdeaulx, à Coignac et ailleurs Je vous parlay par escript et de bouche. Enrichy n'est ; il se lève et se couche, Soir et matin, aussi mal fortuné Que quand pour luy fusles importuné.
Jadis servit la haulte seigneurie De la feu Royne en sa noble escuyrie ; Mais son estât dessoubz la dure lame Fut enterré avec la bonne Dame.
Or ne peut plus revivre sa maistresse ; Quant à Testât, maulgré la mort traistresse Vous le povez refaire aussi vivant Et aussi beau qu'il estoit par avant.
Lasl (Monseigneur] faictes ce beau miracle, Il est aisé. Et si par quelque obstacle Ne peult r'avoir son estât de tailleur. Il ne le fault que tromper d'un meilleur. Si vous haulsez son estât et son bien, n le prendra : car je le congnois bien. Au pis aller, pour conclurre l'affaire, Je vous supply comme aux autres luy faire : Et s'il n'en a (autant comme eulx) besoing, Je suis content qu'on en prenne le seing.
Priant celuy lequel vous a faict naistre. Que cent bons ans vous maintienne Grand Maistre,
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Ou quHl vous monte en plus digne degré, Afûn que plus luy en sçachez de gré.
POUR PIBRRB YUYART, A MADAMB DB LORRAINB
Je ne l'ay plus, liberalle Princesse, Je ne Tay plus : par mort il a prins cesse, Le bon cheval que j'euz de vostre grâce. N'en sçauroit on recouvrer de la race ? Certainement, tandis que je Pavoye, Je ne trouvoys rien nuy sant en la voye . En le menant par boys et par taillis, Mes yeulx n^estoient de branches assaillis. En luy faisant gravir roc ou montaigne. Autant m'estoit que trotêr en campaigne. Autant m'estoit torrents et grandes eaux Passer sur luy, comme petits ruysseaux ; Car il sembloit que les pierres s'estassent De tous les lieux où ses piedz se boutassent.
Que diray plus ? onc voyage ne feit Avecques moy dont il ne vint profil ; Mais maintenant toutes choses me grèvent : Branches au boys les yeulx quasi me crèvent ; Car le cheval que je pourmaine et meine Est malheureux, et brunche en pleine plaine ; Petits ruysseaulx grans rivières luy semblent ; Pierres, cailloux, en son chemin s'assemblent. Et ne me donne en voyages bon heur.
O Dame illustre, ô parangon d'honneur, Dont procéda le grand bon heur secret Du cheval mort, où j'ay tant de regret? Il ne vint point de cheval ne de selle : J'ay ceste ioy qu'il procéda de celle Par qui je Teuz. Or en suis desmonté ; La mort Ta pris, la mort Fa surmonté ; Mais c'est tout un : vostre bonté naïfve
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Morte n'est pas, ainçoys est si tresvive, Qu'elle pourroit, non le resusciter, Mais d'un pareil bien me faire hériter.
S'il advient donc que par la bonté vostre Monseigneur face un de ses chevaux nostre, Trèshumblement le supply qu'il liiy plaise Ne me monter doulcement et à l'aise :
Je ne veulx point de ces doulcetz chevaulx Tant que pourray endurer les travaulx ; Je ne veux point de mule ne mulet Tant que je soys vieillard blanc comme laict ; Je ne veulx point de blanche hàcquenée Tant que je soys damoy selle attournée.
Que veulx je donc ? un courtault furieux^ Un courtault brave, un courtault glorieux, Qui ait en l'air ruade furieuse, Glofieux trot, la bride glorieuse.
Si je l'ay tel, fort furieusement Le piqueray, et glorieusement.
Conclusion : si vous me voulez croire, D'homme et cheval ce ne sera que gloire.
EPISTRE qu'il perdit A LA GONDEMNADB CONTRE LES COULEURS d'uNE DAMOYSELLE
Je l'ay perdue : il faut que je m'acquitte En la payant ; au fort, me voilà quitte. Prenez la donc, l'Epistre que sçavez, Et si dedans peu d'éloquence avez, Si elle est sotte, ou aspre ou à reprendre. Au composeur ne vous en vueillez prendre ; Prenez vous en aux fascheuses qui prindrent Vostre party, et qui lors entreprindrent De haultement leurs caque tz redoubler Durant le jeu, affin de me troubler ; Prenez vous en à ceux qui me trompoyent, Et qui mon jeu à tous coups me rompoyent ;
Prenez vous en à qualre pour le moins, Qui contre moy furent tous faulx tesmoings ; Prenez vous en à vous mesmes aussi.
Qui bien vouliez qu'ilz feissent tous ainsi. Si on ne m'eust troublé de tant de bave, Vous eussiez eu une epistre fort brave, Qui eust parlé des dieux et des déesses. £t des neuf cieulx où sont toutes liesses. Sur ces neuf cieulx je vous eusse eslevée. Et eusse faict une grande levée De rethorique, et non de bouclier :
Puis eusse dict comment on oyt crier Au fons d'Enfer, plein de peines et pleurs, Geulx qui au jeu furent jadis trompeurs. Donnez vous garde. Or brief (sansjn'eschauffer) J'eusse descript tout le logis d'Enfer, Là où iront (si brief ne se reduysent) Les vrays trompeurs qui ce monde seduysent. Puis qu'on m'a donc l'esprit mis en mal ayse, Excusez moy si TEpistre est maulvaise.
Vous asseurant, si l'eussiez bien gaignée. Qu'elle eust esté (pour vray) bien besongnée ; Mais tput ainsi que vous avez gaigné, Par mon serment, ainsi j'ay besongné ; Non qu'à regret ainsi faicte je Paye, Ne qu'à regret aussi je vous la paye : Tous mes regrets, toutes mes grans douleurs Viennent (sans plus) de ce que les couleurs N'ay sceu gaigner, d'une tant belle dame, A qui Dieu doint repos de corps et d'ame.