‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 66 sur 188 · A GUILLAUME DU TERTRE SECRETAIRE DE MONSIEUR DE QHASTEAUBRIANT · texte numérisé non relu

A GUILLAUME DU TERTRE SECRETAIRE DE MONSIEUR DE QHASTEAUBRIANT

Quand les escriptz que tu m'as envoyez Seroient de rithme et raison desvoyez ; Quand ton vouloir (lequel trop plus j'estime Que tes escriptz, ta raison ne ta rithme) Seroit tout autre, et quand le secrétaire De Montejan n'eust rien faict que se taire. Sans me donner de t'escrire appétit, Ja pour ces poinclz (Monsieur de Montpetit] N'eusse laissé la response transmettre ; Car la maison où Dieu t'a voulu mettre Digne te rend, et plus que digne au monde, Non que Marot, mais Maro te responde.

162 BPISTRES.

Que pleust à Dieu que tant il me feit d^heur Qu'ores je peusse escrire au serviteur Propos qui fust si fort plaisant au maistre Que mal plaisant ne peust à la dame estre.

Certes alors me liendrois asseuré Que cest escript (tant soit mal mesuré) Pourroit combattre avecques ton envoy ; Mais sans cela rien en luy je ne voy Pour le sauver qu'il ne se trouvast moindre Auprès du tien, quand viendroit à le joindre. Or, tel qu'il est, en gré le vueilies prendre : Plus escriroys, plus me feroys reprendre.

POUR UN VIEIL GENTIL HOMME RESPONDANT A LA LETTRE d'uN SIEN AMY

Venus, venuste et céleste déesse, "Ne sentit onc au cueur si grand' liesse En recevant par Paris, juge esleu, La pomme d'or, comme moy quand j'ay leu Ta lettre doulce et d'amour toute pleine. Tant coule doulx, tant nayfve a la veine, Tant touche bien noz jeunesses muées, Qu'elle a (pour vray) les cendres remuées De mon vieil aage ; et, de faict, en icelles Il s'est eneor trouvé des estincelles Du feu passé, toutesfoys non ardentes ; Car quant à moy, les raisons sont patentes Qu'ardantement plus ne suis amoureux.

Par conséquent moins triste et douloureux.

Mais, quoy que peu à présent je m'en mesle, Quand de la done à la poignant mammelle Je vins à lire, autant fuz resjouy Que de propos qu'en mon vivant ouy; Si fuz je bien de celle de Grenoble.

0 qu'elle est belle, et qu'elle a le cueur noble t Il n'est amant qui se sceust exempter

EPISTBBS 163

De son service à elle présenter.

Et ne croy pas (ou tu es impassible)

Qu*à ta jeunesse il ayt esté possible,

En regardant si parfaicte beauté,

De non sentir sa doulce cruauté.

Bien croy qu^au faict onc ne t'esvertuas :

Car celle amour qu'en toy party tu as,

Ta foy loyalle et tes façons pudiques,

Vaincroyent d'un coup cent dardes cupidiques.

Ta lettre m'a maint plaisir faict sentir, Mais le plus grand (il n'en fault point mentir) C'est le rapport de la bonne vinée.

De par delà; car par chascune année Me conviendra luy livrer les assaultz, Puis qu'en amour j'ay jecté mes grans saultz.

A dire vray, je deviens vieille lame.

Et ne puis bien croire qu'aucune dame (Tant que tu dis) s'enquiere et se soucie De mon estât. Neantmoins te merci e, Si quelquesfoys de moy tiennent ensemble Aucun propos : car par cela me semble Que Gupido, sans de rien me priser, En vieil souldart me veult favoriser.

Or si tu m'as, ainsi comme je pense, Mis en leur grâce, aucune recompense Fors que d'amour à toy n'en sera faicte : Mais dy leur bien qu'à toutes je souhayte Que les souhaytz qui d'elles seront faictz Deviennent tous accomplys et parfaictz.

Te suppliant donner salut pour moy A celles là desquelles sans esmoy Nous devisions, passant mélancolie, Sur le- chemin des Alpes d'Italie.

Et pour l'adieu de ma lettre, t'afferme Que nonobstant que nostre amytié ferme Tousjours fleurisse en sa verdeur fréquente, Certes encor ton epistre éloquente.

Près du ruisseau caballin composée.

Lui a servy d'une doulce rosée Qui reverdir la faict, et eslever Comme la rose au plaisant temps de ver.

DU COQ A l'aSNB. a LYON JAMET

Je t'envoye un grand million - De salutz, mon amy Lyon : '

S'ilz estoient d'or, ils vauldroient mîeulx : Car les Fjançoys ont parmy eulx Tousjours' des nations estranges.

Mais quoy ? nous ne pouvons estre anges. C'est pour venir à Téquivoque, Pource qu'une femme se mocque, Quand son amy son cas luy compte.

Or pour mieulx te faire le compte, A Romme sont les grans pardons ; Il fault bien que nous nous gardons De dire qu'on les appetisse, Excepté que gens de justice Ont le temps après les chanoynes.

Je ne vey jamais tant de moynes Qui vivent et si ne font rien.

L'empereur est grand terrien, Plus grand que Monsieur de Bourbon.

On dict qu'il faict à Ghambourg bon, Mais il faict bien meilleur en France : Car si Paris avoit souffrance, Montmartre auroit grand desconfort.

Aussi, depuis qu'il gelé fort, Croyez qu'en despit des jaloux On porte souliers de veloux.

Ou de trippe, que je ne mente.

Je suis bien fol : je me tourmente Le cueur et le corps d'un affaire Dont toy et moy n'avons que faire :

Gela n'est que irriter les gens ; Tellement que douze sergens.

Bien armez jusques au collet,

EPI8TRE8 iOa

Battront bien un homme seulet, Pourveu que point ne se deffende.

Jamais ne veulent qu^on les pende. Si disent les vieulx quolibetz Qu'on n« voit pas tant de gibetz En ce monde que de larrons.

Porte bonnetz carrez ou rondz, Ou chapperons fourrez d'ermines, Ne parle point, et fais des mines, Te voyla sage et bien discret.

Lyon, Lyon, c'est le secret ; Apprens tandis que tu es vieulx.

Et tu verras les envieux Courir comme la Ghananée, En disant qu'il est grand' année D'amoureuses et d'amoureux, Dedolens et de langoureux, Qui meurent le jour quinze foys.

Samedy prochain toutesfoys On doit lire la loy civile.

Et tant de veaulx qui vont par ville Seront bruslez sans l'aulte nulle, Car ilz ont chevaulché la mulle, Et la chevaulchent tous les jours.

Tel faict à Paris longs séjours Qui vouldroit estre en autre lieu.

Laquelle chose de par Dieu Amours finissent par cousteaux.

Les trois dames des blancs manteaulx , S'habillent toutes d'une sorte.

Il n'est pas possible qu'on sorte De ces cloistres aucunement Sans y entrer premièrement ; C'est un argument de sophiste ; Et qu'ainsi soit, un bon papiste Ne dit jamais bien de Luther^ Car s'ilz venoyent à disputer.

L'un des deux seroit hérétique.

Oultre plus, une femme éthique Ne sçauroit estre bonne bague.

D'avantage, qui ne se brague

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N^est point prisé au temps présent ; Et, qui plus est, un bon présent Sert en amours plus que babilz.

Et puis la façon des habitz Dedans un an sera trop vieille.

11 est bien vray qu'un amy veille Pour garder Faultre de diffame ; Mais tant y a que mainte femme S'efforce à parler par escript.

Or est arrivé l'Antéchrist, Et nous Tavons tant attendu.

Ma dame ne m'a pas vendu, C'est une chanson gringotée ; La musique en est bien notée.

Ou l'assiette dé la clef ment :

Par la morbieu, voyla Clément ; Prenez le, il a mengé le lard.

Il faict bon estre papelard, Et ne courroucer point les fées.

Toutes choses qui sont coiffées, Ont moult de lunes en la teste.

Escrivez moy s'on faict plus feste De la lingere du Palais, Car maistre Jehan du Pont Alays Ne sera pas si oultrageux.

Quand viendra à jouer ses jeux.

Qu'il ne vous face trestous rire.

Un homme ne peult bien escrire.

S'il n'est quelque peu bon lisart.

La chanson du frère Grisart Est trop salle pour ces pucelles, Et si faict mal aux cueurs de celles Qui tiennent foy à leurs maris.

Si le grand rithmeur de Paris Vient un coup à veoir ceste lettre.

Il en vouldra oster ou mettre, Car c'est le roy des corrigears.

Et ma plume d'oye ou de jars Est ja j^lus escroupionnée Qu'une vieille bas enconnée ; D'escrire aujourd'huy ne cessa.

Des nouvelles de pardeça :

Le roy va souvent à la chasse, Tant qu'il fault descendre la chasse Sainct Marceau pour faire pleuvoir.

Or, Lyon, puis qu'il t'a pieu veoir Mon epistre jusqiies icy, Je te supply m'excuser si Du Coq à l'Asne voys sautant, Et que ta plume en face aultant, Affin de dire en petit mètre Ce que j'ay oublié d'y mettre.

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