‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 2)Chapitre 67 sur 188 · CARDINAL · texte numérisé non relu

CARDINAL

Si officiers en l'Estat seurement Sont tous couchez fors le povre Clément, Qui comme un arbre est debout demeuré, Qu'en dictes vous, prélat trèshonoré ?

Doibt son malheur estre estimé offense ? Je croy que non, et dy pour ma deffense, Si un pasteur qui a fermé son parc Treuve de nuyct loing cinq ou six traictz d'arc Une brebis des siennes esgarée, Tant qu'il soit jour, et la nuyct séparée, En quelque lieu la doit loger et paistre. Ainsi a faict nostre bon Roy et maistre, Me voyant loing de l'Ëstat jà fermé, Jusques au jour qu'il sera deffermé.

Ce temps pendant, à pasturer m'ordonne, Et pour trouver plus d'herbe franche et bonne, M'a adressé au pré mieulx fleurissant De son royaume ample, large et puissant.

Là, sans argent, je rithmaille et compose. Et quand suis las, sur ce pré me repose. Là où le trèfle en sa verdeur se tient,

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Et OÙ le lys en vigueur se maintient.

Là je m^attends, là mon espoir je fiche, Car si seellez mon acquict, je suis riche. Raison me dit, puis que le Rqj Tentend, Que le ferez. Mon espoir, qui attend, Me dit après, pour réplique finalle.

Que de la grand^ dignité cardinalle Me sentiray. Car, ainsi que les roys De nouveau mis en leurs nobles arroys Mettent dehors en pleine délivrance Les prisonniers vivans en espérance, Ainsi j'espère, et croy certainement, •Qu'à ce beau rouge et digne advenement Vous me mettrez (sans différence aucune] Hors des prisons de Faulte de pecune.

Puis qu'en ce donc tous autres precellez. Je vous supply (trèsnoble Pré) seellez Le mien acquict : pourquoy n'est il seellé ? Le parchemin a long et assez lé :

Dictes (sans plus) : « Il faut que le seellons, » Seellé sera sans faire procès longs.

S'on ne le veult d'adventure seeller, Je puis bien dire (en effect) que c'est Tair, L'eau, terre, feu qui tout bon heur me cèlent, Considéré que tant d'autres se seellent. Mais si je touche argent par la seelleure, Je beniray des foys plus de sept l'heure. Le chancelier, le seau et le seelleur Qui de ce bien m'auront pourchassé l'heur.

C'est pour Marot, vous le congnoissez ly ; Plus legier est que Volucres Cœli, Et a suyvy long temps chancellerie Sans prouffiter rien touchant seellerie : Brief, Monseigneur, je pense que c'est là Qu'il fault seeller, si jamais on seella ; Car vous sçavez que tout acquict sans seel. Sert beaucoup moins qu'un potage sans sel, Qu'un arc sans corde, ou qu'un cheval sans selle.

Si prie à Dieu, et sa tresdoulce Ancelle, Que dans cent ans en santé excellent Vous puisse veoir de mes deux yeulx seellant. . .

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