POUR LA PBTITB PRINCESSE DE NAVARRE A MADAME MARGUERITE
Voyant que la Royne ma mère Trouve à présent la rithme amere, Ma Dame, m'est prîns fantasie De vous monstrer qu'en poésie Sa fille suis. Arrière, prose, Puis que rithmer maintenant j'ose.
Pour commencer donc à rithmer, Vous pouvez, Madame, estimer Queir joye à la fille advenoit, Sçachant que la mère venoit, Et quelle joye est advenue A toutes deux à sa venue.
Si vous n'en sçavez rien, j'espère Qu'au retour du Roy vostre père Semblable joye sentirez.
Puis des nouvelles m'en direz.
Or, selon que j 'a vois envye, Par eau jusque icy l'ay suyvie, Avecques mon bon perroquet, Vestu de vert comme un bouquet De marjolaine. Et audict lieu M'a suyvie mon escurieu, Lequel tout le long de l'année Ne porte que robe tanée.
J'ay, aussy, pour faire le tiers Amené Bure en ces quartiers.
Qui monstre bien à son visage Que des troys n'est pas la plus sage.
Ce sont là des nouvelles nostres : Mandez nous, s'il vous plaist, des vostres Et d'autres nouvelles aussy, Car nous en avons faulte icy.
Si de la Court aucun revient, Mandez nous (s'il vous en souvient).
En quel estât il la laissa.
Des nouvelles de par deçà :
Loyre est belle et bonne rivière Qui de nous reveoir est si fiere Qu'elle en est enflée et grossie, Et en bruyant nous remercie.
Si vous l'eussiez donc abordée, Je croy qu'elle fust desbordée :
Car plus fiere seroit de vous Qu'elle n'a pas esté de nous ; Mais Dieu ce bien ne m'a donné Que vostre chemin adonné Se soit icy, et fault que sente, Parmy ceste joye présente, La tristesse de ne vous veoir.
Joye entière on ne peult avoir Tandis que l'on est en ce monde ; MaisafBn que je ne me fonde Trop en raison, icy je mande A vous et à toute la bande Qu'Ëstienne, ce plaisant mignon, De la danse du Gompaignon, Que poUr vous il a compassée, M'a ja faict maistresse passée.
De fine force, par mon ame, De me dire : « Tournez, ma dame. »
Sitost qu'ensemble nous serons.
Si Dieu plaist, nous la danserons.
Ce temps pendant, soit loing, soit près. Croyez que je suis faicte exprès Pour vous porter obéissance.
Qui prendra tousjours accroissance A mesure que je croistray :
Et sur cela fin je mettray A l'escript de peu de value Par qui humblement vous salue Celle qui est vostre sans cesse, Jane, de Navarre princesse.
BPISTRES 185
AU GENBRAL PREVOST
Je Tay receu, ton gracieux envoy, Trèscher seigneur, te promettant en foy D'homme non fainct que leu et regardé L'ay plusieurs foys, et si sera gardé, Tout mon vivant, parmy toutes les choses Que j'ay au cueur par souvenir encloses, Que je crains perdre, et dont j'ay cure et seing.
Ce tien escript, certes, sera tesmoîng A tousjours mais de Tamytié ouverte Laquelle m'as de si bon cueur offerte Que la reçoy : et par ces te présente, De mesme cueur la mienne te présente.
Bien il est vray que la tienne amytié Passe en pouvoir la mienne de moytié ; Mais de retour je t'offre le service, Qui ne fauldra de faire son office En et par tout où vouldras remployer.
Et sur ce poinct voys ma lettre ployer, Pour me remettre aux choses ordonnées Que pour t'escrire avoye abandonnées.
A ALEXIS JURE, DE QUIERS EN PIBDiiONT
Amy Jure, Durs, ou aigres/
Je te jure Ou trop meigres.
Que désir, Qui Ta dit
Non loysir, A mesdict :
J'ay d'escrire. Toutesfoys
Or de dire Je m'en voys
Que tes vers Dire en sens
Me sont verts, Que j'en sens.
Ton vouloir Faict valoir Tes escripts, Que j'ay pris En gré comme Si docte homme Ghastelain, Ou Alain, Les eust faicts.
De leurs faicts Sans reproches Tu n'approches ; Mais il fault Ton deffault Raboter, Pour ester Les gros nœudz Lourds et neufz Du langage Tout ramage, £t que limes, Quant tu rithmes, Tes mesures Et césures.
Alors maistre Pourras estre, Car ta veine N'est point vaine ; Mais d'icelle Le bon zèle D'amytié La moytié Plus j'estime Que la rithme, Qui un jour A séjour Sera faicte Plus parfaicte
Cependant, Attendant Que te voye, Je l'envoyé Jusque en France Asseurance Que je quiers Gongnoissance D'un de Quiers.
A UNB DAMOYSBLLB MALADE
Ma mignonne.
Je vous donne Le bonjour; Le séjour C'est prison.
Guerison Recouvrez, Puis ouvrez Vostre porte.
Et qu'on sorte Vistement, Car Clément
Le vous mande.
Va, friande De ta bouche, Qui se couche En danger Pour manger Confitures ; Si tu dures Trop malade, Couleur fade Tu prendras, Et perdras
L'embonpoint.
Dieu te doint
Santé bonne, Ma mignonne.
A DBUX DAMOYSBLLBS
SUSGRIPTION
Sus, lettre , il faut que tu desloges : Par toy saluer je pretens La nouvelle espouse Bazoges, Aussi Trezay, qui perd son temps.
Mes damoyselles Bonnes et belles, Je vous envoyé Mon feu de joye ; Si j'avois mieulx, Devant vos yeulx Il seroit mys.
A ses amys Bien, tant soit cher, Ne fiault cacher.
Or est besoing, Quand on est loing, De s'entr'escrire ; Gela faict rire Et chasse esmoy.
Escrivez moy
Donc, je vous prie ; Car Tenfant crie Quand on luy fault.
S-il ne le vault, Il le vauldra.
Et ne fauldra D^estre à jamais Tout vostre ; mais Dieu sçait combiem Il vouldroit bien Vous supplier Ne l'oublier.
Ailleurs ne là Rien que cela Il ne demande.
Me recommande.
XLP
A GBULX QUI , APRBS L^BPIGRAMMB DU BBAU TBTIN
EN FBIRBNT d' AUTRES
Nobles espritz de France poétiques, Nouveaulx Phebus surpassans les antiques, Grâces vous rends dont avez imité,
Les Ëpttres XLI à LUI furent ajoutées en 1544.
Non un letin beau par extrémité, Mais un blason que je feis de bon zelle Sur le tetin d'une humble damoy selle.
En me suyvant vous avez blasonné Dont haultement je me sens guerdonné»
L'un, de sa part, la chevelure blonde ; L'aulpe le cueur, l'autre la cuisse ronde ; L'autre la main descripte proprement ; L'autre un bel œil deschiffré doctement ; L'autre un esprit cherchant les cieulx ouvers ; L'autre la bouche, où sont plusieurs beaulx vers; L'autre une larme, et l'autre a faict l'oreille : L'autre un sourcil de beauté nompareille.
C'est tout cela qu'en ay peu recouvrer. Et si bien tous y avez sceu ouvrer, Qu'il n'y a cil qui pour vray ne deserve Uh prix à part de la main de Minerve : Mais du sourcil la beauté bien chantée A tellement nostre Court contentée.
Qu'à son autheur nostre princesse donne Pour ceste foys de laurier la couronne, Et m'y consens, qui point ne le congnois. Fors qu'on m'a dict que c'est un Lyonnoys.
0 Sainct Gelais, créature gentile.
Dont le sçavoir, dont l'esprit, dont le stile, Et dont le tout rend la France honorée, A quoy lient il que ta plume dorée N'a faict le sien? Ce mauvais vent qui court T'auroit il bien poulsé hors de la Court? 0 Roy Françoys, tant qu'il te plaira pers le, Mais, si le pers, tu perdras une perle, Sans les susdictz blasonneurs blasonner, Que l'Orient ne te sçauroit donner.
Or, chers amys, par manière de rire Il m'est venu voulunté de descrire A contrepoil un letin, que j'envoye Vers vous, affin que suyviez ceste voye. Je l'eusse painct plus laid cinquante foys, Si j'eusse peu ; tel qu'il est, toutesfoys, Protester veulx, aftin d'éviter noyse, Que ce n'est point un tetin de Françoyse,
Et que voulu n'ay la bride lascher * A mes propos pour les dames fascher, Mais vol untiers (jue Tesprit exercite, Ores le blanc, ores le noir recite : • Et est le painctre indigne de louènge Qui ne sçait paindre aussi bien diable qu'ange. Après la course il fault tirer la barre; Après bémol fault chanter en bécarre ;
Là donc, amys : celles qu'avez louées Mieulx qu'on a dict de beauté sont douées ; Parquoy n'entens que vous vous desdiez Des beaulx blasons à §lles dédiez, Ains que chascun le rebours chanter vueille. Pour leur donner encores plus grand' fueillô: Car vous sçavez qu'à gorge blanche et grasse Le cordon noir n'a point maulvaise grâce.
Là donc, là donc, poulsez, faictes merveillBs : A beaulx cheveulx et à belles oreilles! Faictes les moy les plus laidz que Ton puisse ; Pochez cest œil, fesj>ezmoy ceste cuysse; Descrivez moy en style espoventable Un sourcil gris, une main détestable.
Sus, à ce cueur, qu'il me soit pelaudé Mieulx que ne fut le premier collaudé : A cesle larme, et pour bien estre escripte. Deschiffrez moy celle d'un hipocrite.
Quant à l'esprit, paingnez moy une souche, Et d'un taureau le mufle, pour la bouche ; Brief, faictes les si horribles à veoir. Que le grand diable en puisse horreur avoir.
Mais, je vous pry, que chascun blasonneur Vueille garder en ses escriptz honneur; Arrière motz qui sonnent sallement.
Parlons aussi des membres seulement Que l'on peult veoir sans honte descouvers. Et des honteux ne souillons point noz vers : Car quel besoing est il mettre en lumière Ce qu'est nature à cacher coustumiere ?
Ainsi ferez pour à tous agréer, Et pour le Roy mesmement recréer.
Au soîng qu'il a de guerre ja tyssue.
190 EPISTRBS
Dont Dieu luy doinl victorieuse yssue.
Et pour le prix, qui mieulx faire sçaura De verd lyerre une couronne aura, Et un dixain de Muse Marotine, Qui chantera sa louenge condigne.
XLU