A MONSEIGNEUR DÇ GUISE, PASSANT PAR PARIS
Va tost, epistre : il est venu, il passe,
Et part demain, des princes Toutrepasse ;
Il le te fault saluer humblement.
Et dire ainsi : « Vostre humble serf Clément
(Prince de prix) luy mesmes fust venu,
Mais maladie au lict l'a retenu
Si longuement, qu'onques ne fut si mince,
Pasle et deffaict. Vray est, illustre prince,
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Qu'en ce corps maigre est Tesprit demouré Qui autrefoys a pour vous labouré, Non bien sçachant combien il y doit estre; Parquoy, taudis qu'il vit en ce bas estre, Servez vous en. » Ainsi diras, epistre, A cil qui est digne du royal tiltre, Puis te tairas : car tant débile suis, Que d'un seul vers alonger ne le puis.
AU ROT, POUR SUCCEDER EN l'e^IS^T DE SON PERE
Non que par moy soit arrogance prinse, Non que ce soit par curieuse emprinse D'escrire au Roy : pour tout cela ma plume D'ardant désir de voiler ne s'allume.
Mon juste dueil seulement Ta contraincte De faire à vous, et non de vous, complaincte. Il vous a plu, Syre, de pleine grâce.
Bien commander qu'on me mist en la place Du père mien, vostre serf humble, mort ; Mais la Fortune où luy plaist rit et mord. Mors elle m'a, et ne m'a voulu rire.
Ne mon nom faire en voz papiers escrire ; L'Estat est faict, les personne^rengées.
Le parc est clos, et les brebis logées Toutes, fors moy, le moindre du troupeau. Qui n'a toyson ne laine sur la peau.
Si ne peult pas grand los Fortune acquerre Quand elle meine aux plus foybles la guerre ; Las ! pourquoy donc à mon bon heur s'oppose ? Certes, mon cas pendoyt à peu de chose, Et ne feUoit (Syre) tant seulement Qu'effacer Jehan, et escrire Clément.
Or en est Jehan par son trespas hors mis, Et puis Clément par son malheur obmis.
C'est bien malheur, ou trop grand' oubliance :
Car, quant à moy, j'ay ferme confiance
Que vostre dire est un divin oracle
Où nul vivant n'oseroit mettre obstacle.
Telle tousjours a été la parolle
Des roys de qui le bruyct aux astres voile.
Je quiers, sans plus, Roy de los éternel, I^tre héritier du seul bien paternel :
Seul bien je dy, d'autre n'en eut mon père, Ains s'en tenoit si content et prospère, Qu'autre oraison ne faisoit icelluy, Fors que puissiez vivre par dessus luy : Car, vous vivant, tousjours se sentoit riche, Et, vous mourant, sa terre estoit en friche.
Si est il mort ainsi qu'il demandoit; Et me souvient, quand sa mort attendoit. Qu'il me disoit en me tenant la dextre : « Filz, puisque Dieu t'a faict la grâce d'estre Vray héritier de mon peu de sçavoir, Quiers en le bien qu'on m'en a faict avoir ; Tu congnois comme user en est décent : C'est un sçavoir tant pur et innocent Qu'on n'en sçauroit à créature nuyre.
Par preschemens le peuple on peult séduire ; Par marchander, tromper on le peult bien ; Par playderie on peult manger son bien ; Par médecine on peult l'homme tuer ; Mais ton bel art ne peult telz coups ruer, Ains en sçauras meilleur ouvrage tistre. Tu en pourras dicter lay ou epistre.
Et puis la faire à tes amys tenir.
Pour en l'amour d'iceulx t'entretenir.
Tu en pourras traduyre les volumes Jadis escriptz par les divines plumes Des vieux Latins, dont tant est mention. Après, tu peulx de ton invention Faire quelque œuvre à jecter en lumière, Dedans lequel en la feuille première Dois invoquer le nom du Toutpuissant, Puis descriras le bruy t resplendissant De quelque Roy ou Prince dont le nom
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Rendra ton œuvre immortel de renom ; Qui te sera peult eslre si bon heur, Que le prouffit sera joinct à Thonneur.
Donc, pour ce faire, il fauldroit que tu prinses Le droict chemin du service des princes, Mesmes du Roy, qui chérit et practique Par son hault sens ce noble art poétique. Va donc à luy, car ma fin est présente, *
Et de ton faict quelque œuvre lui présente. Le suppliant que par sa grand' doulceur De mon estât, te fasse successeur.
Que pleures tu ? Puis que Taage me presse. Gesse ton pleur, et va où je t'adresse. »
Ainsi disoit le bon vieillard mourant.
Et aussitost que vers vous fuz courant, Plus fut en vous libéralité grande Qu'en moy désir d'impetrer ma demande.
Je rimpetray, mais des fruictz je n'hérite. Vray est aussi que pas ne les mérite, Mais bien est vray que j'ay d'iceulx besoing.
Or, si le cueur que j'ay de prend re^ s oing A vous servir, ci ceste charte escripte. Ou du defunct quelque faveur petite Ne vous esmeult (ô Syre) à me pourveoir, A tout le. moins vous y vueille esmouvoir Royal' promesse, en qui toute asseurance Doit consister. Là gist mon espérance, Laquelle plus au defunct ne peult estre, Combien qu'il eust double bien comme un prebstre, C'est asçavoir, spiritualité, Semblablement la temporalité ; Son art estoit son bien spirituel, Et vos bienfaiclz estoient son temporel.
Or m'a laissé son spirituel bien ; Du temporel jamais n'en auray rien S'il ne vous plaist le commander en sorte Qu'obéissance à mon proufict en sorte.
EPISTRES i8S