SI8 BLE6IB
Leu et l'eleu, baisé et rebaisé,
Puis mys à part, comme un trésor prisé.
« Et si pour toy ne mect lettres en voye, Crainte ne veuit que vers toy les envoyé. Car bien souvent lettres et messagers Les dames font tomber en gros dangers.
Par quoy, amy, ne laisse point à prendre La plume en main, en luy faisant apprendre Que quand jamais elle ne t'escriroit, Ja pour cela t'amour ne periroit.
Si par amour le fais (comme je pense) Mal n'en viendra, mais plus tost recompense, Pource que chose estant d'amour venue Voluntiers est par amour recongneue.
Recongnois donc que celle où tu t'addresses D'honnesteté congnoist bien les addresses. Voylà comment Amour Ferme t'excuse De ce de quoy Double si fort t'accuse. » Et m'ont tenu longuement en ce poinct.
L'un dit : « Escry ; » l'autre dit : « N'escry point. » Puis l'un m'attraict, puis l'autre me reboute ; Mais à la fin Amour a vaincu Doubte.
Doubte vouloit lyer de sa cordelle Ma langue et main ; mais tout en despit d'elle Amour a faict ma langue desployer.
Et ma main dextre à t'escrire employer. Pour t'advertir que puis le mien départ, Tant de malheurs, dont j'ay receu ma part. Tombez sur nous, n'ont point eu la puissance De te jecter hors de ma congnoissance ; Voyre, et combien qu'au camp il n'y eust ame Parlant d'amours, de damoyselle ou dame, Mais seulement de courses et chevaulx, ^ De sang, de feu, de guerre ou de travaulx : Ce nonobstant avecques son contraire Amour venoit à mon cueur se retraire Par le record qui de toy m'advenoit ; D'autre (pour vray) tant peu me souvenoit, Que si de toy cela ne fust venu.
Certes, jamais ne me fust souvenu D'amour, de dame ou damoyselle aucime,
Car tu es tout (quand à moy) et n'es qu'une.
Que diray plus du combat rigoureux?
Tu sçais assés que le sort malheureux Tomba du tout sur nostre nation ; Ne sçay si c'est par destination, Mais tant y a que je croy que Fortune Desiroit fort de nous estre importune.
Là fut percé tout oultre rudement Le bras de cil qui t'ayme loyaument ; Non pas le bras dont il a de coustume De manier ou la lance ou la plume :
Amour encor le te garde et reserve, Et par escripts veult que de loing te serve.
Finalement, avec le Roy mon maistre Delà les monts prisonnier se veit estre Mon triste corps, navré, en grand' souffrance. Quand est du cueur, long temps y a qu'en France Ton prisonnier il est sans mesprison.
Or est le corps sorty hors de prison ; Mais quand au cueur, puisque tu es la garde De sa prison, d'en sortir il n'a garde. Car tel prison luy semble plus heureuse Que celle au corps ne sembla rigoureuse, Et trop plus ayme estre serf en tes mains Qu'en liberté parmy tous les humains.
Aussi fut prins maint roy, maint duc et conte En ce conflict, dont je laisse le compte ; Car que me vault d'inventer et de querre En cas d'amours tant de propos de guerre ? J'en laisseray du tout faire à Espaigne, De qui la main ep nostre sang se baigne. C'est à ses gens à coucher par hystoires D'un style hault triumphes et victoires, Et c'est à nous à coucher par escripts D'un piteux stile infortunes et crys.
Ainsi diront leurs victoires apertes, Et nous dirons noz malheureuses pertes.
Les dire, hélas 1 il vault trop mieulx les taire ; Il vault trop mieux en un lieu solitaire. En champs ou boys plains d'arbres et de fleurs Aller dicter les plaisirs ou les pleurs
Que Ton reçoit de sa dame chérie ; Puis, pour ester hors du cueur feischerie, Yoller en plaine et chasser en foresls, Descoupler chiens, tendres teilles et rhetz ; Aucunesfoys après les longues courses Se venir seoir près des ruysseaux et sources, Et s'endormir au son de Teau qui bruyt, Ou escouter la musique et le bruyt Des oyselets paints de couleurs estranges, Gomme mallars, merles, maulyis, mésanges, Pinsons, pivers, passes et passerons ; En ce plaisir le temps nous passerons, Et n'en sera (ce croy je) offensé Dieu, Puis que la guerre à Tamour donne lieu.
Mais s'il advient que la guerre s'esbranle, Lors conviendra danser d'un autre branle : Laisser &uldra boys, sources et ruysseaux, Laisser fauldra chasse, chiens et oyseaux. Laisser £auldra d'Amours les petiz dons, Pour suyvre aux champs estandars et guydons, Et lors chascun ses forces reprendra^ Et pour l'amour de s'amye tendra A recouvrer gloire, honneur et butins, Faisant congnoistre aux Espaignols mutins Que longuement Fortune variable En un lieu seul ne peult estre amyable. Tant plus les a Fortune autorisez, Tant moins seront en fin favorisez.
Car la fortune est pour un verre prise, Qui tant plus luyst, plus tost se casse et brise. Voyla comment, avecques Dieu, j'espère Que nous aurons la Fortune prospère.
Si ne sçay plus que t'escrire ou mander. Fors seulement de te recommander Cil qui vers toy ceste lettre transmect. Et si pour luy ta main blanche ne mect La plume en œuvre, au moins (quoy qu'il advienne) Fais que de luy quelquefoys te souvienne.
S'il t'en souvient, lorsque tu trouveras De mes amys, si dure ne seras, A mon advis, que de moy ne t'enquieres,
Et, qui plus est, que tune les requières De t'advertir en quel poinct je me porte ; Lors ce seul mot, si on me le rapporte, Allégera la grand^ douleur des coups Dont j'ay esté en deux sortes secoux.
Amour a Met de mon cueur une bute.
Et guerre m'a navré de haquebute :
Le coup du bras le montre à veue d'oeil ; Le coup du cueur se monstre par son dueil. Ce nonobstant, celuy du bras s'amende ; Celuy du cueur, je te le recommande.
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Puis qu'il te fault desloger de ce lieu, Il m'est bien force (hélas I) de dire adieu Par escripture au corps qui s'en ira, Veu que la bouche à peine le dira.
0 quel départ plein de dueil ou liesse ! Certes, croy moy (ma terrestre déesse) Que ton départ a vertu et povoir De me laisser ou vie ou desespoir.
Quand ta promesse avant partir tiendras, En tout plaisir ton amy maintiendras ; Mais si mon cueur ne vient en son entente, A ce coup cy je n'y ay plus d'attente ; Et si je pers icelle attente toute, User mes jours en desespoir je double.
Pour ton amour j'ay souffert tant d'ennuys. Par tant de jours et tant de longues nuycts, Qu'il est advis, à l'espoir qui me tient, Que desespoir le cours du ciel retient, A celle fin que le jour ne s'approche De l'attendue et désirée approche.
Un an y a que par toy commencée Fut l'amytié ; et sçachant ta pensée, Esclave et serf d'Amour fus arresté.
Ce qui devant jamais n'àvoit esté.
Un an y a (ou il s'en faut bien peu]
Que par toy suis d'espérance repeu,
0 moys de may pour moy trop sec et maigre I
0 doulx acueil, tu me seras trop aigre
Si ma maistresse avant son départir
En autre goust ne te veult convertir !
S'ainsi n'advient, à tels moys de Tannée Bien me duyra couleur noire ou tannée, A un tel moys, qu'on doibt danser et rire, Raison vouldra que d'ennuy je souspire, Veu qu'en ce temps fut faicte l'alliance Dont je perdray la totalle fiance.
Mais s'il te plaist, à tel moys de l'année Ne me duyra couleur noire et tannée.
A un tel moys, qu'on doibt s'esbatrj et rire, Raison vouldra que point je ne souspire, Veu qu'en ce temps lut faicte l'alliance Dont j'obtiendrayla totalle fiance.
Las I s'il t'eust pieu, bien je l'eusse obtenue Depuis le temps de la tienne venue ; Mais je congnois que ton amour de glace Près de mon feu du tout se fond et passe. Ne me dy point que peur te faict refraindre : Je sçay que n'as occasion de craindre ; Puis craincte et peur retarder ne font point Le cueur d'aucun, quand vraye Amour le poinct.
Que diray plus? Au tour dont je t'accuse Ne trouveras bien suffisante excuse.
Qu'il soit ainsi, plus tost huy que demain, (Si ton bon sens y veult mettre la main) Maugré Fortune et tout en despit d'elle. Tu me rendras content, et toy fidelle.
Bref, rien n'y fault, sinon que ton plaisir Soit accordant à mon ardant désir.
Or voy je bien que tu n'as pas envie De me laisser ton cueur toute ta vie ; Car s'ainsi fust, ton servant allié Par jouys^nce eusses desja lié, Veu que souvent tu t'es dicte asseurée Que loyauté auroit en luy durée.
Ce nonobstant, quand ton cueur vouldras prendre, Pour t'obeir je suis prest à le rendre.
Quand est du mien, tu le tiens enserré En tes prisons, et si n'a point erré ; Que pleust à Dieu ne t'avoir jamais veue, Ou que ma vie encores fust pourveue De sa franchise, ou que ton propre vueil Fust ressemblant à ton si bel acueil ! Ha ! chère amye, onc jour de mon vivant Ne me trouvay de tel sorte escrivant.
Mon sens se trouble, et lourdement rithmoie, Mon cueur se fend, et mon povre œil larmoie, Bien prevoyans qu'après le tien départ Des biens d'amour ilz n'auront jamais part.
Doncques, avant de partir te supplie, Qu'envers moy soit ta promesse accomplie. Ne perds Tamy qui ne t'a point forfaict ; Donne remède au mal que tu as faict.
Si tu le lais, bien heureux me tiendray : Si ne le fais, patience prendray, M'esjouyssant voyant ma foy promise Mener la tienne en triumphe submise.