‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 12 sur 234 · X EGLOGUE · texte numérisé non relu

X EGLOGUE

Quand printemps fault et l'esté comparoit, Adoncques Therbe en forme et force croist. Aussi, quand hors du printemps j'euz esté, Et que mes jours vindrent en leur esté, Me creut le sens, mais non pas le soucy; Si empfoyay l'esprit, le corps aussi, Aux choses plus à tel aage sortables, A charpanter loges de boys portables, A les rouler de l'un en l'autre lieu, A y semer la jonchée aa milieu.

A radouber treilles, buyssons et hayes, A proprement entrelasser les clayes Pour les parquets des ouailles fermer, Ou à tyssir ^pour frommages former) Paniers d'osier et fiscelles de jonc, Dont je souloys (car je l'aymois adonc') Faire présent à Heleine la blonde.

J'appi'ins les noms des quatre partz du monde, J'apprins les noms des ventz qui de là sortent Leurs qualitez, et quel temps ilz apportent. Dont les oiseaulx, sages devins des champs, M'advertissoyent par leur volz et leurs chantz.

J'apprins aussi, allant aux pasturages, A éviter les dangereux herbages.

Et à cognoistre et guérir plusieurs maulx Qui quelquefoys gastoient les animaulx De nos pastiz : mais par sus toutes choses, D'aatant que plus plaisent les blanches roses Que Taubespia, plus j'aymois à sonner De la musette, et la iy resonner En tous les tons et chantz de bucolicques, En chantz piteux, en chantz mélancoliques. Si qu"à mes plainctz un jour les Oreades Faunes, Silvans, Satyres et Dryades, En m'escoutant jecterent larmes d'yeux ; Si feirent bien les plus souverains Dieux; Si feit Margot, bergère qui tant vault. Mais d'un tel pleur esbahyr ne se fault, Car je faisois chanter à ma musette La mort (helasi), la mort de Loysette, Qui maintenant au ciel prend ses esbatz

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A veoir encor ses trouppeaux icy ba^.

Une autre Ibys, pour l'amour de l'amyc, A tous venans pendy la challemye, Et ce jour là à grand' peine on sçavoit Lequel des deux gaigné le prix avoit, Ou de Merlin ou de moy : dont à l'heure Thony s'en vint sur le pré grand" alleure Nous accorder, et orna deux houlettes D'une longueur, de force violettes :

Puis nous en feit présent pour son plaisir : Mais à Merlin je baillé à choisir.

Et penses tu (ô Pan, dieu débonnaire; Que l'exercice et labeur ordinaire Que pour sonner du flajolet je pris Fust seulement pour emporter le prix?

Non, mais a(in que si bien j'en apprinse, Que toy, qui es des pastoureaux le prince, Prinsses plaisir à mon chant escouter, Comme à ouyr la marine flotter Contre la rive, ou des roches haultaines Ouyr tomber contre val les fontaines.

Certainement, c'estoit le plus grand soing Que j'eusse alors, et en prens à tesmoing Le blond Phebas qui me voyt et regarde, Si Tespesseur de ce boys ne l'en garde, Et qui m'a veu traverser maint rocher Et maint torrent pour de toy approcher.

Or m'ont les Dieux célestes et terrestres Tant faict heureux, mesmement les sylvestres. Qu'en gré tu prins mes petis sons rustiques. Et exaulç is mes hymnes et cantiques, Me permettant les chanter en ton temple, Là où encur l'imaere je contemple De ta haulteur, qui en l'une main porte De dur cormier houlette riche et forte, Et l'autre tient chalemelle f urnye De sept tuyaux, faictz selon Farmonye Des cieulx, où sont les sept Dieux clairs et haulx, Et denotans les sept artz liberaulx.

Qui sont escnplz dedans ta teste saincte, Toute de pin bien couronnée et ceincte.

Ainsi, et donc en Testé de mes jours, Plus me plaisoit aux cliampestres séjours Avoir faict chose (ô Pan) qui t'agreast, Ou qui Foreille un peu te recreast, Qu'avoir autant de moutons que Tytire; Et plus (cent foys) me plaisoit d'ouyr dire : « Pan faict bon œil à Robin le berger, » Que veoir chés nous trois cens beufz héberger ; Car soucy lors n'avoys en mon courage D'aucun beslail ne d'aucun pasturage.

Mais maintenant que je suis en l'an tonne, Ne sçay quel soing inusité m'estonne De tel' façon, que de chanler la veine Devient en moy, non point lasse ne vaine, Ains triste et lente, et certes, bien souvent. Couché sur l'herbe, à la frescheur du vent, Voy ma musette à un arbre pendue Se plaindre à moy qu'oysive l'ay rendue: Dont tout à coup mon désir se resveille. Qui de chanter voulant faire merveille, Trouve ce soing devant ses yeulx planté, Lequel le rend morne et espo venté :

Car tant est soing basanné, layd, et pasle, Qu'à son regard la Muse pastoral le, Voyre la Muse heroyque et hardie.

En un moment se trouve refroidie, Et devant luy vont fuyant toutes deux Comme brebis devant un loup hydeux.

J'oy d'autre part le pyvert jargonner, Siffler l'escouffle et le buttor tonner, Voy l'estourneau, le héron et l'aronde Estrangement voiler tout à la ronde, M'advertissans de la froide venue Du triste yver, qui la terre desnue.

D'autre costé j'oy la bise arriver.

Qui en soufflant me prononce l'yver ; Dont mes trouppeaux, cela craignans et pis, Tous en un tas se tiennent accroupis.

Et diroit on, à les ouyr bélier, Qu'avecques moy te veulent appeller A leur secours, et qu'ilz ont congnoissance

Que tu les as nourriz dès leur naissance.

Je ne quiers pas (ô bonté souveraine) Deux mille arpentz de pastiz en Touraine. De mille beufz errants par les herbis Des montz d'Auvergne, ou autant de brebis. Il me suffit que mon trouppeau préserves Des loups, des ours, des lyons. des loucerves, Et moy du froid, car Fyver qui s'appresle A commencé à neiger sur ma leste.

Lors à chanter plus soing ne me nuyra, Ains devant moy plus viste s'enfuyra Que devant luy ne vont fuyant les Muses, Quand il verra que de faveur tu m'uses.

Lors ma musette, à un cliesne pendue.

Par moy sera promptement descendue, Et chanteray l'yver à seureté Plus hault (et clair) que ne feiz onc l'esté.

Lors en science, en musique et en son Un de mes vers vauldra une chanson.

Une chanson, une eglogue rustique, Et une eglogue, une œuvre bucolique.

Que diray plus? vienne ce qui pourra : Plus tost le Rosne encontremont courra.

Plus tost seront haultes ibretz sans branches. Les cygnes noirs et les corneilles blanches. Que je t'oublie (ô Pan de grand renom), ISIe que je cesse à louer ton hault nom.

Sus, mes brebis, trouppeau petit et maigre. Autour de moy saultez de cueur allaigre. Car desja Pan, de sa verte maison.

M'a faict ce bien d'ouvr mon oraison.

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