KSTIENNE DOLET A LYON JAMET
Depuis peu de temps (Jamet à tout jamais louable) voulant mettre en lumière soubz mon im|)ression toutes les (cuvres du tien et mien amy Clément Marot (des louenges duquel je ne tiendray icy plus long propos, car elles sont «ssez congneues par tous lieux), je me suis mis à veoir lout ce qui desja avoit esté impiimé de luy, et recueillir tout ce qui se pourroit recouvrer entre ceulx auxquelz il l'aict part (en tesmoignage d'amytié) de ses labeurs et compositions. Entre autres choses j'ay trouvé son Enfer non encores imprimé, si non en la ville d'Envers. Et pource ([u'en lisant l'ay trouvé sans scandale envers Dieu et la religion, et sans toucher aucunement la majesté des princes ■ qui sont les deux poincts que surtout doibt observer un auteur désirant ses œuvres estre publiées et reçues tant en son pays qu'en nations estrangeres), et que pareillement il ne blesse en nom exprès l'honneur d'aucun, pour ces raisons j'ay conclud que la publication de si gentil œuvre estoit licite et permise, et me suis mis après pour l'imprimer en la plus belle forme et avec le plus grand ornement qu'il m'a esté possible. Car tu ne sçaurois penser que je trouve cest ouvrage digne d'estre leu, tant pour l'invention singulière que pour les descriptions merveilleuses qui y sont, pour les bons enseignemens aussi qui s'y trouvent, romme quand il admoneste les jeunes gens de se garder lie vice, et de ne commettre crimes qui les puissent preci- (liter aux misères et calamitez de prison. Plusieurs autres enseignemens y a dignes d'estre leuz et releuz, non seulement des jeunes, mais bien aussi de toutes personnes de