‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 123 sur 234 · A UN POETE IGNORANT · texte numérisé non relu

A UN POETE IGNORANT

Qu'on mené aux champs ce coquardeau, Lequel gaste, quand il compose, Raison, mesure, texte, et glose, Soit eu ballade ou en rondeau.

II n'a cervelle ne cerveau,

C'est pourquoy si hault crier j'ose :

Qu'on mené aux champs ce coquardeau.

S'il veult rien faire de nouveau, Qu'il œuvre hardiment en prose (J'entens s'il en scait quelque chose), Car en rithme ce n"est qu'un veau Qu'on mené aux champs.

DE LA JEUNE DAME QUI A VIEIL MARY (Io27}

En languissant et en grefve tristesse Yit mon las cueur, jadis plein de liesse, Puis que l'on m'a donné mary vieillard. Helas! pourquoy? Rien ne sçait du vieil art Qu'aprend Venus, l'amoureuse déesse.

Par un désir de monstrer ma prouesse Souvent l'assaulx : mais il demande où est ce, Ou dort peult estre, et mon cueur veille à part En languissant.

Puis quand je veulx luy jouer de finesse, Honte me dict : « Cesse, ma fille, cesse. Garde t'en bien, à honneur prens esgard. » Lors je respons : « Honte, allez àl'escart; Je ne veulx pas perdre ainsi ma jeunesse En languissant. »

DU MAL CONTENT d'aMOURS

D'estre amoureux n'ay plus intention ; C'est maintenant ma moindre affection ; Car celle là de qui je cuydois estre Le bien aymé m'a bien faict apparoistre Qu'au faict d'amour n'y a que fiction.

Je la pensois sans imperfection, Mais d'autre amy a prins possession ; Et pource, plus ne me veulx entremettre D'estre amoureux.

Au temps présent par toute nation Les dames sont comme un petit sion Qui tousjours ployé à dextre et à senestre. Bref, les plus lins n'y scaivent rien congnoi&tre, Parquoy concludz que c'est abusion D'estre amoureux,

DE l'absent de S'aMYE (1324)

Tout au rebours (dont convient que languisse) Vient mon vouloir; car de bon cueur vous veisse, Et je ne puis par devers vous aller.

Chante qui veuit, balle qui veult baller, Ce seul plaisir seulement je voulsisse.

Et s'on me dict qu'il fault que je choysisse, De par deçà dame qui m'esjouysse, Je ne sçaurois me tenir de parler Tout au rebours.

Si respons franc : « J"ay dame sans nul vice; Autre n'aura en amour mon service ; Je la désire, et souhaite voler Pour l'aller veoir, et pour nous consoler. » Mais mes souhaitz vont comme l'escrevice, Tout au rebours.

DE l'amant douloureux

(Id24)

Avant mes jours mort me fault encourir, Par un reerard dont m'as voulu ferir,

Et ne te chault de ma grefve tristesse ; Mais n'est ce pas à toy grande rudesse, Veù que tu peulx si bien me secourir?

Auprès de l'eau me fault de soif périr; Je me voy jeune, et en aage fleurir, Et si me monstre estre plein de vieillesse Avant mes jours.

Or, si je meurs, je veulx Dieu requérir Prendre mon ame, et sans plus enquérir, Je donne aux vers mon corps plein de Ibiblesse; Quant est du cueur, du tout je te le laisse, Ce nonobstant que me faces mourir Avant mes jours.

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