ES TIEN NE DOLET A LYON JAMET
bon et meur jugement. Que pleust à Dieu que la desciiptton de cest horrible monstre, Procès, laquelle est en ce petit livret, fust bien entendue et receue ! Il est certain que l'on ne voirroit tant d'inimytiez et rancunes (choses totalement contrevenantes à la loy de Dieu) entre les chrestiens, ny tant de destructions et ruynes de plusieurs bonnes maisons et familles.
Voyla le proutict que l'on peult prendre en cette poésie Marotine, en laquelle je ne trouve rien scandaleux ou reprehensible, sinon que quelques gens chatouilleux des oreilles (ou, possible est) pleins de trop grande arrogance, se voulussent attribuer aucuns passages de cet œuvre, comme se sentans pinsez sans rire. Mais de tout cela il n'en est rien, ains tout le discours se faict par la commodité de l'argument, représentant les choses qui peuvent advenir ou escheoir on tel cas. Tel effort d'esprit doibl estre libre, sans aucun esgard si gens mal pensans veulent calumnier ou reprimer ce qui ne leur appartient en rien. Car si un autheur a ce tintoin à la teste, que tel ou tel poinct de son ouvrage sera interprété ainsi ou ainsi par les calumniateurs de ce monde, jamais il ne composera rien qui vaille. Mais (comme j'ay dict cydessus), moyennant ((uc la religion ne soit blessée, ni l'honneur du prince attainct, et que aucun ne soit gratté (encores qu'il soit roignoux) apertement (comme par nom ou surnom), le demeurant est tolerable, et ne fault par après que lascher la bride à la plume, ou autrement ne se mesler d'escrire. Car si tu composes à l'opinion d'aultruy, tu te trouveras froid comme glace, et mieux vauldroit te reposer. C'est trop escript à toy de telle chose (aniy Jamet), à toy qui entends trop mieulx cela que moy mesme. A Dieu doncques.
De Lyon, ce l^" jour de Tan de grâce 1542.