‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 141 sur 234 · DU CONTENT EN AMOUR · texte numérisé non relu

DU CONTENT EN AMOUR

La me tiendray où à présent me tien.

Car ma maistresse au plaisant entrelien M'ayme d"un cueur tant bon et désirable Qu'on me devroit appeller misérable Si mon vouloir estoit autre que sien.

Et fusse Helaine au gracieux maintien, Qui me vinst dire : « Amy, fais mon cueur tien, » Je rcspondrois : « Point ne seray muable; Lame tiendray. »

Qu'un chascun donc voyse chercher son bien ; Quant est à moy, je me trouve trèsbien : J'ay dame belle, exquise et honorable ; Parquoy, fusse je unze mille ans durable. Au dieu d'amours ne demanderay rien ; Là me tiendray.

d'un délaissé de s'amye

Tout à part soy est melancolieux Le tien servant, qui s'elongne des lieux Là où l'on veult chanter, danser et rire; Seul en sa chambre il va ses pleurs escrire, Et n'est possible à luy de faire mieulx.

Car quand il pleut et le soleil des cieulx Ne reluyt point, tout homme est soucieux,

Et toute beste en son creux se retire Tout à part soy.

Or maintenant pleut larmes de ses yeulx, Et toy qui es son soleil gratieux.

L'as délaissé en Fumbre de martyre ; Pour ces raisons, loing des autres se tire, Que son ennuy ne leur soit ennuyeux, Tout à part soy.

DE CËLL'Y DE QL'I l'aMYE A FAIGT NOUVEL AMV (132o)

Jusque à la mort dame t'eusse clamée, Mais un nouveau t'a si bien reclamée, Que tu ne veulx qu'à son leurre venir ; Si ne peulx tu contre moy soustenir Parquoy Tamour deust estre consommée.

Car en tous lieux tousjours t'ay estimée Et si on dict que je t'ay déprimée.

Je dy que non, et le veulx maintenir Jusque à la mort.

Dieu doint que pis tu n'en sois renommée ; Car, s'il est sceu, tu en seras nommée Femme sans cueur, qui ne se peult tenir D'aller au change, et à grand tort bannir Celluy qui l'eust parfaictement aymée Jusque à la mort.

d'un amant marry contre sa dame

(i3-2oJ

Du tout me veulx déshériter De ton amour ; car prouffiter Je n'y pourrois pas longue espace, Veu qu'un autre reçoit ta grâce,

Sans mieulx que moy la mériter.

Puis qu'à toy se veult présenter, De moy se devra contenter, Car je luy quitteray la place Du tout.

Tes grâces sont fort à noter ; On n"y scauroit mettre n'oster :

Tu as beau corps et belle face ; Mais ton cueur est plein de fallace :

Voylà qui m'en faict déporter Du tout.

d'alliance de seur

Par alliance ay acquis une seur Qui en beauté, en grâce et en doulceur Entre un millier ne trouve sa pareille. Aussi mon cueur à Taymer s'appareille, Mais d'estre aymé ne se tient pas bien seur.

Las ! elle m'a navré de grand' vigueur, Non d'un cousteau, ne par hayne ou rigueur, Mais d'un baiser de sa bouche vermeille, Par alliance.

Cil qui la veoit jouyt d'un trèsliault heur ; Plus heureux est qui parle à sa haulteur. Et plus heureux à qui preste l'oreille ; Bien heureux donc devroit estre à merveille Qui en amour seroit son serviteur Par alliance.

LU

d'une dame ayant beauté et GRACE

Grande vertu et beauté naturelle

Ne sont souvent en forme corporelle ;

Mais ta forme est en beauté Toultrepasse D'autant que For tous les metaulx surpasse, Et si voit on mainte vertu en elle.

Aussi par tout en vole la nouvelle, Et ce qui plus ton renom renouvelle, G est que tu as, toy seule, double grâce, Grande vertu.

Grâce eu maintien et en parolle belle ; Grâce en après, que mercy on appelle.

L'une contraint que t'amour on pourchasse, L'autre de toy la jouyssance brasse :

Je te supply, use envers moy d'icelle Grande vertu.

LUI

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