CHANSON VIII
Si de nouveau j'ay nouvelles couleurs, Il n'en fault jà prendre esbahyssement ; Car de nouveau j'ay nouvelles douleurs, Nouvelle amour et nouveau pansement ; Dueil et ennuy, c'est tout l'advaucement Que j'ay encor de vous tant amoure jse ; Si vous supply que mon commencement Cause ne soit de ma fui langoureuse.
Pleust or à Dieu, pour fuyr mes malheurs. One je vous tinse à mon commandement.
Ou, pour le moins, que voz t^i'audes valeurs Ne fassent point en mon entendement ; Car vos beaulx yeulx me plaisent tellement, Et vostre amour me semble tant heureuse, Que je languy : ainsi voylà comment Ce qui me plait m'est chose douloureuse.
CHANSON IX (lo24)
Quand j'ay pensé en vous, ma bien aymée, Trouver n'en puis de si grande beaulté ; Et de vertu seriez plus estimée, Qu'autre qui soit, si n'estoit cruauté.
Mais pour vous aymer loyaument
J'ay recompense de tourment ;
Toutesfoj's quand il vous plaira
Mon mal par mercy finira.
Dès que mon œil apperceut vostre face, Ma liberté du tout m'abandonna:
Car mon las cueur, espérant vostre grâce, De moy partit et à vous se donna.
Or s'est il voulu retirer En lieu d'où ne se peult tirer, Et vous a trouvée sans si.
Fors qu'estes dame sans mercy.
Vostre rigueur veult donques que je meure, Puis que pitié vostre cueur ne remord ; Ri n'aurez vous, de ce je vous asseure, Loz ny honneur de si cruelle mort.
Car on ne doit mettre en langueur
Celuy qui ayme de bon cueur.
Trop est rude à son enuemy
Qui est cruel h son amy.
Je suis aymé de la plus belle
Qui soil vivant' dessoubz les cieulx ;
Encontre tous laulx envieux Je la soastiendray cslre telle.
Si Cupide doulx el rebelle Avoit desbendé ses deux yeulx Pour veoir sou maintien gracieux, Je croy qu'amoureux seroit d'elle.
Venus, la déesse immortelle, Tu as faict mon cueur bien lieureux, De ravoir faict estre amoureux D"une si noble damoyselle.
Qui veult avoir liesse, Seulement d'un regard Vienne veoir ma maistresse Que Dieu maintienne et gard :
Elle a si bonne grâce, Que celluy qui la veoit Mille douleurs etTace, Et plus s'il en avoit.
Les vertus de la belle Me font esmerveiller ; La souvenance d'elle Faict mon cueur esveiller; Sa beauté tant exquise Me faict la mort sentir ; Mais sa grâce requise M'en poult bien garantir.