AVANT NAISSANCE DU TROISIEME ENFANT, ETC
Tant par moyens que par lettres faciles. Puis, je suis seur, et on le cognoistra, Qu'à ta naissance avecques toy naistra Esprit docile et cœur sans tache amere Si tu tiens rien du costé de la mère.
Vieil hardiment, et ne crains que Saturne En biens mondains te puisse estre importune, Car tu naistras, non ainsi povre et mince Gomme moy (las!), mais enfant d'un grand prince.
Vien sain et sauf : tu peulx estre asseuré Qu'à ta naissance il n'y aura pleuré, A la façon des Thraces lamentant Leurs nouveaux nez, et en grand deuil chantant L'ennuy, le mal et la peine asservie Qu'il leur falloit souffrir en ceste vie. Mais tu auras (que Dieu ce bien te face) Le vray moyen qui tout ennuy efface, Et faict qu'au monde angoisse on ne craint point, Ne la mort mesme alors qu'elle nous poind.
Ce vray moyen plein de joye féconde, C'est ferme espoir de la vie seconde, Par Jésus Christ, vainqueur et triumphant De ceste mort. Vien donc, petit enfant : Vien voir de terre et de mer le grand tour. Avec le ciel qui se courbe à l'entour. Vien voir, vien voir mainte belle ornature Que chacun d'eux a receu de nature ; Vien voir ce monde, et les peuples et princes Regnans sur luy en diverses provinces, Entre lesquelz est le plus apparent Le roy François, qui te sera parent, Sous et par qui ont esté esclairciz Tous les beaux arts par avant obscurciz. 0 siècle d'or le plus fin que l'on ireuve, Dont la bonté sous un tel roy s'espreuve !
G jours heureux à ceux qui les cognoissent, Et plus heureux ceulx qui aujourd'huy naissent!
Je te dirois eiicor cent mille choses Qui sont en terre autour du ciel encloses, Belles à l'œil et douces à penser, Mais j'aurois peur de ta mère offenser,