SERMON DU BOX PASTEUR ET DU MAUVAIS
Saillant du ciel, d'un goust tant bon et soef,
Que qui eu boit il n'aura jamais soif.
A luy avez esté tirez du père
Pour aller veoir ce Pasteur vostre frère,
Ne plus ne moins que si fussiez l'eslite
Qu'il a voulu choisir, et sans mérite
Que de luy seul, dès le commencement,
Quand par son mot il fit le firmament
Il a bien dit : « Je cognoy mes ouailles.
Et elles moy, et ouvrent les oreilles
Pour escouter ma divine parole,
Qui n'est en rien meuleuse ne frivole. »
C'est luy qui a biillé pour nous sa vie. Tant il a eu de nous saulver envie.
Et a rompu noslre captivité, En nous donnant franchise et liberté.
C'est le Pasteur de nous si fort jaloux, Que ne serez pris ne ravis des loups. Et, qui plus est, luy tant bon, tant honneste, A tout nombre le poil de vostre teste. Et n'en cherra un sans la volonté De Dieu son père : ainsi l'a racompté.
C'est luy qui a publié son edict, (Au moins ainsi que l'Evangile dit) Que chascun voise à luy de prime face Quand il voudra obtenir quelque grâce.
Tant soit indigne et remply de milice, Et il aura pardon du maléfice, Ainsi comme eut le povre Enfant Prodigue Qui, de la chair ayant suivi la ligue, Fut prévenu de son père et receu Benignement, dès qu'il l'eust apperceu.
Il crie après : « Je vous fais asçavoir Que nul ne peut accès au père avoir Sinon par moy; et si ne pouvez rien Faire sans moy, tant soit petit de bien Pour vous sauver, et croyez à mon dire : Car vous sans moy estes tous enfans d'ire ; Escoutez donc le Pasteur débonnaire, Pais qu'il nous est tant doulx et salutaire : Car Dieu commande exprès de l'escouter.
Et autre esprit contraire rebouter. »
0 charité, ô bonté indicible, Te comparer à autre est impossible.
Où est Tamy, que tant bon ou reclame.
Qui pour Fam}' voulust bailler son ame? Ou est Tamy, ou soit vif ou soit mort, Qui à Famy baille vie pour mort ?
Ou est le roy qui vueille concéder Grâce, où nully ne vient intercéder?
Et promettant que tout criminel homme Humilié s'adressast vers luy, comme Feroit celuy qui a bien mérité Quelque grand bien pour sa dextérité.
I^as ! trop s'en fault qu'il se vueille cacher ; Mais quoy ! il vient ses ennemis chercher Pour les sauver, lors qu'ilz luy font outrage, Ainsi qu'avons de sainct Paul tesmoignage. Qui fut receu vaisseau d'élection Faisant des sainctz la persécution.
Tu ne cherchois rien moins, Samaritaine,, Que ton salut, allant à la fontaine; Et toutesfoys par luy tu fuz cherchée.
Dont ta grand' soif fut d'eau vive estanchée. Mais que diray dont tel amour procède, Qui les amours de tous humains excède ? Seroit ce point pour la laine ou toison Que luy rendez tous les ans à foison?
Seroit ce point pour quelque bonne chose Venant de vous, en vostre cueur enclose ? Certes, nenny, car en cela vous estes (Il est certain; toutes indignes bestes, Et tout ainsi immundes et crasseuses Comme le drap des femmes menstrueuses.
Puis que telle est vers luy vostre excellence, Ce n'est cela donc qui meut sa clémence A vous aymer, mais la seule bonté Qui a la terre et le ciel surmonté, Ce qu'ignorez, si mal estes instruictes. Povres brebis, on vous a bien seduictes ; Car seulement il est icy venu Pour le troupeau en péché détenu.
ET nu MAUVAIS G!)
Donc nul n'aura part au grand banefice
Qu'il nous a quis, s'il dit estre sans vice.
L'homme dispos, qui est sain et entier,
Du médecin n'a besoin ne mestier,
Et seroit fol cil qui juste estre pense,
De demander pardon de son offense.
Parquoy ne faut nullement s'excuser,
Mais envers luy noz delictz accuser,
Comme celuy qui dist la patenostre.
Qui lors confesse estre pécheur tout autre.
« Las! n'entre pas, dit David humblement,
Contre ton serf, Seigneur, en jugement :
Car je suis seur, et bien édifié.
Que nul ne peut estre justifié
Si tu te veux monstrer accusateur,
Toy estant juste, et tout homme est menteur. »
Car Dieu a tout conclud dessoubz péché.
Dont a voullu en croix estre attaché.
En declairant sa grand' miséricorde,
Dont malheureux est qui ne s'y accorde.
Or pour purger ses œuvres vicieux, .Trouve Ton point un onguent précieux, Ou autres cas laict de mouches à miel, Ou ne sçay quel baume artificiel?
Non, que le sang du sauveur Jésus Christ, Qui a esté pour vous laver proscrit Et immolé, tendant en croix ses mains, Monstrant porter les péchez des humains. Se vend il point tant aux grans qu'aux petis? Non, mais se donne à un chacun gratis Celuy qui a pleinement satisfait Pour le péché que point il n'avoit fait, Et n'y avoit remède qui valust Que celuy là, pour nous donner salut.
Par autre nom, tant soit il esprouvé.
L'homme ne peut jamais estre saulvé.
Si le salut fut venu d'autre lieu, Mort pour néant seroit le filz de Dieu. Sainct Paul ce poinct clairement nous decœuvre. En asseurant qu'il ne vient de nostre œuvre, Mais de la foy, qui l'homme justifie,