‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 228 sur 234 · D UNE NIEPCE SUR LA MORT DE SA TANTE · texte numérisé non relu

D UNE NIEPCE SUR LA MORT DE SA TANTE

0 que je sens mon cueur plein de regret, Quant Souvenir ma pensée resveille D'un dueil caché au plus profond secret Du mien esprit, qui pour ce plaindre veille! Seigneurs lisans, n'en soyez en merveille, Ains vos douleurs à la mienne unissez, Ou pour le moins, ne vous esbahissez Si ma douleur est plus qu'autre profonde ; Mais tous ensemble estonnez vous assez Comment je u'ay en mon cueur amassez Tous les regretz qui furent onc au monde.

Tous les regrelz qui furent onc au monde, Venez saisir la dolente niepce Qui a perdu par iiere jnort immunde Tante et attente, et entente et liesse. Perdu (helas!) gist son corps. Et qui est ce? Jane Bonté, des meilleures de France, De qui la vie eslongnoit de souffrance

CLEMENT MAIIOT. I *'

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Mon triste cueur, et le logeoit aussi Au parc de Joye et au clos d'Espérance. Mais, las ! sa mort bastit ma demeurance Au boys de Dueil, à l'ombre de Soucy.

Au boys de Dueil, à l'ombre de Soucy, N'estoyo au temps de sa vie prospère.

Mon soûlas gist soubz ceste terre icy, Et de le veoir plus au monde n'espère. 0 Mort mordante, ô impropre impropere, Pourquoy (helas!) ton dard ne flechissoit, Quand son vouloir au mien elle unissoit Par vraye amour, naturelle et entière?

Mon cueur ailleurs ne pense, ne pensoit, Ne pensera. Doncques (quoy qu'il en soit) Si je me plains, ce n'est pas sans matière.

Si je me plains, ce n'est pas sans matière, Veu que trop fut horrible cest orage, De convertir en terrestre fumiere Ce corps, qui seul a navré maint courage. Helas! c'estoit celle tant bonne et sage A qui jadis le Prince des liauUz Gieulx Voulut livrer le don tant précieux D"lionnesteté, en cueur constant et fort ; Mais dard mortel de ce fut envieux.

Dont plus ne vient plaisir devant mes yeulx, Tant ay d'ennuy et tant de desconfort.

Tant ay d'ennuy et lant de desconfort, Que plus n'en puis : donc, en boys ou montaigne, Nymphes, laissez l'eau qui de terre sort ; Maintenant fault qu'eu larmes on se baigne. Pourquoy cela"? pour de vostre compaigne Pleurer la mort ; Mort l'est venu saisir. Pleure, Rouen, pleure ce desplaisir, Eu douleur soit tant plaisante demeure ; Et qui aura de soy triste désir Vienne avec moy, qui n'ay autre plaisir Fors seulement l'attente que je meure.

Fors seulement l'attente que je meure, Rien ne m'en peult alléger ma douleur.

Car soubz cinq poinclz incessamment demeure. Qui m'ont contraincte aynier noire couleur.

Dueil tout premier me plonge en sou malheur; Ennuy sur moy employé son effort:

Soucy me tient sans espoir de confort; Regret après m'oste liesse pleine ; Peyne me suyt et tousjours me remord ; Par ainsi j'ay, pour une seule mort, Dueil et ennuy, soucy, regret et peine.

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