‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 39 sur 234 · A LA DAMOYSELLE NEGLIGENTE DE VENIR VEOIR SES AMYS · texte numérisé non relu

A LA DAMOYSELLE NEGLIGENTE DE VENIR VEOIR SES AMYS

Ne pense pas, trèsgente damoyselle, Ne pense pas que l'amour et vray zèle Que te portons jamais finisse et meure Pour ta trop longue et fascheuse demeure. Fasclieuse est elle, au moins en nos endroits. Mais ores quand quarante ans te tiendroys Loing de nos yeulx, si auroil-on (pour voir) Records de toy et dueil de ne te veoir; Car le long temps ne l'absence loingtaine Vaincre ne peult l'amour vraye et certaine.

Si t'advisons, nostre amye trèschere, Que par deçà ne se faict bonne chère Que de t'avoir on ne face un souhait.

Si l'un s'en rit, si l'autre est à son hait. Si l'un s'esbat, si l'autre se recrée, Si tost qu'on tient propos qui nous agrée, Tant que le cueur de plaisir nous sautelle, « Pleust or à Dieu (ce dict on) qu'une telle Fust or icy. » L'autre dit : « Pleust à Dieu, Qu'un ange l'eust transportée en ce lieu. — Mais pleust à Dieu i,dit l'autre) qu'Astarot L'apporlast saine, aussi tost qu'un garrot. » Voila comment, pour ta fort bonne grâce, Il n'y a cil qui son souhait ne face D'estre avec toy ; et ne povons sçavoir Pourquoy ne viens tes amys deçà veoir : Le chemin n'est ny fascheux ny crotté; En moins d'avoir dict un Obsecro te En nez quartiers tu seroys arrivée :

Pourquoy donc es de nous ainsi privée?

Possible n'est que bien t'excuser sceusses. Brief, nous vouldrions qu'aussi hault voiler peusses

Que le haull monl d'Olympe ou Parnasus,

Ou qu'eusses or le cheval Pegasus,

Qui te portast voilant par les provinces ;

Ou qu'à présent à ton vouloir tu tinses

Par le licol, par queue ou par collet

Le bon cheval du gentil Pacollet ;

Ou que ton pied fust aussi legier donques

Que bische ou cerf que le Roy chassa onques ;

Ou que de là jusque icy courust eau

Qui devers nous te menast en bateau.

Lors n'aurois tu bonne excuse jamais,

Mais sçauroit on si en oubly tu mets

Les tiens amys; car adonc ne tiendroit

Fors seulement au bon vouloir et droit.

Et à l'Amour, qui aux gens donne soing

De venir veoir les amys au besoing;

Quoy qu'envers toy n'avons paour qu'elle faille,

Mais prions Dieu qu'excuse te deffaille,

Affm qu'Amour, qui onc ne te laissa,

A nos désirs t'amène par deçà.

DES JARTIERES BLANCHES

De mes couleurs, ma nouvelle alliée, Estre ne peult vostre jambe liée.

Car couleurs n'ay, et n'en porteray mye Jusques à tant que j'auray une amye Qui me taindra le seul blanc que je porte En ses couleurs de quelque belle sorte. Pleust or à Dieu, pour mes douleurs estaindre, Que vous eussiez vouloir de les me taindre : C'est qu'il vous pleust pour amy me choisir D'aussi bon cueur que j'en ay bon désir : Que dy je, amy? Mais pour humble servant, Quoy que ne soye un tel bien desservant ; Mais quoy! au fort, par loyaulment servir

Je tascheroye à bien le desservir.

Brief, pour le moins, tout le temps de ma vie

D'une autre aymer ne me prendroit envie.

Et par ainsi quand ferme je serois,

Pour prendre noir le blanc je lait^serois :

Car fermeté c'est le noir par droicture.

Pource que perdre il ne peult sa laincture.

Or porteray le blanc ce temps pendant, Bonne Fortune en amour attendant; Si elle vient, elle sera receue Par loyaulté dedans mon cœur conceue ; S'elle ne vient, de ma voulunté franche Je portf'ray tousjours livrée blanche.

C'est celle là que j'ayme le plus fort Pour le présent, vous advisant, au fort, Si j'ayme bien les blanches ceinturettes, J'ayme encor mieulx dames qui sont brunettes.

VU

En m'esbatant je fais rondeaulx en rithme, Et en rithmant bien souvent je m'enrime; Brief, c'est pitié d'entre nous rithmailleurs, Car vous trouvez assez de rithme ailleurs, Et quand vous pLiist mieulx que moy rithmassez, Des biens avez et de la rithme assez : Mai-s moy, à tout ma rithme et ma rithmaille, Je ne soustiens (dont je suis marry) maille.

Or ce me dit (un jour) quelque rithmart : « Viença, Marot, treuves tu en rithme art Qui serve aux gens, toy qui a rithmassé? — Ouy vrayement (dy je) Henry Macé ; Car vois tu bien la persnnne ri i limante Oui au jardin de son sens la rithme ente, Si ele n'a des biens en rithmoyant, Elle prendra plaisir en rithme oyant ;

Et m'est advis, que si je ne rithmoys, Mon povre corps ne seroit nourry moys Ne demy jour : car la moindre ritiimetle C'est le plaisir oîi fault que mon rys melte. »

Si vous supply qu'à ce jeune ritlimeur Faciez avoir un jour par sa rithme heur, Afiin qu'on die, en prose ou en rilhmant : « Ce nthmailleur qui s'alloit enrimant.

Tant rilhmassa, rithma et rilhmonna.

Qu'il a congneu quel bien par rithme on a. »

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