‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 41 sur 234 · POUR LE CAPITAINE RAISIN, AUDICT SEIGNEUR DE LA ROCQUE · texte numérisé non relu

POUR LE CAPITAINE RAISIN, AUDICT SEIGNEUR DE LA ROCQUE

En mon vivant je ne te feis scavoir Chose de moy dont tu deusses avoir Ennuy ou deuil ; mais pour Theure présente, Trèscher seigneur, il fault que ton cueur sente, Par amytié et par ceste escripture, Un peu d'ennuy de ma maie adventure ; Et m'attens bien qu'en maint lieu ou iras A mes amys ceste epistre liras.

Je ne veulx pas aussi que tu leur celés : Mais leur diras : « Amys, j'ay des nouvelles D'un malheureux que Venus la déesse A forbany de soûlas et liesse. »

Tu diras vray, car maulx me sont venus Par le vouloir d'impudique Venus, Laquelle feit tant par mer que par terre Sonner un jour contre femmes la guerre. Où trop lost s'est maint chevalier trouvé^ Et maint grand homme à son dam esprouvé ; Maint bon courtault y fut mis hors d'alaine, Et maint mouton y laissa de sa laine ; Brief, nul ne peult (soit par feu, sang ou mine^ Gaigner prouftît en guerre ferninine ;

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€ar leur ardeur est aspre le possible, Et leur liaruoys hault et bas invincible.

Quant est de moy, jeunesse povre et sotte Me feit aller en ceste dure flotte, Fort mal garny de lances et escus. ,

Semblablement le gentil dieu Bacchus M'y amena, accompaigné d'andoilles, De gros jambons, de verres et gargoilles, Et de bon vin versé en maint flascon ; Mais je y receuz si grand coup de laulcon, Qu"il me fallut soudain faire la poulie Et m'en fuyr (de peur) hors de la foule.

Ainsi navré, je contemple et remire Où je pouriois trouver souverain myre ; Et, prenant cueur autre que de malade, Vins circuyr les limites d'Archade, La Terre Neufve et la Grand' Tarlarie, Tant qu'à la fin me trouvay en Surie, Où un grand Turc me vint au corps saisir, Et, sans avoir à luy faict desplaisir.

Par plusieurs jours m'a si trèsbien frotté Le dos, les reins, le bras et le costé, 'Qu'il me convint gésir en une couche, •Criant les dents, le cueur, aussi la bouche. Disant (helas !) : « 0 Bacchus, puissant dieu, M'as tu mené exprès en ce hault lieu Poir veoir à l'œil moy le petit Raisin Perdre le goust de mon proche cousin ? Si une foys puis avoir allégeance, •Certainement j'en prendray bien vengeance : •Car je feray une armée légère.

Tant seulement des lances de fougère, €amp de taverne, et pavois de jambons, Et bœuf salle, qu'on trouve en mengeant bons, Tant que du choc rendray tes flascons vuydes. Si tu n'y metz grand' ordre et bonnes guydes.

Ainsi j'esleve envers Bacchus mon cueur, Pour ce qu'il m'a privé de sa liqueur, Me faisant boire en chambre bien serrée Fade tisanne, avecques eau ferrée.

Dont souvent fais ma grand' soif estancher.

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Yoyla comment 'ô Monseigneur tant cher)

Soubz l'estandart de fortune indignée,

Ma vie fut jadis prédestinée.

En fin d'escript bien dire le te vueil,

Pour adoulcir l'aigreur de mon grand dueil ;

Car dueil caché en desplaisant courage

Cause trop plus de douleur et de rage

Que quand il est par paroUes hors mis,

Ou declairé par lettre à ses amys.

Tu es des miens le meilleur esprouvé :

Adieu celluy que tel j'ay bien trouvé.

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