‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 42 sur 234 · A MONSIEUR BOUGHART, DOCTEUR EN THEOLOGIE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR BOUGHART, DOCTEUR EN THEOLOGIE

Donne response à mon présent affaire, Docte Docteur. Qui t'a induict à faire Emprisonner, depuis six jours en ça, Un tien amy, qui onc ne t'offensa, Et vouloir mettre en luy craincte et terreur D'aigre justice, en disant que l'erreur Tient de Luther ? Point ne suis lutheriste Ne zuinglien, et moins anabaptiste :

Je suis de Dieu par son tilz Jesuchrist.

Je suis celluy qui ay faict maint escript, Dont un seul vers on n'en sçauroit extraire Qui à la Loy divine soit contraire.

Je suis celluy qui prens plaisir et peine A louer Christ, et sa mère tant pleine De grâce infuse : et pour bien l'esprouver, On le pourra par mes escriptz trouver.

Brief, celuy suis qui croit, honore et prise La saincte vraye et catholique Eglise ; Autre doctrine en moy ne veulx bouter : Ma loy est bonne, et si ne fault doubter Qu'à mon pouvoir ne la prise et exaulce, Veu qu'un payen prise la sienne faulse.

Que quiers tu donc, ô Docteur catholique? Que quiers tu donc ? As tu aucune picque Encontre moy? Ou si tu prens saveur A me trister dessoubz aulruy faveur ?

Je croy que non, mais quelque faulx entendre T'a faict sur moy telle rigueur estendre. Donques, refrains de ton courage l'ire ; Que pleust à Dieu qu'ores tu peusses lire Dedans ce corps de franchise inlerdict : Le cueur verrois autre qu'on ne t'a dict.

A tant me tais, cher seigneur noslre maislre, Te suppliant à ce coup amy m'estre.

Et si pour moy à raison tu n'es mis, Fais quelque chose au moins pour mes amys, En me rendant par une horsboutée La liberté laquelle m'as ostée.

A SON AMY LYON (152b)

Je ne t'escry de l'amour vaine et folie : Tu voys assez s'elle sert ou affolle ; Je ne t'escry ne d'armes ne de guerre : Tu voys qui peult bien ou mal y acquerre ; Je ne t'escry de fortune puissante :

Tu voys assez s'elle est ferme ou glissante ; Je ne t'escry d'abus trop abusant :

Tu en sçais prou et si n'en vas usant ; Je ne t'escry de Dieu ne sa puissance : C'est à luy seul t'en donner congnoissance ; Je ne t'escry des dames de Paris :

Tu en sçais plus que leurs propres marys ; Je ne t'escry qui est rude ou aifable. Mais je te veulx dire une belle fable, C'est à sçavoir, du lyon et du rat.

Cestuy lyon, plus fort qu'un vieil verrat, Voit une foys que le rat ne sçavoit

Sortir d'un lieu, pour autant qu'il avoit Mengé le lard et la chair toute crue ; Mais ce lyon (qui jamais ne fut grue) Trouva moyen et manière et matière, D'ongles et dens, de rompre la ratière, Dont maistre rat escliappe vistement, Puis meit à terre un genouil gentement. Et en estant son bonnet de la teste, A mercié mille foys la grand' beste, Jurant le Dieu des souris et des ratz Quïl luy rendroit. Maintenant tu verras Le bon du compte. Il advint d'aventure Que le lyon pour clierclier sa pasture Saillit dehors sa caverne et son siège, Dont (par malheur; se trouva pris au piège, Et fut lié contre un ferme posteau.

Adonc le rat, sans serpe ne cousteau, Y arriva joyeux et esbaudy, Et du lyon pour vray) ne s'est gaudy, Mais despita clialz, chates et chatons, Et prisa fort ratz, rates et ratons.

Dont il avoit trouvé temps favorable Pour secourir le lyon secourable.

Auquel a dit : « Tais to}', lyon lié. Par moy seras maintenant deslyé :

Tu le vaulx bien, car le cueur joly as ; Bien y parut quand tu me deslyas.

Secouru m"as fort lyonneusement ; Or secouru seras rateusement. »

Lors le lyon ses deux grans yeulx veslit. Et vers le rat les tourna un petit En luy disant : « 0 povre vermyniere, Tu n'as sur toy instrument ne manière, Tu n'as cousteau, serpe ne serpillon, Qui sceust coupper corde ne cordillon, Pour me jecter de ceste elroicte voye ; Va te cacher, que le chat ne te voye. — Sire lyon (dit le filz de souris), De ton propos (certes) je me soubzris : J'ay des cousteaux assez, ne te soucie, De bel os blanc, plus trenchaus qu'une scye ;

Leur gaine, c'est ma gencive et ma bouche ; Bien coupperont la corde qui te touche De si tresprès, car j'y mettray bon ordre. »

Lors sire rat va commencer à mordre Ce gros lien : vray est qu'il y songea Assez long temps ; mais il le vous rongea Souvent, et tant, qu'à la parfm tout rompt, Et le lyon de s'en aller fut prompt, Disant en soy : « iSul plaisir (en etïect) Ne se perd point quelque part où soit faict. » Voyla le compte en termes rithmassez :

Il est bien long, mais il est vieil assez, Tesmoing Esope, et plus d'un million.

Or viens me veoir pour faire le lyon, Et je mettray peine, sens et estude D'estre le rat, exempt d'ingratitude.

J'entends, si Dieu te donne autant d'affaire Qu'au grand lyon, ce qu'il ne veuille faire.

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