‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 46 sur 234 · POUR PIERRE VUYART, A MADAME DE LORRAINE · texte numérisé non relu

POUR PIERRE VUYART, A MADAME DE LORRAINE

Je ne l'ay plus, liberalle Princesse, Je ne l'ay plus : par mort il a prins cesse, Le bon cheval que j'euz de vostre grâce. N'en sçauroit ou recouvrer de la race ? Certainement, tandis que je Tavoye, Je ne trouvoys rien nuysant en la voye. En le men ml par boys et par taillis, Mes yeulx n'esloient de branches assaillis. En luy faisant gravir roc ou montaigne, Autant m'estoit que troter en campaigne. Autant m'estoit torrents et grandes eaux Passer sur luy, comme petits ruysseaux ; Car il sembloit que les pierres s'ostassent De tous les lieux où ses piedz se boutassent.

Que diray plus ? onc voyage ne feit Avecques moy dont il ne vint profit ; Mais maintenant toutes choses me grèvent : Branches au boys les yeulx quasi me crèvent ; Car le cheval que je pourmaine et meine Est malheureux, et brunche en pleine plaine ; Petits ruysseaulx grans rivières luy semblent ; Pierres, cailloux, en son chemin s'assemblent, Et ne me donne en voyages bon heur.

O Dame illustre, ô parangon d'honneur, Dont procéda le grand bon heur secret Du cheval mort, où j'ay tant de regret? Il ne vint point de cheval ne de selle : J'ay ceste t'oy qu'il procéda de celle Par qui je l'euz. Or en suis desmonté ; La mort l'a pris, la mort l'a surmonté ; Mais c'est tout un : vostre bonté naïfve

Morte ivest pas, ainçoys est si tresvive, Qu'elle pourroit, non le resusciler, Mais d'un pareil bien me faire hériter.

S'il advient donc que par la bonté vostre Monseigneur face i;n de ses chevaux noslre, Trèshumblement le supply qu'il luy plaise Ne me monter doulcement et à l'aise :

Je ne veulx point de ces doulcetz chevaulx Tant que pourray endurer les travaulx ; Je ne veux point de mule ne mulet Tant que je soys vieillard blanc comme laict; Je ne veulx point de blanche hacquenée Tant que je soj-s damoyselle attournée.

Que veulx je donc? un courtault furieux, Un courtault brave, un courtault glorieux, Qui ait en l'air ruade furieuse.

Glorieux trot, la bride glorieuse.

Si je Tay tel, fort furieusement Le piqueray, et glorieusement.

Conclusion : si vous me voulez croire, D'homme et cheval ce ne sera que gloire.

EPISTRE qu'il perdit A LA CONDEMNADE CONTRE LES COULEURS d'uNE DAMOYSELLE

Je l'ay perdue : il faut que je m'acquitte En la payant ; au fort, me voilà quitte. Prenez la donc, l'Epistre que sçavez, Et si dedans peu d'éloquence avez, Si elle est sotte, ou aspre ou à reprendre. Au composeur ne vous en vueillez prendre ; Prenez vous en aux fascheuses qui prindrent Vostre party, et qui lors entreprindrent De haultement leurs caquetz redoubler Durant le jeu, affin de me troubler:

Prenez vous en à ceux qui me trompoyent, Et qui mon jeu à tous coups me rompoyent ;

EPI s TRES loo

Prenez vous en à quatre pour le moins. Qui contre moy furent tous faulx tesmoings : Prenez vous en à vous mestnes aus^i.

Qui bien vouliez qu'ilz feissent tous ainsi. Si on ne m'eust troublé de tant de bave, Vous eussiez eu une epistre fort brave, Qui eust parlé des dieux et des déesses. Et des neuf cieulx où sont toutes liesses. Sur ces neuf cieulx je vous eusse eslevée, Et eusse faict une crrande levée De rethorique, et non de bouclier :

Puis eusse dict comment on oyt crier Au fons d'Enfer, plein de peines et pleurs, Ceulx qui au jeu furent jadis trompeurs. Donnez vous garde. Or brief (sansm'eschaulfer) J'eusse descript tout le logi.s d'Enfer, Là où iront (si brief ne se redujsent) Les vrays trompeurs qui ce monde seduysent. Puis qu'on m'a donc l'esprit mis en mal ayse, Excusez moy si TEpistre est maulvaise.

Vous asseurant, si l'eussiez bien gaignée. Qu'elle eust estéipour vray) bien besongnée; Mais tout ainsi que vous avez gaigné, Par mon serment, ainsi j'ay besongné ; ]S'on qu'a regret ainsi faicte je l'aye, îse qu'à regret aussi je vous la paye : Tous mes regrets, toutes mes grans douleurs Viennent (sans plus} de ce que les couleurs îs'ay sceu gaigner d'une tant belle dame, A qui Dieu doint repos de corps et d'ame.

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