‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 3)Chapitre 45 sur 234 · AVEC RECOMMANDATION DU PORTEUR · texte numérisé non relu

AVEC RECOMMANDATION DU PORTEUR

En attendant le moyen et pouvoir Qu'honnestemenl je me puisse mouvoir De ce pays, il m'est pris le courage De mettre à part reposer un ouvrage Qui pour le Roy sera tost mis à iin ; Puis ay clioysi une autre plume, affln De vous escrire en rilhme la présente, De par laquelle orendroit vous présente Salut trèshumble, et un livre petit, Ou j'ay espoir que prendrez appétit:

Car longtemps a qu'il vous a pieu me dire Et commander que vous le feisse escrire.

C'est un amas de choses espandues.

Qui (quant à moy) estoyent si bien perdues Que mon esprit n'eut onc à les ouvrer Si grand labeur comme à les recouvrer; Mais, comme ardant à faire vostre vueil, J'ay tant cherché, qu'en ay fait un recueil, Et un jardin garny de fleurs diverses,

De couleur jaulne, et de rouges et perses ; Vray est qu'il est sans arbre ne grand fruict ; Ce neantmoins je ne vous l'ay construict Des pires fleurs qui de moy sont sorties. Il est bien vray qu'il y a des orties : Mais ce ne sont que celles qui picquerent Les musequins qui de moy se mocquerent.

Vostre esprit noble en ce petit verger Aucunesfoys se pourra soulager Quand travaillé aura au bien publique, Auquel tousjours soingneusement s'applique.

Donc (Monseigneur) plus que trèsliumblement Je vous supply de cordiallement Le recevoir, et du porteur de luy Avoir pitié. C'est encores celluy Petit tailleur entre tous les tailleurs, Dont à Bourdeaulx, à Coignac et ailleurs Je vous parlay par escript et de bouche. Enrichy n'est : il se lève et se couche, Soir et matin, aussi mal fortuné Que quand pour luy fusLes importuné.

Jadis servit la haulte seigneurie De la feu Royne en sa noble escuyrie ; Mais son estât dessoubz la dure lame Fut enterré avec la bonne Dame.

Or ne peut plus revivre sa maistresse ; Quant à Testât, maulgré la mort traistresse Vous le povez refaire aussi vivant Et aussi beau qu'il estoit par avant.

Las! (Monseigneur) faictes ce beau miracle, Il est aisé. Et si par quelque obstacle Ne peult r'avoir son estât de tailleur, II ne le fault que tromper d'un meilleur. Si vous haulsez son estât et son bien. Il le prendra : car je le congnois bien. Au pis aller, pour conclurre l'affaire, Je vous supply comme aux autres luy faire : Et s'il n'en a (autant comme eulx) besoing, Je suis content qu'on en prenne le soing.

Priant celuy lequel vous a faict naistre. Que cent bons ans vous maintienne Grand Maistre,

Ou qu'il vous monte en plus digne degré, Ai'fîn que plus luy en sçacliez de gré.

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