AU LIEUTENANT GONTIER
Si maladie au visage blesmy îs'eust perturbé le sens à ton amy, Long temps y a (Gontier) que ta semonce Eust eu de moy la présente response, Qui ne devroit response se nommer.
Quant à tes faictz, qui feront renommer Ton nom par tout, et après la mort vivre, Si en cest art veulx ta poincte poursuyvre, Tes poinctz sont grans, tes mètres mesurez,. Tes dictz tous d'or, tes termes azurez, Voyre si liaultz et arduz, à tout prendre. Que mon esprit travaille à les comprendre.
Quand tout est dict, les louenges données De toy à moy doivent estre ordonnées (Sans de nully vouloir blesser Thonneur) A Jehan le Maire, ou au mesme donneur.
Il te talloit un esprit poétique, Non pas ma plume essorée et rustique, Pour te respondre. Or ay je mis estude A n'estre point notté d'ingratitude.
Tu m'as escript, je te respons aussi ; Et si tu n'as beaucoup de vers icy.
Supporte moy : les Muses me contraignent Penser ailleurs, et fault que mes vers plaignent La dure mort de la mère du Ro}-, Mon Mecenas. Et si quelque desroy On treuve icy, ou resverie aucune, Tu n'as, Gontier, pour moy excuse qu'une : C'est que celluy pour resveur on prendra Qui un resvant en fiebvre reprendra.
A YIGNALS, THOULOUSAN (1531)
Ouand Dieu nrauroit aussi bien présenté Le bon lojsir et Tentiere santé Que le vouloir, ta response alongée Seroit du tiers et beaucoup mieulx songée : Ce neantmoins, Yignals, je pense bien Que tu congnois que le souverain bien De l'amytié ne gist en longues lettres, En motz exquis, en grand numbre de mètres. En riche ritlime ou belle invention, Ains en bon cueur et vraye intention ; Donc je m'attends qu'excusé je seray De ton bon sens. Or à tant cesseray.
Ma Muse foible à peine peult chanter ; Mais pour le moins tu te peulx bien vanter Que de Marot tu as à ta commande Petite epistre, et amytié bien grande.