LYON JAMET A MAROT
SUSCRIPTION
Va, lettre, va, va t'en à l'advenlure Droict à Clément, et s'il en fait lecture Recorde toy de luy faire scmonsc Joyeusement de to donner réponse.
Mais voirement, amy Clément, Tout clairement dy moy comment
Tant et pourqaoy tu te tiens quoy D'escrire à moy, qui suis h toy?
T'ay je laissé par le passé?
T'ay je offensé ou courroussé?
Ay je à ton dict et intendict En faictou dict rien contredict?
Ay je à ton nom donné renom Autre que bon? Tu sçais que non, Ny ne vouldrois et ne sçauroys, Tant sont tes droicts justes et droicts.
Devant les yeux de tous les Dieux Et demy Dieux, jeunes et vieulx, J'atteste et jure et en rejure Qu'aucune injure ou malle augure, Nul laps de temps ne lieux distans, Escripts lactens ne vieulx Satans, N'ont peu avoir force et povoir De concevoir, c'est assavoir.
Un seul congé qu'aye songé En son plongé d'avoir changé, Ne rien osté de mon costé En loyauté et feauté De nostre amour, pas un seul tour.
Depuis le jour de ton retour ; Mais tant s'en fault qu'un tel deffault En froit ou chault ayt faict le sault En mon pourpris, que n'ays repris Qui ne t'a pris pour un grand pris.
Or donc, amy de ton amy.
Qui ennemy n'a un demj Que veux tu dire? Est ce pour rire Que de prescrire et interdire Une amour vieille? 0 grand merveille I Quand je sommeille elle m'esveille Et dys ainsi : « Dieu! qu'est ce cy?
Cest homme icy est il transy?
Ses bons esprits, ses beaux escripts, De si haut prix, sont ilz prescripts?
Son cueur humain tant pur et plain De bon levain, changé de main Auroit il bien, pour quelque bien
Qu'il se veoit sien? Je n'en croy rien,
Car les effects de ses beauix faicts
N'ont esté faicts si conlrelaicts.
Et quant et quant, il m'ayme tant
Que luy estant bien mal contant
Il ne sçauroit quant il vouldroit,
Or qu'il eust droict en mou endroict ,
Sans ressentir ne consentir,
Sans en mentir à moy marlyr;
Car sçait il pas que tous noz pas
Et tous noz cas sont par compas
Comptez, nombrez et dénombrez,
Puis obombrez et adombrez?
Si faict, si faict. Bien il le sçait
Le tout parfaict bien luy a faict
Veoir et comprendre et tant apprendre
Qu'il en peut vendre et en espendre;
Et davantage, il est de Faage
Et du pelage où l'homme est sage
Ou jamais non. Et puis son nom
D'estre tout bon a le renom. »
Or donc, Clément, tout clerement, Bien seurement et promplement, Escriptspourquoy lu te tiens coy De tenir loy au second toy.
Qui est icy sans grand soucy, La Dieu mercy et toy aussi.
C'est à Ferrare, au huictiesme an De la sienne proscription ; Mais à la tienne intention Que ce soit le dernier. Amen.