EPISTRE PERDUE AU JEU CONTRE MADAME DE PONS
Dame de Pons, Nymphe de Parthenay, Pardonne moy si ceste carte n"ay Painte de fleurs à Minerve duysantes Et pour ton sens contenter suffisantes; Ma Muse est bien pour satisfaire habille Aucuns esprits; mais trop se sent débile Pour loy, qui as lettres et bon sçavoir Autant ou plus que femme puisse avoir, Avecques œil pour veoir subit les fautes Et discerner choses basses des hautes.
Bien est il vray que ton cueur scet user D'une bonté de fautes excuser, Et de donner aux œuvres bien dictées En temps et lieu louenges méritées.
Mais je sens bien que l'heure est advenue Qu'en cest escrit de promesse tenue Plus de besoin de ton excuse auray Que de bon los mériter ne sçaurai.
Et me suis veu (il n'en faut point mentir) ^ D'avoir promis prest à me repentir ; Car dès qu'en main la plume je vins mettre, A peine sceu forger le premier mètre, Et commençay à dire et à penser :
« Presumptueux, que veux tu commencer?
1 Les Épîtres LIV à LXI sont des épllres posthumes comprises dans l'édition de 1596.
Faut il qu'à honte acquérir tu t'amuses, D'escrire ainsi à l'une des neuf Muses? »
Ce neantmoins, pour promesse tenir, Ne me suis sceu d'escrire contenir; Mais t'escrivant (ô noble esprit bien né) Trouvé me suis tout ainsi estonné (Ju'un villagois simple et pusillanime Qui parle en craincte à un Roy magnanime.
D'autre costé, pour mon epistre orner, Je ne sçaurois quel propos enfourner.
De te parler de science latine, D'en deviser près de loy ne suis digne ; Te deviser des amoureux soûlas.
C'est temps perdu : tu aymes trop Pallas; Chanter la guerre et des armes la mode, A ton mary la chose est plus commode ; De tes vertus bien blasonner et paindre, Taire vaut mieux que n'y pouvoir atteindre. Parquoy à droit devant toy je m'accuse Que cecy n'est Epistre, mais excuse; Cecy (pour vray] n'ha mérité le titre D'Envoy, de Lay, d'Elégie ou d'Epistre; Mais s'il te plaist, nonobstant sa basseur, Le recevoir en gré sous la douceur Qui est en toy par nayve coustume, J'estimeray avoir faict un volume.
Reçoy le donc en gré, je te supplie.
Et, l'ayant leu, ne le pers, mais le plie Pour le garder : au moins quand ce viendra Que serai mort, de moi te souviendra.
Et si d'icy à grand temps et long aage Du tien Clément se tient aucun langage Là où seras, par manière de rire Aux assistans pourras conter et dire (Qui ne sera pour moy un petit heur) Comment jadis fut bien ton serviteur; Et pour tesmoin de ce que leur diras, Ce mien escrit sur l'heure produiras, En leur disant : « Quand Marot m'escrivoit Ces vers icy, à Ferrare il vivoit, Là où j'estois, et lors à grande outrance
Le povre gars esloit banni de France,
Par le pourchas d'aucuns ayans envie
De quo}' Vertu perpetuoit sa vie ;
Dont il trouvoit sa perte et son soucy
Moins ennuyeux. » Leur conteras aussi ^j
Comment durant ceste mienne destresse %
Tous deux servions une mesme maistresse, i:
Fille de France, et duchesse Renée,
Au gré de qui semble que tu sois née.
Mille autres cas, mille autres bons propos, Quand seras vieille, et chez toi à repos, Dire pourras de moy à Tadvenir, S'il t'en souvient; et pour t'en souvenir, De bon cueur laisse à la tienne excellence Ceste escriture, où j'impose silence.
A MADAME DE SOUBISE , PARTANT DE FERRARE POUR s'en VENIR EN FRANCE
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Le cler soleil sur les champs puisse luyre. Dame prudente, et te vueille conduire Jusques au pied de ta noble maison.
Il est certain que plus tost oraison Pour ta demeure à Dieu je voudrois faire; Mais puis que luy et le temps et Taffaire Veulent tous trois que ta bonté desplaee, Monts et torrens te puissent faire place; Dieu tout au long de ton allée entière, Soit en ta voye et dedans ta litière, Voire en ton cueur, à celle fin (Madame) Que tout d'un train te garde corps et ame.
Or t'en va quand et où il te plaira; Plus iras loing, plus nous en desplaira; Et quand à moi, tu peux estre asseurée. Tant que j'aurai en ce monde durée, Que serai tien, non point seulement pource Que, longtemps ha, tu fuz première source
De bon recueil à mon pare, vivant, Quand à la court du Roy fut arrivant, Où tu estois adoncq la mieux aymée D'Anne, par tout royne tant renommée; Ne seulement pour autant que tu fis Mesme recueil dernièrement au filz En ce pays, tellement que ta grâce Semble estre encline à ma petite race ; Mais pour autant que d'instinct de nature Toy et les tiens aymez literature, Sçavoir exquis, vertus qui le ciel percent, Arts libéraux, et ceux qui s'y exercent. Cela, pour vrai, faict que trèsgrandement Je te révère en mon entendement.
Or adieu donc, noble Dame, qui uses D'honnesteté tousjours envers les Muses; Adieu, par qui les Muses désolées Souventesfois ont esté consolées; Adieu qui voir ne les peut en souffrance; Adieu la main qui de Flandre en la France Tira jadis Jean Le Maire Belgeois, Qui Famé avoit d'Homère le Grégeois.
Retirez vous, neige et temps pluvieux, De l'ennuyer ne soyez envieux.
Yien, le temps doulx; retire toy, la bise : Ne fasche point madame de Soubize; Assez elle a de fascheuse tristesse D'abandonner sa dame et sa maistresse.
Assez d'ennuy elle a à son départ ; Assez aussi elle nous en départ.
Mais puis qu'il plaist à Dieu qu'il soit ainsi, Fault prendre en gré. Sept ans a qu'es icy, Dame trèsnoble, et trente, ou à peu près, Que servie as et mère et fille après; C'est bien raison que maintenant disposes De ta maison, et que tu y reposes Avecques Dieu le surplus de ton aage; Ce te sera quasi nouveau mesnage, Après tant d'ans. Donc t"v transporteras, Et après toy honneur emporteras; Avecques toy emporteras honneur,
De tes travaux principal guerdonneur, Et nous en brief scaurons en ton absence Dequoy servoit par deçà ta présence.