POUR ESTRE COUCHÉ EN SON ESTAT
Princesse au cueur noble et rassis, La fortune que j'ay suivie Par force m'a souvent assis Au froid giron de triste vie ; De m'y seoir encor me convie, Mais je respons (comme fasché) :
« D'estre assis je n'ay plus d'envie; Il n'est que d'estre bien couché. »
Je ne suis point des excessifz Importuns, car j'ay la pépie,
Dont suis au vent comme un châssis, Et debout ainsi qu'une espie; Mais s'une fois en la copie De vostre estât je suis merché, Je criray plus hault qu'une pie :
« Il n"est que d'estre bien couché. »
L'un soustient contre cinq ou six Ou'estre accouldé, c'est musardie; L'autre, quïl n'est que d'estre assis Pour bien tenir chère hardie ; L'autre dit que c'est mélodie D'un homme debout bien fiché ; Mais quelque chose que l'on die, Il n'est que d'estre bien couché.
Princesse de vertu remplie, Dire puis (comme j'ay touché}, Si promesse m'est accomplie : « Il n'est que d'estre bien couché. »
d'un amant ferme en son amour
Près de toy m'a faict arrester Amour^ qui tousjours nie remord :
Mais d'en partir tault m'apprester, Sans en ce poursuyvre ma mort.
Bel Acueil, qui m'a rys, me mord, Et tourne ma joye en destresse, Pour avoir quis en trop hault port Première et dernière maistresse.
Haï mon cueur, que voy regreter, Tu cherches trop heureux confort :
Foible suis pour te conquester Un chasteau de si grand effort ; Si vivras tu loyal et fort,
Et combien que rigueur t'oppresse, Je veulx que la tiennes (au fort) Première et dernière maistresse.
Première, car d'autre accointer Ne me vint onques en record.
Et dernière, car la quitter Jamais je ne seray d'accord.
Première me serre et entord.
Dernière peult m'oster de presse; Bref, elle m'est (soit droit ou tort) Première et dernière maistresse.
Adieu donc, cueur de noble apport, Taché d'ingratitude expresse; Adieu, du servant sans support Première et dernière maistresse.