‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 119 sur 293 · II · texte numérisé non relu

II

3a2 COMPLAINTES.

Car ce ne sont vers Dieu que vanitez:

Salut ne gist en tumbeau ^ ny en terre. Le bon ehrestien au ciel ira grand^erre, Fust le sien corps en la rue enterré : Etle maulvais en enfer tiendra sçrre , Fust le sien corps soubz lautel enserre.

Mais pour tomber à mon premier propos ^ Ne me crains plus , je te pry , ne mauldis : ,Car qui Touldra en étemel repos ÀToir de Dieu les promesses , et dictz, Qui vouldra veoir les anges benedictz, Qui vouldra veoir de son vray Dieu la £aice , Brief, qui vouldra vivre au beau Paradis, Il fault premier que mourir je le face.

Confesse donc que je suis bien heureuse , Puis que sans moy tu ne peulx estre heureux: Et que ta vie est aigre et rigoureuse, Et que mon dard n^esf aigre ou rigoureux : Car tout au pis , quand Tesprit vigoureux Seroit mortel comme le corps immunde :

Encores f est ce dard bien amoureux , De te tirer des peines de ce monde.

l'autheur.

Quand Mort preschoit ces choses, ou pareilles, Ceulx qui avoient les plus grandes oreilles, N'en desiroient entendre motz quelconques :

Parquoy se teut, et feît marcher adoncques Son chariot en grand trîumphe et gloire , Et le d«(Unct mener à Bloys sur Loyre : Ou les manans^ pour le corps reposer , Preparolent tumbe et pleurs pour Tarroser.

Or est aux champs ce mortel chariot , £t n^y a bled , sauge , ne poUiot , Fleurs, ne boutons hors de la terre yssuz, Qu'il n'admorlisse en passant par dessus. Taulpes , et vers , qui dedans terre hantent , Tremblent de paour , et bien passer le sentent: Mespies la terre en seurté ne se tient, Et à regret ce chariot soustient. ^

Là dessus est la Mort maigre et villaine , Qui de sa froide et pestiféré alaine L'air d'entour elle a mis en tel meschef , Que les oyseaulx volans par sus son chef, Tombent d'enhault , et mortz en terre gisent : Excepté ceulx qui les malheurs prédisent.

Beufz et jumens courent par le pays , De veoir la Mort gi-andement esbahlz.

Le loup cruel crainct plus sa face seule , Que la brebis du loup ne crainct la gueule. Tous aniniaulx dé quelconques manières , A sa venue entrent en leurs tesnieres.

Quand elle approche ou fleuv^i^ ou estangs,

Di'gitized

Poulies, can^rdz, et oignes làestans, Au fond de l'eau se plongent et se cachent , Tant que la Mort loîng de leurs rives sçachent.

Et s'elle approche une ville , ou bourgade , Le plus hardy se musse , ou chet malade , Ou meurt de paour : nobles, prebstres, marchans, Laissent la ville et gaignent l'air des champs. Chascun &ict voye à la Chimère vile:

Et quand on veoit qu'elle a passé la ville, Chascun revient. Lors on espand et rue Eau de senteurs , et vinaigre en la rue : Puis es quantons feu de genevre allument , Et leurs maisons esventent , et parfument, A leur pouvoir , de leur ville chassant , L'air que la Mort y a mis en passant.

Tant faict la Mort, qu'auprès de Bloys arrive Et costoyoit ja de Loyre la rive , Quand des poussons grans, moyens, et petis Le hault de Teau laissèrent tous craintifz , Et vont trouver au plus profond et bas Loyre leur Dieu , qui prénoit ses esbatz. Dedans son creux , avec ses scfcurs et filles , Dame des eaux les nayades gentilles.

Mais bien à coup ses esbatz se perdirent, Car les poissons en leur langue luy dirent, Comment la Mort, qu'ilz avoient rencontrée, Avoit opcis quel|u'un de sa contrée.

Le fleuve Loyre adonc ai ses espritz Bien devina que la Mort avoit pris Son bon voisin, dont si fort lamenta, Que de ses .pleurs ses undes augmenta : £t n^eust este qu'il estoit immortel , Trespassé fust d'ouyr un remors tel.

Ce temps pendant la Mort faict ses exploicts ,

De faire entrée en la /ville de Bloys:

Dedans laquelle il n*y a citoyen ,

Qui pour fiiyr cherche lieu ne moyen :

Car du defimct ont plus d^amour empraincte

Dedans leurs cueurs, que de la Mort n'ont craincte.

De leurs maisons partirent séculiers , Hors des conventz sortirent réguliers , Justiciers laissèrent leurs practiques , Gens de labeur serrèrent leurs boutiques : Dames aussi, tant fussent bien polies , Pour ce jour là ne se feirent jolies : Toutes et tous, des grans jusquaux menuz Loing au devant de ce corps sont veniiz : Sinon aucuns , qui les cloches sonnoient , Et qui la fosse , et la tumbe ordonnoient.

Ses cloches donc chascune église esbranle Sans carrillons , mais toutes^ grand bransle» Si haultement que le ciel entendit La belle Echo, qui pareil son rendit.

Ainsi receu ont honnorableitient Leur amy mort , et lamentablement L'ont amené avec croix, et bannières, Cierges , flambeaux , de diverses manières , Dedans Peglise au bon sainct Honoré , Là ou Dieu fut pour son ame imploré Par Âugustins, par Jacobins, et Carmes, Et Cordeliers : puis avec pleurs et larmes Enterré Tout ses parens et amys :

Et aussi tost cp'en la fosse fut mis , Et que sur luy terre et tumbe Ton voit , La fiere Mort , qui amené Pavoit , Subitement de là s'ésvanouyt , Et oncques puis on ne la veit, n'ouyt.

Tel fut conduict dedans Bloys la conté L'ordre funèbre , ainsi qu'on m'a compté. Si l'ay comprins succinct en cest ouvrage, Faict en faveur de maint noble courage. S'il y a mal, il vient tout de ma part : S'il y a bien, il vient d'où le bien part.

La mort n*y morA.

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