CHAI«T DE FOLLIE» DE L*ORIGINE DE VILIEMANOCHE
Les Pichelins par le monde espanduz, Sont de si hault, et si loing descenduz, Qu'a peine a l'on sceu trouver la racine , D'un seul rameau de si brave origine : Mais Dieu voulant qu'ilz ne fussent periz, A resveillé les joyeux esperitz De l'un d'entre eulx nommé Villemanoche , Qui tout ainsi que l'on rompt une roche Pour trouver l'eau, qui dessoubz est cachée,
' Plus outre était là devise de Charles-Quint. Hercule , dit la fable , arriTë au déti*oit de Gibraltar , finit ses conquêtes où il croyait que finissait le monde , et éleva deux colonnes avec cette inscription : Nec plus ultra^ Après Texpëdition de Tunis , Torgueilleux monarque mit dans ses armes les deux colonnes d^Hercule , et ces mots : Plus ultra,
'Villemanoche ëtait un visionnaire, qui, né dans une obscure condition , se croyait d^une illustre origine. Il avait forgé la généalogie de ses aïeux , qu'il faisait remonter jusqu'aux apôtres, et dont les deacendans occupaient encore plusieurs trônes de l'Europe. Il aspirait à Palliance des plus nobles familles de France, et divertissait beaucoup la cour par ses extravagances. On veit un Villemanoche, dit Pasquier , n* avoir le jugement offensé que sur les mariages des grandes dames çu*il se promettait. Lettres, liv. 19, page 583, édition in-folio.
Ainsi il a sa race tant cherchée , £n se rompant entendement et porps , Qu'il l'a trouvé en livres tous d'accords : Livrer ; DMiis quelz ? livres tresauten tiques , Vieux , et usez de force d^estre antiques , Lesqilelz il a à gi'and^ peine trouvez Leuz , et releuz , volvez , et revolvez , Si vieux (de faict) les a voulu eslire, Que nul , fors luy , oncques n'y sceut rien lire.
Il a trouve' ses grans prédécesseurs ; Preux et hardys , comme leurs successeurs : Dont l'une part réside en Germanie :
Et la pluspart plusieurs règnes manie.
Il a trouvé à force de chercher , Que ses parens sceurent si bien prescher , Non pas prescher , maïs si bien harenguerent , , Qu'a nostre loy Infidèles rengerent. Et de ceulx là on voit par conséquence Villemanoche avoir leur éloquence :
Car luy estant vestu de longue togue Sçait harenguer tout seul en dialogue : Et s'il avoit la robbe courte prise , Lors on verroit, qu'il seroit d'entreprise: Et qui plus est , semblable de prouesse , A ses ayeulx , comme il est de sagesse.
Or est ainsi (helas) qu'il nous appert,
Que par deçà ceste race se part Si cesluy cy n'est joinct par mariage En noble lieu, qui seroit grand dommage.
0 Pîcîielîn tu dessers, qu'on t'allie
En lieu royal : o superbe Italie
Tu es enflée au nom des Crivelins , '
Mais Gaule s'enfle au nom des Pichelins. .
Vive (dis tu) la case Cri véline,
Mais en tous lieux vive la Picheline.
CHATÏT ROYAL CHRESTIEK.
Qui ayme Dieu, son règne, et son empire,
Rien désirer ne doibt qu'à son honneur :
Et toutesfoys Thomme toujours aspire
A son bien propre, à son aise \ et bon heur,
Sans adviser, si point contemne, ou blesse
En ses désirs la divine noblesse.
La plus grand' part appete grand avoir :
La moindre part souhaite grand sçavoir ;
L'autre désire estre exempté de blasme :
Et l'autre quiert (voulant mieulx se pourvoir)
Santë au corps, et paradis à l'ame.
Ces deux souhaitz contraires on peult dire
* L^antîque famille milanaise des Crivelli , qui donna à Te^glise le pape Urbain III , brillait alors de tout son éclat.