‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 16 sur 293 · CANTIQUE DE LA ROYNE ' SUR LA MALADIE ET CONVALESCENCE DU ROY · texte numérisé non relu

CANTIQUE DE LA ROYNE ' SUR LA MALADIE ET CONVALESCENCE DU ROY

i^'esbahIT 00 si je suis esploree?

S'esbahit on si suis descotoree, Voyant celluy, qui m'a tant honnoree, Estre à la mort ? *

* Élëonore d'Autriche, féconde femme de François I*'.

* On doit remarquer Pheureux choix du mètre employé dans ce cantique et le prëcëdent. Ce petit vers , de quatre syllabes , to'mbant à la fin de chaque strophe , produit une harmonie sourde qui coa- Tient à la tristesse du sujet.

O seigueur Dieu, tire son pied du bort D^obscure tumbe : ou bien , pour mon support , Avecques luy fais moy passer le port Du mortel fleuve.

Donne à tous deux, en un jour, tumbe neufve, A celle fin, qu'en deux morts ne s'esmeuve. Qu'un dueil funèbre , et que France n'espreuve Dueil après dueil.

Ne soit, helas, ce mien larmoyant œil Si malheureux , que de veoir au cercueil Jecter celluy, qui en si doulx accueil M'a couronnée.

Qui m'a sut chef la couronne donnée , La plus d'honneur, et gloire environnée, Dont aujourd'huy l'Europe soit ornée.

O tout puissant!

Si pitié n'as de mon cueur languissant y Si pitië n'as du bon roy périssant, Aye pitié du peuple gémissant , Par ta clémence.

Laisse meurir la royalle semence, Sans que voyons Textresme décadence Du père estant au sommet de prudence, Pour dominer.

As tu basty, pour après ruyner?

As tu voulu planter, et jardiner Pour ton labeur par&ict exterminer?

O quelle perte !

Si elle advient, soit la terre couverte D'air ténébreux, plus ne soit l'herbe verte: Soit toute bouche ou muette, op ouverte Pour Élire crys.

Soient de regretz tous volumes escriptz, Tragiques soient tous escrivans esprits : Et rien ne soit celle qui a le prix D'estre nommée

Fenmie d'un roy de si grand^ renommée, Rien plus ne soit, que pouldre consommée, Pouldre avec luy, toutesfoys, inhumée :

Ce bien j'auray.

Ainsi tousjours sa compaigne seray, A son costé sans fin reposeray, Et de langueur n'experimentetay La longue peine.

Mais pourquoy suis je ainsi de douleur pleine ? Est espérance en moy ou morte, ou vaine? Le tout puissant par sa bonté humaine Le guérira.

Noz cueurs bien tost de liesse emplira , Car monseigneur encor ne périra , Aîns par longs jours son peuple régira : C'est ma fiance.

Groistra ses faictz, pays et alliance : Puis ayant tout fondé sur asseurance, Ira plein d'ans ' prendre sa demeurance Là hault es cieulx.

Qu'est ce mes gens? pourquoy torchez voz yeulx ? Quel nouveau pleur, quel maintien soucieux Faict on encor? vien, mon Dieu gracieux, Haste toy, sire.

J'entens, que mort mon amy veult occire, Sa force fond ainsi; qu^au feu la cire, Dont tout bon cueur barbe, et cheveux descire, Faisant regretz.

Semblent Troyens de nuict surprins des Grecz : Semblent Rommains voyans (oultre leurs grez) César occis par traistres indiscretz :

Ha Dieu mon père !

S'il est ainsi qu'à ta loy j'obtempère, De monseigneur les angoisses tempère,

' Nous retrouTons ici cette beUe expression , si heureusement employée par Gilbert j

Qu'ils meurent pleine de jours....

En me Élisant, ainsi qu'en toy j'espère, A ceste foys.

Or a mon Dîeu d'en hault ouy ma voix, Et mis à fin l'espoir, qu'en luy j'avois : Sus suyvez moy, au temple je m'en voys« Luy rendre grâces.

Ostez ce noir, ostez moy ces prefeces Chantans des-mortz, ostee ces tristes Êices: Il n'est pas temps que ce grand dueil tu faces , Pays heureux.

Le ciel n'a pas esté si rigoureux De s'enrichir pour povre, et langoureux Te veoir ça bas, ton trésor valeureux ' Il te redonne.

Yy doncques France encor soubz la couronne , Qui le chef meur, et prudent environne : Tandis* la fleur dé jeunesse fleuronne, Pour &ire fruiet.

Soit l'Océan calme, sans vent, sans bruict: Sechee aux champs soit toute herbe, qui nuyct, Comme le jour, soit luysante la nuict : Tout dueil se taise.

Ne pleurons plus, si ce n'est de grand aise, Puis cpi'envers nous l'ire de Dieu s'appaise,

Tant nous aymant, que de mortel mesaise Tirer le roy. '

Escrivez tous ( poètes ) cest efifroy Et le hault bien , dont Dieu nous faict octroy : Vousii'y (auldrez, et ainsi je le croy. Ha povres Muses !

S'il fut pery, vous estiez bien camuses. Doncques (enfans) descrivez les confuses Voyant celluy, ou elles sont infuses , Esvanouyr.

Puis tost après faictes les resjouyr, Quand on leur faict les nouvelles ouyr De la santé dont Dieu les faict jouyr. Tant désirée.

Faictes Pallas pasle, et fort desciree, Mars tout marry, sa personne empiree , En appelant d'Atropos trop iree Comme d'abus.

Puis tout à coup cbantez comme Phebus Luy mesmes va par les préaux herbus Herbes cueillir, fleurs, et boutons barbus, Fueille, et racine :

' Les médecins ne purent que ralentir les progrés de ce mal terrible, contre lequel Tart était impuissant.

Pour feîre au roy Theureuse medecme , Prise dessoubz tant benivôle signe, ' Que nous verrons son chef blanc, comme un cigne A Tadvenir,

Cela chanté, vous Êiuldra souvenir, De faire Mars tout joyeux devenir.

Et à Pallas la couleur revenir, Non plus marrie.

Faictes que tout pleure fort, et puis rie, Ainsi que moy vostre dame chérie :

Certes souvent de grande fascherîe , Grand plaisir vient.

Ainsi ferez, et mieulx, s*il en souvient : Mais à la fin^de votre oeuvre accomplie, Avecques moy conclurre vous convient,.

Que jamais Dieu ceulx, qui Tayment, nVublie. ^

' Dans ces tems-là on observait les signes, les conjonctions et oppositions <les planètes , le cdurs et le d^cours de la lune , pour purger les malades.

' QueUe flatterie grossière ! François I*' , croyant que tout est permis aux princes, a Tiolë les droits d^un lien sacré; espérant braver, à Tabri du trône, la vengeance d'un de ses sujets, il^a été rhonneur à un malheureux , dont , peut-être , Thonneur était le seul bien , et on ose Tanter son amour pour la Divinité , comme si cet amour était le mépris des lois les i)lu8 légitimes et la lâche injustice !

go CHANTS DIVERS.

îS39.

FBAMCE A l'empereur, A SON ARRIVEE.*

S I ce bas monde et topte sa rondeur Est embelly par la claire splendeur Du seul renom qui court de ta personne, Que doy je faire ayant receu tant d'heur, De veoir à l'œil la haultesse et grandeur, De ta sacrée et auguste couronne?

Sera ce assez que j'en dresse et ordonne Arc triumphant, pyramide, et colonne, Pour vray record* à la postérité ?

Suffira il, César, que )e m'adonne  te louer, tant que tout lieu résonne Ta grand' vertu, et ma prospérité ?

Non, car je voy ta magnanimité De si près joincte à la Divinité, Que si je veulx parfaire chose telle, Je fais grand tort à l'immortalité.

Qui en louant ceste bénignité Se pense rendre encor plus immortelle.

' En 1539, l'empereur ne vit pas de moyen plus prompt et plus sftr d'aller en Flandre soumettre les Gantois révoltes, que de traverser la France. Il envoya demander au roi passage par ses états. François I*', ébloui par les avantages qu'on Kii fcsait espérer, céda aux conseils du connétable Anne de Montmorency, dévoué à la reine Éléonore , et consentit à recevoir son perfide ennemi.

iS4o.

SUR L*EMTRBE DE I.*EMPER£UR A PARIS. ^

Or est Gesar , qui tant d'hoimeur acquist.» Encore nn coup en ce beau monde né :

Or est César, qui les Gaules conquist Encore un coup en Gaule retourné.

De légions non point environné, Pour guerroyer : mais plein d'amour nayfvc. Non point au vent Paigle noir couronné , Non point en main le glaive, mais l'olive^

Françoys et luy, viennent droit de la rive De Loyre à Seine, * affin de Paris veoir :

' Chaiies comptait sans doute son passaipe en France parmi ses plus grandes victoires. Il sut, par sa politique insidieuse /fasciner les yeur de tonte la nation. On avait oublié la bataille de Pavie, le traité de Madrid , la France ravage'e ; et les traces humides du sang dont la patrie avait été arrosée , étaient cachées par les flenrs que Ton semait sous ses pas. Les fêtes, les festins accompagnaient Tempereur ; il était partout comblé de présens et de fiatteries ; son passage était un long triomphe. Triboulet , *fou du roi , fut seul prâervé de cette folie générale. 11 avait coutume d'inscrire sur un livre, quHl appelait le journal des fous, les noms- de ceux qui, à son avis, agissaient inconsidérément. A Tarrivée de Charles, il y ajouta le nom de ce prince ; François 1*' l'ayant appris , lui dit : Que/eras-tu, si je le laisse passer? J*effacerai son norn , répliqua Triboulet , et j*y mettrai le vàtre. Le roi dut ne pas manquer à sa parole , mais il n'aurait pas dt la donner.

^ François 1er, malgré la cruelle maladie qui le minait, alla audevant de son hôte jusqu'à Loches.

Et avec eulx guerre meinent captive, Qui à discord les souloit esmouvoir.

L'un ( pour au faict de ses pays pourvoir ) Passa par cy, sans paour ne deffiance : ' L'autre de cueur trop hault pour décevoir, Luy donne loy de commander en France. ^ Si que l'on est en dispute, et doubtance. Qui a le plus de hault los mérite, Ou de César la grande confiance.

Ou de Françoys la grand' fidélité.

O roys uniz, plus que d'affinité, '

Bien heureuse est la gent qui n'est point morte,

Sans veoir premier vostre ferme unité ,

* Charles était loin d'être sans défiance : il avait souvent trompe j il craignait d'être tromp<$ à son tour. Le roi lui dit un jour, pour plaisanter, en lui montrant la duchesse d'Étampes: P^ous voyez, mon/rère, cette belle dame ; elle est d'açis que je ne vous laisse pas sortir d'ici que vous n'ayez révoqué le traité de Madrid, — Si l'avis est bpn , répondit Charles en fronçant le sourcil , il faut le suivre. Le lendemain , lorsque la duchesse lui offrit la serviette, après qu'U se fut lavé les mains, avant d« se mettre à table, il tira adroitement de son doigt un beau diamant qu'il laissa tomber. La duchesse s^empressa de le ramasser et de le lui présenter : Gardez-le , lui dit-il galamment , je suis trop heureux d'avoir l'occasion d'orner une si telle main.

^ François I*' voulut que Fempereur exerçât l'autorité royale dans toutes les villes qui le recevraient.

' François I«r, marié en secondes noces à Éléonore, était uni à Charles par le sang 5 mais comme ce n'est point le sang , mais les intérêts qui unissent les princes. Cl. Macot les appelle unis plus que d'affinité.

CHANTS DIVERS. gS

Qui le repos de tant de monde porte.

Vien donc, César, et une paix apporte Perpétuelle, entre nous, et les tiens.

Haulse, Paris, haulse bien hault ta porte, ' Car entrer veult le plus grand des chrestiras.

MAROT A l'empereur.

OI la faveur du ciel , à ton passage En France, faict de grans biens un présage, Aussi promet croistre Tbeur qui te suyt, Gesar Auguste, à Teffect qui s'çnsuyt.

Ta conscience en la fidélité

Du roy ton fi-ere , et son humanité

T'ont faict en France acquérir en un moys ,

Dedans trois jours, sans souldars et harnoys

Plus que César, des Gaules acquéreur.

Et le premier des Rommains empereur,

N'avoit conquis en huict ou neuf années

Accompaigné de légions armées :

Car des Françoys assubjectiz par force

'n fît son entrée à Paris, le premier janvier i54o. Le parlement vint en corps le complimenter^ les deux fils du roi s'avançaient à ses câtës, et le connétable piarchait, Fépée nue, devant lui. La ville lui fit présent d'un Hercule d'argent de grandeur na<turelle , et lui donna des fêtes magnifiques.

£n leur pays, ne conquist que Pescorce : Mais tu as eu par un don libéral De leurs firancs cueurs un acquest gênerai. Et pour garder ce que tu as acquis Aucune force y tenir n'est requis , Mais seulement une paix bien fermée^ * Par alliance en amour confermee :

Dont adviendra ferme tranquilité, Et soubz la foy catholique unité.

Paix qui tiendra les provinces ouvertes , Et peuplera les régions désertes : "* Des roys uniz la force assemblera , Dont le surplus du monde tremblera.

Paix , qui fera la vive salamandre , ^ Apres son faict mortel estainct en cendre ^ Nourrir au feu dVne vie immortelle :

A Paigle ^ aussi, quand le vol de son aesle Plus ne pourra sur la terre s'estendre

* Quelle paix devait-on attendre ? Quel garant avait-on de la parole d'un empereur qui ne fut jamais fidèle à ses sermens ? Bientôt Charles répondit à Tambassadeur de France , chargé de réclamer l'exécution de ses promesses: Je ne m*en souçieru pas; qu'on me montre un écrit.

^ Ces guerres désastreuses avaient changé en déserts des provinces florissantes.

^ Le corps de la devise de François I^' était une salamandre dans les flammes.

^ Les armes de l'empire sont nn aigle à deux têtes.

CHANTS DIVERS. gS

Pour voler plus oultre , ' si fera fendre Tous les neuf cîeulx jusque au lieu angeliqûe, Promis k ceulx qui ayment paix publique:

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