DES ENFANS SANS SOUCY
Qui sont ceulx là, qui ont si grand' envie, Dedans leur cueur et triste marrisson , Dont ce pendant que nous sommes en vie , De maistre Ennuy n'escoutons la leçon ? Hz ont grand tort, veu qu'en bonne façon, Nous consommons notre fleurissant aage , Saulter, danser, chanter à l'advantage, Faulx envieux, est ce chose qui blesse? Nenny, pour vray, mais toute gentilesse, Et gay vouloir, qui nous tient eh ses laqs. Ne blasmez point doncques nostre jeunesse. Car noble cueur ne cherche que soûlas.
Nous sommes druz, chagrin ne nous suyt mye : De froid soucy ne sentons le frisson : Mais dequoy sert une teste endormie ?
' On appelait Enfans sans Souci de jeunes libertins qui, sous le règne de Charles VI , s'étaient réunis en société pour se livrer au plaisir. Adonnés au vin , au jeu et aux femmeé , ils étaient notés d'infiamie. Us imaginèrent de composer des pièces nommées sottises , dans lesquelles ils se moquaient des folies humaines. Ils s'arrêtaient dans les carrefours , et amusaient par leurs farces grossières et indécentes , la populace rassemblée autour de leurs charriots.
Autant qu'un bœuf dormant près d'un buysson. Lai^guards picquans plus fort qu'tin hérisson , Et plus recluz qu'un vieil corbeau en cage , Jamais d'aultruy ne tiennent bon langage, Tous) ours s'en vont songeans quelque finesse : Mais entre nous , nous vivons sans tristesse , Sans mal penser, plus aises que prélats. ' D'en dire mal c'est doncques grand' simplesse : Car noble cueur ne cherche que soûlas.
Bon cueur, bon corps, bonne phizionomie Boire matin, fuyr noise, et tanson:
Dessus le soir, pour l'amour de s'amje Devant son huys la petite chanson :
Trencher du brave , et du mauvais garson , Aller de nuict, sans &ire aucun oultrage: Se retirer, voyla le tripotage:
Le lendemain recommencer la presse.
Conclusion, nous demandons liesse:
De la tenir jamais ne fîismes las :
Et maintenons , que cela est noblesse : Car noble cueur ne cherche que soûlas.
ENVOY
Prince d'amours, à qui devons hommage,
' Dans ces tems d'ignorance et Je fanatisme , les ministres de la religion , loin des autels qui les enrichissaient, étaient plongés dans une mollesse honteuse , et s'abandonnaient à la débauche la plus effrénée.
Certainement c^est un fort grand dommage Que nous n'avons en ce moment largesse Des grans trésors de Juno la déesse Pour Venus suyvre : et que dame Pallas Nous vint après resjouyi' en vieillesse, Car noble cueur ne cherche que soûlas. '