‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 3 sur 293 · DU TEMPS QUE MAROT ESTOIT AU PALAIS A PARIS · texte numérisé non relu

DU TEMPS QUE MAROT ESTOIT AU PALAIS A PARIS

Musiciens à la voix argmtine, Doresnavant comme un homme esperdu Je chanteray plus hault qu'une buccine : Helas si j'aj mon joly temps perdu.

Puis que je n'ay ce que j'ay prétendu, C'est ma chanson , pour moy elle est bien deuc : Or je voys veoir si la guerre est perdue, Ou s'elle picque ainsi qu'un hérisson. *

' n est possible que CL Marot, dont la morale notait pas trèssërére , ait fait partie , dans sajeunesise, de cette joyeuse compagnie, dont il se montre ici Tapologiste. On lit dans Y Histoire du Théâtre-Français ; Clément Marot , auteur et acteur parmi les Enfans sans Soucy,

' La France était menacée d^une ruine totale. Après une longue guerre qui Payait épuisée d'hommes et d'argent , elle avait perdu ritaUe entière. Henri VIII^ Maximilien 1er et les Suisses formaient contre eUe une ligue formidable, et se préparaient à Tengloutir; makFannée suivante, Louis XII, par des négociations partielles, se délivra de tant d'ennemis , et se vit tout à coup dans le calme le plus profond.

Adieu vous dy mon maistre Jehan Grisson : Adieu palais et la porte Barbette, ' Ou j'ay chanté mainte belle chanson Pour le plaisir d'une jeune fillette.

Celle qui^c'est, en jeunesse est bien fine, Ou j'ay esté assez mal entendu :

Mais skpour elle encores je chemine, Parmy les piedz je puisse eçtre pendu : C!est trop chanté, sifflé, et attendu Devant sa porte , en passant par la rue. Et mieulx vauldroit tirer à la charrue , Qu'avoir tel' peine , ou servir un raasson. Bref, si jamais j'en tremble de frisson , Je suis content qu'on m'appelle Caillette : * C'est trop souffert de peine et marrisson ^ Pour le plaisir d'une jeune fillette.

* La porte Barbette ëtait dans la ViciUé-rue-du-Teinple, vers l'endroit où aboutit la rue des Blancs-Manteaux. C'était sans doute prés de là qu'habitait cette première mattresse de Clément Marot.

^ Caillette, fou célèbre, dont les bouffonneries amusèrent la cour sous Charles YIII et Louis XII ^ sa réputation fut telle, que son nom passa en proverbe. Peut-être est-ce de lui que nous vient le mot de caillette, qui signifie un homme frivole et babillard ?

^ Il ne fut pas heureux en amour , ce pauvre Marot î II choisit sa première maîtresse dans une obscure condition ; il offrit son cœur à la célèbre Diane de Poitiers, qui ne le dédaigna pas ; il osa tourner ses regards vers Marguerite , qu'environnait l'éclat des cours , et en fut aimé : cependant il ne put jamais arriver au term%, où tendaient tous ses désirs • du moins l'histoire se tait sur cet article.

Je quicte tout, je donne, je resigne Le don d'aymer, qui est si cher vendu. Je ne dy pas que je me détermine J)e vaincre Amour , cela m'est defFendu , Car nul ne peult contre son arc tendu. Mais de souf&îr chose si mal congrue, Par mon serment je ne suis plus si grue. On m'a aprins tout par cueur ma leçon: Je crains le guet, c'est un maulvais garson, Et puis de nuict trouver une charrette : Vous vous cassez le nez comme un glaçon Pour le plaisir d'une jeune fillette.

EHVOY.

Prince d'amour régnant dessoubz la nue , Livre la moy en un lict toute nue, Pour me payer de mes mauk la £içon :

Ou la m'envoye à l'ombre d'un buysson : Car s'elle estoit avecques moy seulette Tu ne veis onc mieulx planter le cresson. Pour le plaisir d'une jeune fillette.

DE lA NAISSANCE DE FEU MONSEIGNEUR LE DAULPHIN FRANÇOTS.

i^UAND Neptunus , puissant dieu de la mer, Cessa d'armer ' carraques , et galees , Les Gallicans bien le deurent aymer, Et reclamer ses g^ans undes salées , Car il voulut en ses basses vallées Rendre la mer de la Gaule haultaine ^ Calme* et paisible, ainsi qu'une fontaine: Et pour oster mathelotz de souffrance , Faire nager en ces te eau claire et saine Le beau daulphin tant désiré en France.

Nymphes des boys pour son nom sublimer ,

Et estimer , sur la mer sont allées :

Si furent lors , comme on peult présumer ,

Sans escumer les vagues ravallees :

Car les fortrventz eurent gorges hallees , '

Et ne souffloient , sinon à doulce alaine ,

^ Nous avons déjà eu Poccasion de remarquer ces frivolités auxquelles on fesait descendre la poésie. On a imaginé de donner a ce caprice puérile de Marot , le nom inintelligible de rime batelée.

^ François 1er venait de conclure un traité de paix avec Charles d'Autriche , qui succédait à Ferdinand , roi d'Espagne. Combien de fois Charles et le roi de France se jurèrent-ils une alliance in- Aïolable!

Dont mariniers vogoîent en la mer plaine Sans craindre en rien des oraiges l'oultrance, Bien prevoyans la paix, que leur ameine Le beau daulphin tant désiré en France.

Monstres marins veit on lors assommer, Et consommer tempestes devallees , Si que les nefz sans crainte d'abismer Nageoîent en mer à voîllès avallees.

Les grans poissons faisoient saultz et huilées , Et les petis , d'une voix fort seraine , Doucettement avecques la seraine, Chantoient' au jour de sa noble naissance, Bien soit venu en la mer souveraine Le beau daulphin tant désiré en France.

BNVOY.

Prince marin fuyant œuvre vilaine , Je te supply garde que la balaine Au celerin plus ne face nuysance , Afin qu'on ayme en ceste mer mondaine Le beau daulphin tant désiré en France.

' Marot fait chanter ici les poissons en chœur 5 Sainl-Amand, plus tard , les mit aux ftnétns. Cette ballade ^tait un sacrifice au mauvais goût du siècle.

lO BALLADES.

A MADAME d'aLENÇON POUR ESTRE COUCHÉ EN SON ESTAT.*

Princesse au cueur noble et rassis, La fortune, que j'ay suivie, Par force m'a souvent assis Au froid giron dé triste vie :

De m'y seoir encor me convie , Mais je respons (comme fasché) D'estre assis je n'ay plus d'envie:

Il n'est que d'estre bien couché.

Je ne suis point des excessifz Importuns, car j'ay la pépie:

Dont suis au vent comme un châssis , Et debout ainsi qu'une espie:

Mais s'une fois en la copie De vostre estât je suis merché, Je criray plus hault qu'une pie , ^ Il n'est que d'estre bien couché.

L'un soustient contre cinq ou six Qu'estre accouldé , c'est musardie :

* Le gënie de Clëment Marot n'avait pas ëchappë à François I«r. Ce monarque , ami des lettres , ne tarda pas à encourager le jeune poète, et le fit entrer, en qualité de valet-de-chambre , dans la maison de sa sœur, Marguerite d' Alenoon. Cest à ce sujet que cette ballade a été composée.

L'autre, qu'il n'est que d'estre assis Pour bien tenir chère hardie :

L'autre dit que c'est mélodie D'un homme debout bien fiche' :

Mais quelque chose que l'on die, Il n'est que d'estre bien couché.

Princesse de vertu remplie ; Dire puis (comme j'ay touché) Si promesse m'est accomplie , Il n'est que d'estre bien couché.

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