‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 210 sur 293 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

De faire un tour îcy près seulement, Je te rendray bon conte de ma vie, Depuis le soir qu^euz à toy parlement : Ce soir fiit court, mais )e sçay seurement Que tu en peulx donner un par pitië , Qui dureroit dix foys plus longuement , Et sembleroit plus court de la moytië. '

DU PARTBMENT d'AIQIE. ^

Ou allez vous, Anne? que je le sache.

Et m'enseignez avant que de partir, Comme feray , affin que mon œil cache

fut adressée à Marguerite. Il est yrai que le titre de Dame de Lyon né sert pas à nous le faire connaître; mais on se rappelle que Ma.rot faisait tous ses efforts pour laisser ignorer son amante.

* Cette dame de Lyon, ou plutôt la reine de'Navarre, répondit à cette jolie ëpigramme :

Lettn ••!«« IknoMemeiit ' *

De Marot 1* «cal fils Clcatml.

Quand tn TOttldrat , le plaisir et renvie Dont me requiers , sera bien tost -venue , Et de plaisir seraj tente ravie Lors me voyant de toy entretenue :

Le souvenir de ta grâce cpngneue Du soir awjpiel j^eus à toy parlement , Souvent me faict par amour continue Avoir désir de recommencement.

^ Marguerite accompagnait la régente Louise de Sayoie, qui se rendait à Cambray où Tattendait Marguerite d^Autriche, pour conclaré un traite de paix , et mettre fin aux longues querellas de Charles-Quint et de- François I«r. Voyez le rond «aiu xiir du livre I.

43o , ÉPlt^RAMMES.

Le dur regret du cueur triste , et martir.

Je sçay comment, point ne fault m'advertir :

Vous le prendrez ce cueur, je le vous livre.

L'emporterez pour le rendre délivre

Du dueil qu^auroit loing de vous en ce lieu :

Eti pour autant qa*oa ne peult sans cueur vivre ,

Me laisserez le vostre : et puis adieu. '

' Le poète a£fectîoiiDe beaucoup cet échange de cœur; il en parle encore dans le rondeau vu du Hv. II. Cependant cet et puis adieu, qui finit si heureusement cette ëpigramme , £fiit pardonner aux £1deurs qu^ad mettait le mauvais goût du tems. Voici un rondel sur un départ, où Ton trouve une véritable sensibilité' :

Le corps s'en va , mais le cueur tous demcafe , Treschiere dame^ adieu jusqu'au retour.

Trop me sera loingtaioe ma demeure, Le corps s* en va , mais le cueur vous demeure. Mais doulx penser que j'auray à toute heure Adoucira grand'part ma grand'donlour , Trefchiere dame , adieu jusqu'au retour , Le ooi-ps 8*en va , mais le coeur vous demeure.

FaOISSARD.

Charles d'Orléans , ce poète charmant malheureusement trop peu connu , à qui Saint-Gelais doit ses plus jolies poésies y. a sans doute fourni à Marot Pidée de cette épigramme,

Ainsjf Amour , me mist en son servaige , Mais pour seurti retint mon ciieur en gaige. Pourquoy luj Aj que vivre ne pourroye En cest estât , s'ung n*aultre aieur n'havoye. Il respondit : Espoir , mon médecin , Te gardera de mort soir et matin , Jnsques k tant qu^b auras en lieu du tien Le cueur d'une , qui te tiendra pour sien.

Plus loin , il demande le cœur de sa maîtresse :

Je ne vous anse demander Que Tostre cueur vous me donnes :

Mais ce droict me voulez guarder , Puisque le cueur de moy baves , Le vostre lanlt que me laissies : * Car sans cnenr vivre ne ponrroye. «

. Ces vers sont du commencement du XV« siècle.

Page 1