‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 216 sur 293 · LIVRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE IIL

Semblant ferois de vous innocenter : Serolt ce pas honneste couverture ?

D*ANNE qui IVY JECTA DK lA NEIGE.

Anne par jeu me jecta de la neige, ' Que je cuydois froide certainement :

Mais c^estoit feu, rexperience en ay je, Car embrasé je fuz soudainement. •

Puis que le feu loge secrètement Dedans la neige , ou trbuveray je place Pour n^ardre point? Anne, ta seule grâce Estaindre^eult le feu , que je sens bien, Non point par eau, par neige, ne par glace, Mais par sentir un feu pareil au mien.

' Nous pensons avec L. Dufresnoy que cette ëpigramme d6nna de nouyelles armes à la mëdisance qui avait déjà fixe Tattention de la cour sur la conduite lëgére de la reine de Navarre. En e£fet, cette princesse , en s^abandonnant ouvertement a une Êstmiiiaritë si peu conforme à son rang , se préparait elle-même d^amers chagrins. £Ue ëtait femme , et ne savait pas cacher s^s sentimens ! Maïs nous devons plutôt accuser son amant , qui se vantait hautement de son bonheur. Il mérita bien qu'on lui défendit d'approcher de sa maitresse (ces vers furent peut- être cause de cette défense) à il aurait mérité que sa mattresse le lui défendît aussi.

SUR LA DEVISE Non ce que je pense.

XalNT estPamour de vous en moy empraincte, De voz désirs je suis tant désireux, Et de desplaire au cueur ay telle craincte , Que plus à moy ne suis , dont suis heureux : A diantre sainct ne s^adressent mes vœux ^ Tousjours voulant (de paour de faire offense) Ce que voulez et non ce que je veulx : Ce que pensez et non ce que je pense.

ou DEPART DE S'AMTB. <

JCiLLE s^en va de moy la mieulx aymee. Elle s'en va ( certes ) et si demeure Dedans mon cueur ^tellement imprimée, Qu'elle y sera jusques à ce qu^il meure. Voyse ou vouldra, d'elle mon cueur s'asseurc: Et s'asseurant n'est melancolieux :

Mais Tœil veult mal à l'espace des lieux, De rendre ainsi sa liesse loingtaine.

' Lt, nufi*esnoy croit que cette ^pigramme fut £tite lorsque Marguerite, après son mariage avec Henri d^Albret, roi de Navarre, suivit ce prince dans ses états.

Page 1