LIVRE I
Chîssay beau, jeune, en crédit, et support, Feît son debvoir au combat , et abord : Mais par hazard fut frappé en la gorge D'un coup d'estoc ;
Doht un cbascun de dueil ses lèvres mord , Disant, helàs, l'bonneste homme est 11 mort? Pleust or à Dieu , et monseigneur sainct George Que tout baston eust esté en la forge , Alors qu'il fut ainsi navré à mort.
D'un coup d'estoc.
mOlïDEAU, DUQUEL LES LETTRES CAPITAtLKS PORTENT LE VOM DE l'AUTHEUR.
Comme Dldo, qui moult se courrouça Lors qu'Eneas seule la délaissa En son pays : tout ainsi Magqelonne/ Mena son dueil : comme tressaîncte et bonne En l'hospital toute sa fleur passa.
Nulle fortune oncques ne la blessa, Toute constance en son cueur amassa, Mieulx espérant : et ne fut poiiit félonne CoEome Dido.
* Voyez dans Tëpitre i'* les plaintes de la belle Maguelonne , que son amant , Pierre de ProTcnce , avait abandonnée.
lo8 RONDEAUX.
Aussi celluy, qui toute puissance a , Renvoya cil, qui au boys la laissa, Ou elle estoit : mais quoy qu'on en blasonne, Tant eust <îe dueil , que le monde s'estonne, Que d'un Cousteau son cueur ne transpersa , Gomme Dido.
A MONSIEUR DE FOTHON. '
Ju A ou sçavez sans vous ne puis venir , Vous estes cil , qui pouvez subvenir Facilement à mon cas et aflFaire , Et des heureux de ce monde me faire, Sans qu'aucun mal vous en puisse advenir.
Quand je regarde et pense à Tadvenir, J'ay bon vouloir de sage devenir: * Mais sans support je ne me puis retrairè , La ou sçavez.
' Mârot pria ce seigneur de parlçr pour lui au roi afin de le faire entrer au service de la duchesse d^Alençon.
* Il paraît que le seigneur de Pothon répugnait à se montrer le protecteur d'un homme qui s'était déjà fait connatti*e par ses écarts. Cependant il ne résista pas à ce joli rondeau , et servit si bien notre poète, quUl lui fit obtenir une place de yalet-derchambre dans la maison de Marguerite, sœur du roi, et il le présenta lui-même à cette princesse.