A F. RABELAIS
O*0N nous laîssoit nos jours en paix user, Du temps présent à plaisir disposer, Et librement vivre comme il fault vivre : Palais et cours ne nous fauldroit plus suyvre , Plaidz, ne procès, ne les ricbes maisons Avec leur gloire et enfumez blasons :
Je n'en sçay rien : mais les sçayans je toj Faire la conr à oeulx qui ont de qooy.
Les poètes ont beau &ire û de Fargent , Tair du Parnasse ne rassasie pas , et on voit souvent Apollon courtiser Pluùis.
' François Rabelais , ne à Cbinon , en Touraine , fut , sous tous les rapports , Tbomme le plus extraordinaire du XYI» siècle. Son Pantagruel f qu*il composa dans sa cure de Meudon, est un livre bizarre , mais inimitable ; rempli d^e^rit tX dVrudition , mais où il Tègne le cynisme le plus effronté. Poète, grammairien , sachant huit langues , e^ possédant d'immenses connaissances , il se moque des savans ^ médecin , il n'épargne pas la médecine ^ jurisconsulte, il ne respecte ni les lois , ni leurs ministres ; philosophe profond , il tourne les philosophes en ridicule ; cordelier et curé de Meudon, le clergé, le pape et Dieu même, ne sont pas à Pabri de ses railleries. Enfin Rabelais , qui citait tout le genre humain à son tribunal satirique , Rabelais , qui ne connaissait rien de sacré , vécut sans être inquiété , et Marot , qui , dans ses ouvrages , laisse à peine entrevoir ses opinions, fut persécuté pendant toute sa vie. Rabelais mourut en i553.
4g2 ÉPIGRAMMES.
Mais soubz belle umbre en chambre et galeries Nous pourmenans , livres et railleries , Dames et bains, seroient les passetemps, Lieux et labeurs de nos espritz contens. Las , maintenant à nous point ne vivons , Et le bon temps périr pour nous sçavons Et s^envoler , sans remèdes quelconques : Puis qu'on le sçait, que ne vît on bien doncques 1'
AD GELLIAM.
Lib. Vf Epi|(. XXIX.
Si qaando leporem mitlis mihî , Gellia , dicis , etc. A TSABSAU. '
ISA BEAU, lundy m'envoyastes Un lièvre , et un propos nouveau :
Car d'en manger vous me prias tes , En me voulant mettre au cerveau , Que par sept jours je serois beau. * Resvez vous? avez vous la fièvre?
Si cela est vray , Ysabeau, Vous ne mangeastes jamais lièvre.
' On reconnaît bien Diane au surnom d'Ieabeau.
^ C*ëtait une croyance assez répandue autrefois , et plusieurs savans ont partagé cette opinion , que la chair du lièvre rendait le teint fleuri et yermeil à ceux qui s'en nourrissaient.