A UN POETE IGNORANT
l^u'ON meine aux champs ce coquardeau Lequel gaste quand il compose Raison , mesure , texte , et glose Soit en ballade ou en rondeau.
Il n'a cervelle ne cerveau :
C'est poui-quoy, si hault crier j'ose,
Qu'on meine aux champs ce coquardeau.
S'il veult rien feire de nouveau , Qu'il œuvre hardiment en prose. * ( J'entens s'il en sçait quelque chose ) Car en rythme ce n'est qu'un veau ^ Qu'on meine aux champs.
^ Clément Marot , dans une ëpitre où il fait parler son valet, avait répondu par une satire fine et mordante aux injures grossières de ses ennemis. Sagon et La Huëterie ripostèrent par la grande généalogie de Fripelipes, composée par un jeune poète champêtre , pièce burlesque , qui ne pouvait déshonorer que ses auteurs. Un ami de Marot sVmpressa de publier le Rescrispt à Sagon et au jeune pôke champêtre, et Marot lui-même y joignit ce rondeau , dans lequel il n'épargne pas le jeune poète champêtre,
^ Boileau , dans la satire 7, a dit en parlant de Chapelain :
n se tue à rimer , que n*icrit-il en prose 7
Mais il a laisse à Marot ce vers d'une naïveté si malicieuse :
Penteos s^il cq sçait quelque chose.
^ Selon L. Dufresnoy, c'est une allusion à un mauvais poète ^
LIVJRE t 125
l'adieu de FRANCE A l'EMPEREUR. '
Adieu César, prince bien fortuné De vray honneur par vertu couronné :
Adieu le chef de la noble Toyson, * Au départir de la propre maison , Dont le bon duc ton grand ayeul fut né. ^
nomm^ Mace ou Mathieu de VauceUes ,^ qui prenait le titre de Poète champêtre. Voici ce qu'en dit Lacroix du Maine dans sa Bibliothèque» Mathieu de VauceUes , imprimeur et libraire au Mans , en laquelle ville il naquit le dioe-huitième four de foncier j5o7. Ledit Faucelles , étant fort jeune, écrivit quelques poésies françoises contre Clément Marot, sous le nom de Poè'te champestre, lesquelles ont été imprimées il y a plus de 4o ou 5o ans. Il mourut au Mans , l'an 1578 f le premier four de faiwier, âgé de 72 ans.
' François I«' accomiNigna l'empereur jusqu'à Saint-Quentin , et ses deux fils ne le quittèrent qu'à Valenciennes. Le roi lui accorda de plus le passage et des yivres pour miUe hommes d'armes qu'il faisait venir dans les Pays-Bas ..La perfidie seule devait payer tant de grandeur et de générosité'.
* L'ordre de la Toison dW fut fonde, en 14^9 , par Philippe-lc- Bon, duc de Bourgogne, pendant les -solennités de son mariage avec Isabelle de Portugal. Cet ordre ne fut d'abord composé que de vingt-quatre chevaliers choisis dans les plus nobles familles. Philippe porta leur nombre jusqu'à trente et un , et voulut que ses successeurs en fussent les che6 et les grands-maîtres.
» PhiHppe d' Autriche, père de Charles V, était fils de Maximi- Uen I«' , empereur, qui avait épousé en secondes noces Marie , fille de Charles le Téméraire , et dernier réjeton de la branche de Bourgogne. Cette branché descendait des rois de France , et Philippe-le-
Quand je t'auray cent foys adieu donne' , Et à grand dueil des yculx, abandonne.
Le cueur fera pour toy son oraison.
Adieu César.
Le suppliant, quW jour ja ordonné Tevoye icy des tiens environne : ' J^entens des tiens, qui sont miens par raison. Or j'attendray ceste heureuse saison En grand désir que tu sois retourne, Adieu César.
d'un qui se COMPLAINCT Dti FORTUNE.
r A U LS E Fortune , o que je te vey belle ! Las qu'à présent tu m'es rude, et rebelle! O que jadis feis bien à mon désir !
Et maintenant me fais le desplaisir Que je craignois plus que chose mortelle.
Enfans nourriz de sa gauche mammelle , Composons luy ( je vous prie ) un libelle
Bon , fondateur de Tordre de la Toison d'or, dont il est ici parle , ëtait arriére-petit-fils du roi Jean.
' Quoi ! Marot supplie le ciel de rendre TEspagnol mattre de la France ! Ce vœu partait-il du cœur d'un Français? J'aime à croire que le poète n'ëtait pas ici d'accord avec lui-même , et que son cœur n'approuvait pas les souhaits que formait sa bouche.
Qui picque dm, et qui morde à loysir Faulse Fortune.
Par sa rigueur ( helas ) elle m'expelle Du bien, que j'ay, disant, puis qu'il vient d'elle Qu'elle peillt bien du tout m'en dessaisir. Mais enfin Mort, mort me fera gésir.
Pour me venger de sa soeur la cruelle Faulse Fortune.