LIVRE I
S^UN QUI IIÏCITE UNE JEUIïE DAME A FAIRE AMY.
A MON plaisir tous faictes feu et basme: Parquoy souvent je m^estonne ^ ma dmnè^ Que IÎOUS n'avez quelque amy par amours. Au diable Tun, qui fera ses clamours Pour vous prier , quand serez vieille lame.
Or en effect, je vous jure mon ame, Que si j'estois jeune, et gaillarde femme, J'en aurois un devant qu'il fut trois jours A mon plaisir.
Et pourquoy non? ce seroit grand diffame. Si vous perdiez jeunesse, bruict, et famé Sans esbranler drap , satin, et velours : Pardonne^ moy , si m^^piotz sont trop lourds , Je ne vous veulx qu'aprendre yostre game A 19011 plaisir.
xl:
A MADAME DE BAStAUGES ESTANT PRISONNIERE.
De fortune trop aspre et dure
Peult trop souffrir un povre corps,
Si par paroUes ne met hors
La cause pourquoy il endure.
l46 RONDEAUX.
Mais soubz constante couverture
On {>eult bien cleclairer les sortz
De fortune.
D'en descirer robbe et ceincture , Crier, et Êiire telz eflPortz, Tout cela ne serf de rien , fors A plus indigner la nature De fortune.
A LA FILLE D*UN PÀINCTRB d'ORLEANS^ BELLE ENTRE LES AUTRES.
Au temps passé Apelles ' painctre sage Feit seulement de Venus le visage, Par fiction : mais pour plus hault attaindre , Ton père a feict de Venus , sans rien faindre , Entièrement la &ce et^ corsage ,
Car il est painctre , et tu es son ouvrage , Mieulx ressemblant Venus, de forme, et d'aage,
' Apelles, originaire de Vue deCo, le plas £Bimeaz peintre de Tantiqùitë , existait vers Tan 4^3 de Rome. Tous les auteurs grecs et latins se sont accordes à vanter son admirable talent. Il ne nous reste que les noms de ses ouvrages. Il peignit un cheval , â la vue duquel les cavales hennissaient. Ses deux Vénus sont également c^ébres. Tune ëtait représentée sortant de la mer, on la nomma Andyoméne; Tautre, qu^ Apelles donna à «a patrie, était si beUe qu'Ovide a dit :
Si nunqaam Yenerem Coïs pinuMct Apellet . ^
Mcrsa sub a»iaoreU iUa Uteret aqois.