‹ Œuvres complètes de Clément Marot (volume 4)Chapitre 5 sur 293 · DE PAIX BT DE VICTOIRE · texte numérisé non relu

DE PAIX BT DE VICTOIRE

i^UEL hault souhait, quel bienheurë deslr Feray je, las, pour mon dueil qui empire? Souhaiteray je avoir dame à plaisir ?

Désir eray je un règne, ou un empire : Nenny (pour vray) car celluy qui n'aspire Qu'a son seul bien, trop se peult desvoyer : Pour chascun donc à soûlas convoyer, Souhaiter veulx chose plus méritoire :

C'est que Dieu vueille en brief nous envoyer Heureuse paix, ou triumphant' victoire.

Famine vient Labeur aux champs saisir : Le bras, au chef, soudaine mort désire : Soubz terre voy gentilz hommes gésir.

Dont mainte dame en regretant souspire : Clameurs en faict ma bouche, qui respire : Mon triste cueur l'œil en faict larmoyer: Mon foible sens ne peult plus rithmoyer, Fors en dolente, et pitoyable histoire :

* L'empereur, à l'arrivée de François I^r dans le Hainaut /s'e'tait retire' précipitamment en Flandre, et avait réclamé l'arbitrage du roi d'Angleterre. On espérait une paix avantageuse ; mais les conférences qui se tinrent à Cambray, n'aboutirent à rien , et la guerre continua avec plus d'acharnement.

Mais bon espoir me promet pom* loyer Heureuse paix, ou triumphant* victoire.

Ma plume lors aura cause, et loysir Pour du loyer quelque beau lay escrire : Bon temps adonc viendra France choisir, Labeur alors changera pleurs en rire.

0 que ces motz sont faciles à dire!

Ne sçay si Dieu les vouldra employer : Cueurs endurcis (las) il vous fault ployer. Amende toy, o règne transitoire!

Car tes péchez pourroient bien forvoyer Heureuse paix, ou triumphant^ victoire.

ENVOY

Prince Françoys, fais discorde noyer :

Prince Espaignol , cesse de guerroyer ; Prince aux Angloys , garde ton territoire. Priiice du ciel , vueille à France octroyer Heureuse paix , ou triumphant' victoire.

l8 BALLADES.

d'un amant ferme en son amour. ■

J: RES de toy m'a faîct arrester Amour, qui tous jours me remord :

Mais d'en partir fault m'apprester, Sans en ce poursuyvre ma mort.

Bel Acueil qui m'a ris, me mord, Et tourne ma joye en destresse, Pour avoir quis en trop hault port Première, et dernière maistresse.

Ha mon cueur, que voy regreter Tu cherches trop heureux confort,.

Foible suis pour te conquester Un chasteau de si grand effort :

Si vivras tu loyal , et fort :

Et combien que rigueur t'oppresse.

Je veulx que la tiennes (au fort) Première, et dernière njaistresse.

Première, car d'autre accointer Ne me vint oncques en record.

^ Diane se reprocha bientôt d^avoir cëdé au doux penchant qui l'avait entraînée vers Paimable poète. L'encens qu'on lui prodiguait avait enflé son orgueil , et ses yeux se tournaient souvent vers le trôné. Déjà son amant ne s'apercevait que trop de son refroidissement , bientôt changé en haine.

BALLADES. ig

Et demiere, car la quitter Jamais je De seray d'accord. Première me serre, et en tord :

Dernière peult m'oster de presse Bref, elle m'est (soit droit, ou tort) Première, et dernière maistresse.

KNVOT.

Adieu donc cueur de noble apport , Taché d'ingratitude expresse :

Adieu du servant sans support Première, et dernière maistresse.

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